De Schola, VEcole par excellence, au moyen âge
démonstrations de la foi, motifs précis, détaillés, quand ils ont affaire à des hommes cultivés, motif général de confiance en Dieu, quand ils s'adressent à la masse qui n'a ni le temps ni la culture nécessaires polir entrer ainsi dans les détails.
Voici, d'abord, un remarquable passage d'Origène (i85- 254) contre le philosophe romain Celse, mi-platonicien, mi-épicurien, ami de Lucien de Samosale, qui avait publié vers l'an 178, sous le titre de Discocws s>éritahle, une longue diatribe contre le christianisme. Une de ses principales objections qu'Origène rapporte textuellement est celle-ci : Beaucoup de chrétiens « ne veulent ni écouter vos raisons, ni vous en donner de ce qu'ils croient et se contentent de vous dire : N'examinez point, croyez seulement ; ou bien : votre foi vous sauvera, et tiennent pour maxime que la sagesse du monde est un mal et que la folie est un bien. )> Origène répond que, pratiquement, cette méthode de la croyance s'impose à 1 immense majorité que les nécessités de la vie et l'infirmité de l'intelligence tiennent fatalement éloignée de l'étude ; mais ceux-là mêmes ont comme motif le bien moral que leur cause la croyance: l'amélioration, la purification de leurs consciences et de leur vie. « Ce qui n'empêche nullement que ceux qui ne se contentent pas de croire, mais qui se servent de leur raison, n'établissent solidement leur créance par les preuves convaincantes qui se présentent à eux d'elles-mêmes, ou qu'une recherche exacte leur fournit^ » Tout le Traité contre Celse en est la démonstration.
Ce que fit Origène contre Celse avait été fait déjà, de diverses manières, par de nombreux apologistes. C'est l'a-
I. Edition Mig^ne, p. 17, 18, 19, 21, Cf. aussi saint Justin, 1»^ Apolog., no 53; Théophile d'Antioche, Ad Autolycum, 1. III.
pologie de Quadratus remise vers l'an 126 à l'empereur Adrien pendant son séjour à Athènes ; un très court fragment seul est parvenu jusqu'à nous ; c'est encore l'apologie qu'Aristide, philosophe d'Athènes, présenta, lui aussi, vers la même époque à l'empereur Adrien ; c'est le dialogue du philosophe Justin, martyr vers i65, avec le juif Tryphon et ses deux apologies adressées, de i4o à 160, à Antonin le Pieux et à Marc-Aurèle ; l'apologie de Tatien aux Grecs vers 162 ; l'apologie envoyée vers 177 par le philosophe Athénagore à Marc-Aurèle et à Commode ; les trois livres de Théophile, évêque d'Antioche, au païen Autolycus, vers l'an 180 ; sans parler d'autres encore ; nous arrivons ainsi à l'époque des luttes contre les hérésies et au grand développement de la pensée chrétienne au second siècle. Ce que je viens de dire suffit à mon but qui est de prouver que, dès l'origine, la foi chrétienne ne s'est pas donnée comme une foi aveugle, mais comme se justifiant aux yeux de la raison.
Faisons-nous brièvement une idée des arguments qu'emploient les Pères : nous y trouverons des preuves de nature très diverses et de valeur très inégale, de telle sorte que nous serons naturellement conduits à examiner ensuite la question : Oui ou non, la foi se démontre-t-elle? Les Pères fournissent des preuves historiques — pratiques — psychologiques — métaphysiques.
A. Preuves historiques. — Les Pères en appellent aux miracles, car les païens croyaient h leur possibilité. Seulement, ceux-ci objectant les démons, la magie, les Pères insistent plus volontiers sur les prophéties^ qui ne prêtaient pas aux
I. Par exemple, saint Justin, ApoL, I, 3o, 53,- 2^ ApoL, 53 ; Théophile d'Ant., Ad AutoL, III, i3, i^.
mêmes difficultés et qui offraient, au contraire, l'avantage de constituer, relativement à leur réalisation, un fait qui se pouvait actuellement contrôler.
B. — A côté des arguments historiques, il y a l'argument pratiquCy la vie chrétienne manifestée dans sa beauté pure et féconde, et étant à elle-même sa propre justification. (( Les chrétiens, dit l'auteur de l'Epître à Diognète\ ne se séparent des autres hommes ni par le territoire, ni par la langue, ni par les habitudes extérieures... et pourtant ils mènent aux yeux de tous un genre de vie admirable et qui tient du prodige. Ils résident chacun dans sa patrie, mais comme s'ils ne faisaient qu'y passer ; ils participent à tout comme citoyens, ils endurent tout comme étrangers ; point de contrée étrangère qui ne leur soit une patrie, point de patrie qui ne leur soit étrangère... On les maudit et ils bénissent ; on les outrage et ils ne répondent que par le respect. Ils font le bien et on les condamne à mort comme des scélérats, mais, condamnés à mort, ils se réjouissent, parce que dans la mort ils trouvent la vie. Les Juifs les haïssent comme des païens, et les païens les persécutent, mais leurs ennemis sont incapables de préciser le motif de leur haine. Bref, ce que l'âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde. L'âme est répandue par tous les membres du corps, les chrétiens sont disséminés par toutes les villes du monde. L'âme réside dans le corps, mais elle ne provient pas du corps ; les chrétiens habitent le monde, mais ils ne sont pas du monde, w
« Page éloquente, dit un historien des Pères de l'Eglise, que les Justin, les Clément d'Alexandrie, les Origène, les