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LE SENTIMENT RELIGIEUX SOUS FORME DE THÉOLOGIE

bilité de preuves scientifiques de la religion, et autres questions analooLies.

On distinguait habituellement la théologie construite avec des principes" et des faits empruntés à ce que l'on nommait la révélation, et c'était la théologie surnaturelle, de celle construite par les seuls efforts de la raison et du raisonnement naturels, et c'était la tliéologie naturelle. En 17 10, Leibniz publia une théologie naturelle où il s'ingéniait à justifier la bonté et la justice de Dieu, relativement à l'écrasante objection de Texistence du mal en un monde qui serait son œuvre ; il l'appela théodicée [theos, Dieu ; dikê^ justice). Le nom servit dès lors à désigner la théologie naturelle et la théologie surnaturelle s'appela, tout court, la théologie.

Passage du sentiment religieux a la théologie. Explication psychologique.

Je n'ai pas à faire ici une théorie des facultés de l'âme ; je m'en tiens à la division classique et pratique : sensibilité \ intelligence, volonté.

Je n'ai pas non plus à démontrer l'existence du sentiment

I. Malheureusement les mots: sensibilité, sensation, sentiment, sont pris dans des acceptions très diverses. Nous entendons ici par sensibilité l'ensemble des émotions : plaisir, douleur, peur, admiration, etc., qui ne sont pas des connaissances 5 c'est ce qu'on appelle sensibilité affective. Au contraire, les sensations de vert, de bleu, de sucré, de telle ou telle odeur, etc., sont des connaissances; elles font donc partie de V intelligence. Nous appellerons quelquefois aussi sentiments certaines connaissances qui demeurent obscures, mystérieuses, comme celles de l'être, de l'absolu, du temps, de l'espace, etc.

religieux; question que nous retrouverons au dernier chapitre ^

Avec le psychologue positiviste Ribot-, je prends le sentiment religieux co aime un fait, comme un fait siii generis, c'est-à-dire qu'on ne saurait confondre avec aucun autre, ramener à aucun autre, non pas même au sentiment moral, comme on est souvent tenté de le faire. Il y a, c'est vrai, des gens et de très honnêtes gens dénués du sentiment religieux, comme il y en a, dénués de tout sentiment artistique; il s'en trouve pour qui tout acte n'est ^ qu'un calcul utilitaire (individuel ou social), comme il s'en rencontre pour qui la musique n'est qu'un bruit. Mais il n'en a jamais été ainsi, il n'en est pas ainsi pour la masse de l'Humanité.

Or, si nous analysons, au début, avant son évolution intellectuelle dont nous parlerons au paragraphe suivant, le sentiment religieux, qu'y trouverons-nous dès qu'il a dépassé le seuil de la conscience? Avant tout, des émotions': émotions de crainte, d'admiration, d'espoir, d'aversion, d'amour en face des forces de la nature ou en face de phénomènes extraordinaires comme la mort; émotions égoïstes, désir de se concilier les bonnes grâces de la divinité, et émotions altruistes, sentiment d'un lien entre nous et les autres hommes vivants ou morts ; émotion accompagnant un sentiment de dépendance, non seulement à l'égard de l'Humanité dont nous faisons partie, mais à l'égard d'un

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