‹ L'évolution de la foi CatholiqueChapitre 96 sur 164 · Alt. XXII, I · texte numérisé non relu

Alt. XXII, I

3. Ce qu'admet Pascal, que nous aimions a l'être universel (c'est-à-dire Dieu qu'il appelle aussi XXIV, 89, « le Bien universel ») naturellement » (XXIV, 5) implique que nous puissions avoir une connaissance naturelle de Dieu, donc une sorte de foi naturelle. Cette connaissance s'exprime par la tendance elle-même en tant que consciente, par l'amour lui-même. Mais alors Pascal ne pourrait plus dire que, hors la foi chrétienne, on ne connaît pas l'existence de Dieu.

disons lorsque nous affirmons que le sentiment exprimé par ces mots : divin, idéal, est un des aspects de notre expérience de la Réalité tout comme un autre aspect de cette expérience s'exprime par ces mots : étendue, espace ; que la (( catégorie de l'idéal », qui correspond à celle de l'absolu pour la raison pure, a autant de valeur objective que celle de l'étendue ; que ce sont deux manières de nous adapter à la mystérieuse Réalité dans laquelle nous sommes plongés et dont nous ne pouvons rendre l'impression que par des procédés fragmentaires et multiples. Sans doute ces formes de la pensée sont des expressions, non des explications. Mais il n'est pas plus nécessaire de comprendre la nature du divin et de choisir entre les diverses hypothèses que suggèrent l'imagination et l'intelligence, qu'il n'est indispensable, pour croire à la valeur objective de nos sensations, de se décider, relativement à la nature de la matière, entre l'hypothèse des atomes et celle des monades. Et le divin sensible au cœur et vécu par l'effort constant vers une plus grande perfection, s'exprime tout aussi bien par les images impersonnelles des monistes (la loi de l'évolution, par exemple) que par l'image personnelle de Dieu qu'employait Pascal.

3° Dernier trait de ce génie intuitif. Sans doute, il est impossible de contester que Pascal ait sincèrement accepté les dogmes de la foi catholique.

Il n'a certes pas fait la distinction que nous avons esquissée déjà et que nous établirons plus tard très nettement entre la foi-confiance (= « pius assensus » = « Dieu sensible au cœur ») et la foi-croyance ou foi ecclésiastique et dogmatique. Pascal manquait de ressources critiques qui sont aujourd'hui à notre disposition pour juger de la valeur histo-

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rique et objective de ces prophéties et miracles sur lesquels il fondait sa foi ecclésiastique.

Toutefois, il faut remarquer, en premier lieu, que souvent il fait complètement abstraction de ces miracles et de ces prophéties dont il a si bien dit: « chacun y trouve ce qu'il a dans le fond de son cœur S). Il en revient à la preuve toute psychologique dont nous parlions tout à l'heure : notre tendance au Bien, à l'Idéal se cherchant un aliment dans 1 Evangile, en Jésus, et y adhérant, y croyant dans la mesure où elle y trouve cet aliment, ce réconfort :

« La distance infinie des corps aux esprits figure la distance infiniment plus infinie des esprits à la charité, car elle (la distance) est surnaturelle. Tout l'éclat des grandeurs n'a point de lustre pour les gens qui sont dans les recherches de l'esprit. La grandeur des gens d'esprit est invisible aux rois, aux riches, aux capitaines, à tous ces grands de chair. La grandeur de la sagesse, qui n'est nulle part sinon en Dieu, est invisible aux charnels et aux gens d'esprit. Ce sont trois ordres différents en genre.

(( Les grands génies ont leur empire, leur éclat, leur grandeur, leur victoire et leur lustre, et n'ont nul besoin des grandeurs charnelles où elles n'ont pas de rapport. Ils sont vus non des yeux, mais des esprits ; c'est assez. Les saints ont leur empire, leur éclat, leur victoire, leur lustre, et n'ont nul besoin des grandeurs charnelles ou spirituelles, où elles n'ont nul rapport, car elles n'y ajoutent, ni ôtent. Ils sont vus de Dieu et des anges, et non des corps, ni des esprits curieux : Dieu leur suffit.

Archimède, sans éclat, serait en même vénération. Il n'a

I. Art. XVI, g. C'est le « consentement de soi-même à soi-même dont il parle art. XXV, 49-

LE FIDÉISME AVANT LE CONCILE DU VATICAN l/jS

pas* donné des batailles pour les yeux, mais il a fourni à tous les esprits ses inventions. Oh ! qu'il a éclaté aux esprits ! Jésus-Christ, sans bien, et sans aucune production au dehors de science, est dans son ordre de sainteté. Il n'a point donné d'invention, il n'a point régné ; mais il a été humble, patient, saint, saint, saint à Dieu, sans aucun péché. Oh ! qu'il est venu en grande pompe et en prodigieuse magnificence, aux yeux du cœur qui voient la Sagesse \ »

Et si l'on craint que nous ne forcions la pensée du grand chrétien, écoutons cet aveu : « Notre religion est sage et folle. Sage, parce qu'elle est la plus savante et la plus fondée en miracles, prophéties, etc.. Folle, parce que ce n'est point tout cela qui fait qu'on en est ; cela fait bien condamner ceux qui n'en sont pas, mais non pas croire ceux qui en sont. Ce qui les fait croire, c'est la croix ^. »

Il est donc permis de pressentir ce qu'aurait fait Pascal s'il eût vécu à notre époque et comme il eût été conduit, lui aussi, du dogmatisme objectif à un dogmatisme figuratif et symbolique. Ecoutons-le :

« Quand la parole de Dieu, qui est véritable, est fausse littéralement, elle est vraie spirituellement... Tout ce qui ne va point à la charité est figure. L'unique objet de l'Ecriture est la charité. Tout ce qui ne va point à l'unique but en est la figure : car, puisqu'il n'y a qu'un but, tout ce qui n'y va point en mots propres est figure^. »

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