RURALE
(^chiffres
absolus)
(proporti
Ainsi la population totale de la France continue à augmenter; si faiblement cependant qu'on peut
presque la considérer déjà comme stationnaire et prévoir que dans un avenir qui n'est pas lointain les recensements enregistreront des diminutions. Mais nous ne devons pas songera examiner ici le problème de la dépopulation dans toute son ampleur. Ce qui nous intéresse c'est la diminution constante et rapide de la population rurale. Le groupe des citadins ne se contente pas d'absorber le léger accroissement que l'on note encore pour l'ensemble du pays; il grossit en vidant celui des paysans ; en soixante ans il a presque doublé.
Toutefois prenons garde de ne pas faire dire aux statistiques plus qu'elles ne disent. Ces deux termes « population rurale », « population urbaine » doivent être définis. Le procédé employé pour les distinguer est arbitraire et par conséquent critiquable. Dans le groupe rural on fait entrer toute la population des communes dont le chef-lieu compte moins de 2000 habitants agglomérés. Or, il y a des régions où, sans cesser pour cela d'être des paysans, les travailleurs de la terre se groupent dans de gros villages qui dépassent la limite conventionnelle et même dans des villes. Les géographes (pii, depuis quelques années, ont fait entrer la sociologie dans leur domaine particulier nous olTrent cette explication : les groupements d'habitations subissent l'induence de la nature du sol et principalement de l'importance^ et de la dissémination des points d'eau. Dans la Marne et dans l'Aube, les colHnes crayeuses sont désertes, les villages se pressent dans les vallées où l'eau vient sourdre. Dans le Gers, le Lot-et-Garonne les populations s'éparpillent à la recherche de l'eau. L'explication est intéressante. Elle ne paraît pas complète. Il
LA POPULAtlON RURALE
faut tenir compte aussi d'influences morales traditionnelles. I^our échapper à Tisolement qui leur est pénible, certains paysans renoncent à la commodité d'habiter sur le lieu même de leur travail. Ils se rassemblent, on aurait dit autrefois autour du clocher, il faut dire aujourd'hui autour de la place, près du café qui leur sert de forum. Le cas est particulièrement fréquent dans le Midi viticole où la tradition gallo-romaine maintient puissant le prestige du groupement urbain.
Que les évaluations soient faussées par la méthode de classement adoptée, on n'en saurait douter quand on examine la liste des départements dont la population dite urbaine dépasse 40 p. 100. Voici cette liste :
POURC
DE
POPUI
urbaine
:ntage
LA ATIOX
rur.iie
Gard
POURC
DE
POPU[
urbaine
ENTAGE LA ATION
rurale
Alpes-Maritimes..
Territ. de Belfort.
Bouch.-du-Rhùne.
Loire . .
86,01 53 oO
Haute-Garonne..
Gironde
Hérault .
Meurt -et-Moselle
Marne
Nord . .
Pyrénées-Orient.
Seine-et-Oise
Var
Pas-de-Calais
Rhône
Seine
Vaucluse
Seine-Inférieure..
Parmi ces départements ceux que nous avons inscrits dans la colonne de droite sont certainement
plus « agricoles » que le pourcentage attribué à leur population rurale ne le laisserait supposer.
En sens inverse, sont comptés dans la population rurale, les gens de métier, les fonctionnaires, les commerçants, les industriels, les rentiers qui sont installés dans les bourgs de moins de 2 000 habitants. Dans quelle mesure cette erreur de classification compense-t-elle la précédente? il est difficile de répondre, surtout si Ton remarque que beaucoup de ces commerçants et de ces ouvriers s'associent à la production agricole et sont presque des paysans.
Il ne faut donc retenir de cette première statistique qu'une simple impression sur le sens du mouvement, sur sa force et sa continuité. Les premiers résultats du recensement de 1911 qui ont été communiqués à la presse nous apprennent que la population totale de i^os quinze villes de plus de 100 000 habitants a encore augmenté en cinq ans de 275 866 unités. Alors que Taugmentation pour toute la France est de 349 264 habitants, le département de la Seine en a gagné à lui seul 305 424.
On peut serrer de plus près le problème de la démographie rurale en utilisant la statistique professionnelle qui nous est fournie aussi par les recensements quinquennaux. Dans ces documents on réunit sous le nom de population « agricole ))les travailleurs de la terre et les membres de leur famille qui ne travaillent pas; on appelle population « active » le groupement purement professionnel dans lequel on ne fait entrer que les travailleurs proprement dits.
Ces distinctions répondent donc exactement à nos préoccupations, que nous cherchions à connaître le nombre de ceux qui cultivent la terre ou de ceux qu'elle fait vivre. Malheureusement il est très difflcile de comparer les résultats des recensements actuels avec ceux des recensements anciens. Les méthodes de dénombrement et de classification ont changé; elles ont été améliorées et Ton compte aujourd'hui dans la population agricole active des travailleurs, les femmes et les domestiques notamment, que Ton recensait autrefois dans d'autres catégories. On peut, à la rigueur, suivant une indication du recensement de 1906, utiliser les chiffres publiés en 1866 parce qu'ils avaient été établis avec de grands détails. On fait alors la comparaison suivante :
Population agricole active (forêts et agriculture).
ENSKMBLE MASCULINE FÉMININE
Les chiffres concernant l'ensemble pourraient nous laisser supposer que la population agricole au lieu de diminuer aurait une tendance à se relever. Mais c'est, paraît-il, une illusion que nous ne devons pas garder. L'accroissement est dû à ce fait que l'on a compté en 1906 un plus grand nombre de femmes de cultivateurs, qu'en 1901, comme prenant une part active au travail agricole. D'autre part les chiffres de 1866 ont été rectifiés arbitrairement. A cette date les
domestiques agricoles avaient été comptés parmi les domestiques de maison. Pour permettre la comparaison, on a reporté un million de domestiques à Tagriculture, 700 000 pour les hommes, 300 000 pour les femmes. Cette correction n'était sans doute pas assez forte.
Quand on se borne à comparer la population active masculine de Tagriculture à celle de l'industrie, on constate que le rapport continue à diminuer. Il était de 47 p. 100 en 1896, de 45 en 1901, de 44 en 1906. Si l'on peut encore dire que la population agricole ne baisse pas aussi rapidement que la distinction en population urbaine et population rurale nous l'avait indiqué, le mouvement de diminution tout au moins relative n'est pas contestable.
La France reste cependant un pays de terriens qui vivent de la culture. L'industrie ne s'installe fortement que dans quelques régions du Nord et de l'Est. Les départements agricoles, si nous désignons ainsi ceux qui ont au moins 50 p. 100 de leur population active masculine occupée dans l'agriculture, sont encore la majorité. En voici le compte avec le chiffre indiquant le pourcentage des agriculteurs : Lot, 74 p. 100; Gers, Creuse, 72; Corrèze, 71; Hautes-Alpes, 70; Dordogne, Lozère, 69; Ariège, Landes, 68; Côtes-du-Nord, Cantal, Ardèche, Savoie, 67; Basses- Alpes, Haute-Savoie, Deux-Sèvres, Vendée, Haute- Loire, Tarn-et-Garonne, 66; Lot-et-Garonne, 65; Aveyron, 64; Ain, Puy-de-Dôme, Loir-et-Cher, Indre, 63 ; Vienne, Hautes-Pyrénées, Mayenne, 62 ; Morbihan, Aude, 61; Corse, Drôme, Charente, 60; Yonne, Illeet-Vilaine, 59; Manche, Basses-Pyrénées, Finistère, Sarthe, 58; Charente- Inférieure, Allier, Haute-
l'évolution de la KHANCE A(i»ICOLK. 9
Vienne, 57; Nièvre, oG; Eure-et-Loir, Jura, Pyrénées- Orientales, Orne, Tarn, Maine-et-Loire, Gtier, Haute- Saône, 55; Saône-et-Loirc, Indre-et-Loire, Loiret, 54; Vaucluse, 53; Haute-Garonne, 52; Loire-Inférieure, Gôte-d'Or, 51; Hérault, 50.
Gcs premières indications générales ne nous sultisent pas. Quand nous aurons plus loin à nous demander quelle est la natalité dans les classes rurales par rapport à celle des classes industrielles ou urbaines, quand nous voudrons juger de Tefficacité de la propriété pour retenir au sol les paysans, nous souhaiterons de faire appel à une documentation statistique plus détaillée. Mais nous ne disposerons pas des renseignements qui nous seraient utiles. Les variations des naissances ne sont pas classées par professions. Nous pourrons seulement constater que les départements qui en 1906 renfermaient le plus d'enfants nés du 1" janvier 1905 au 1" mars 1906 étaient les suivants :