‹ L'évolution de la France agricoleChapitre 30 sur 63 · CHEFS · texte numérisé non relu

CHEFS

d'exploitation 1° Propriétaires 1..

2° Fermiers

3° Métayers. ..

Totaux

auxiliaires et salariés

' Régisseurs

' Journaliers

' Domesti<[ues

Totaux

Totaux généraux

DIFFKRENGES

Évidemment nous ne devons accepter qu'avec beaucoup de scepticisme les précisions qui nous sont données. Peu importe. Les cliiffres absolus ne nous intéressent ici que d'une façon secondaire. Si nous pouvions admettre que dans les deux statistiques les causes d'erreur ont agi dans le môme sens, c'està-dire que les chilTres sont comparables, nous aurions un point d'appui satisfaisant. Nous devrions alors considérer comme certain que ce sont les salariés surtout qui abandonnent la terre quand ils ne réussissent pas à s'élever jusqu'à la condition de propriétaire. Le mouvement paraîtrait même singulièrement

1. Cultivant exclusivement leurs biens, soit seuls, soit avec l'aide de leur famille ou d'autrui.

a. Y compris 727 374 journaliers propriétaires d'un petit bien.

b, Y compris 508 950 journaliers propriétaires d'un petit bien.

rapide. Mais il ne faut pas oublier que ces deux enquêtes correspondent à une période particulièrement malheureuse dans Thisloire de notre agriculture. C'est le moment où linvasion phylloxérique dépeuple le Midi et chasse de très nombreux journaliers vers l'Algérie et la République Argentine. Voici donc une raison de plus de regretter que l'administration de l'Agriculture ait renoncé à publier les statistiques décennales qui nous diraient si la réduction du nombre des journaliers s'est opérée avec la même intensité depuis que la prospérité est revenue.

Nous avons une autre conclusion à retenir de cette comparaison. C'est que les deux groupes des patrons et des salariés sont approximativement égaux, celui des patrons paraissant même augmenter aux dépens de l'autre. Voilà qui en dit long sur le caractère encore traditionnel, faiblement industrialisé de la production agricole. Le capitalisme n'exerce pas sur elle la même action que sur l'industrie. Au lieu de grossir démesurément, le prolétariat rural s'éparpille et s'évade.

Tels sont donc les faits; il est incontestable que la population agricole diminue; sinon d'une façon absolue, du moins d'une façon relative; c'est-à-dire que la part de la population agricole devient de plus en plus faible par rapport à celle de l'industrie, du commerce des administrations publiques. Nous avons à nous demander pourquoi et comment se produit ce phénomène, quel en est le danger et quelles espérances

nous pouvons conserver de le voir s'atténuer quelque jour.

One les causes soient nombreuses, cela est de toute évidence. Même les auteurs qui veulent faire prédominer, les uns les causes morales, d'autres des causes purement économiques, reconnaissent généralement qu'un phénomène de cet ordre tient à tout un état social et qu'on ne saurait le, considérer comme la conséquence directe d'une cause unique. Remarquons, en efi'el, que cette évolution est commencée depuis longtemps.

Déjà Ouesnay, dans les articles qu'il avait préparés pour V Encyclopédie et, notamment, dans l'article Hommes, avait signalé les premiers progrès de la dépopulation rurale. Nous répétons encore aujourd'hui ce qu'il écrivait en 1757 : « La milice dévaste les campagnes; la classe des marchands en détail et la classe des domestiques sont beaucoup trop nombreuses; les salaires sont si modiques et si peu proportionnés aux travaux pénibles de la culture que les ouvriers des campagnes ne peuvent soutenir tout ensemble les excès de la misère et de la fatigue; que les paysans malheureux sachent ou ne sachent pas lire il suffit quils sachent que Paris est une ressource pour eux; la plus grande partie des bourgeois est continuellement renouvelée par d'autres habitants qui viennent des provinces s'établir à Paris. Le nombre des domesliques est de 150 000 et il n'y a pas un huitième qui soit né à Paris. » D'Argenson écrivait dans son Journal en 1750 : « La misère augmente dans Paris, on y fourmille de mendiants. On dit que ce sont tous les habitants de la campagne qui, n'y pouvant plus tenir par les vexations cju'on y essuie,

LES CAUSKS 135

viennent se réfugier dans la ville de Paris ». Ceux qui dénoncent la dépopulation des campagnes comme une conséquence naturelle du progrès des idées démocratiques, destructrices du lien familial, se font des illusions, et sur la stabilité sociale ancienne, et sur l'action des causes morales qui exercent sans doute une influence, mais qui n'ont pas toute la responsabilité.

De même qu'il n'est pas récent, le mouvement rurifuge n'est pas spécial à la France. Nous nous plaignons de Faccroissement continuel de nos grandes villes; il est encore plus rapide dans les autres pays. Dans la seconde moitié du dernier siècle, la population de Paris s'est accrue de 157 p. 100, mais le taux d'accroissement est de 247 pour Vienne, de 304 pour Berlin, de 240 pour Chicago, de 393 pour New York. La proportion pour cent de la population des villes de 100 000 ûmes était seulement de 12,0 en France en 189G, alors qu'elle atteignait32,8en Angleterre en 1890, 13,8 en Allemagne en 189:>, 12,2 en Belgique en 1898, 18,7 aux États-Unis en 1900. Nous nous inquiétons de voir fondre notre population rurale. Le rapport de la population rurale à la i)Opulation totale est tombé aux États-Unis de, 1790 à 1910, de 96,0 à 0(3,9. Pour TAnglelcrre, il était de 59,4 en 1801 et de 28,3 en 1891. Si la diminution de la population rurale est un mal, les autres pays civilisés sont encore [)lus atteints que nous.

Le phénomène se produit dans tous les pays, avec toutes les races, tous les régimes politiques, tous les

systèmes fonciers, toutes les législations successoi^ales. Il est donc certain que la croissance des villes est la conséquence nécessaire d'une transformation générale des sociétés parvenues à un certain état de civilisation. Les besoins des hommes ont changé; pour les satisfaire il faut beaucoup plus qu'autrefois d'objets manufacturés. Les besoins se sont multipliés, môme dans les classes les plus pauvres; le rôle de rindustrie et celui du commerce ont grandi pour répondre aux besoins du marché. Les villes ei les régions industrielles auraient manqué de maind'œuvre si elles ne l'avaient fait venir du dehors.

Voici donc une des principales causes du déplacement de la population, la puissance attractive des villes. Elle n'est pas seulement d'ordre économique. A mesure que les villes attirent à elles les hommes et les capitaux, elles centralisent aussi les administrations publiques et les richesses intellectuelles, elles développent le luxe; leur prestige exerce une action psychologique et morale sur les classes pour qui la recherche du meilleur salaire n'est pas la préoccupation dominante. Elles déterminent ce qu'on appelle l'absentéisme des grands propriétaires.

Mais il ne suffit pas de constater que les villes ont attiré les ruraux pour tenir l'entière explication d'un phénomène aussi continu et puissant. Si la population agricole diminue, c'est encore que, d'une part, les conditions de la vie rurale chassent les adultes, hommes et femmes, vers la ville et que, d'autre part, la natalité diminue. Le réservoir se vide parce qu'il y a des fissures qui l'épuisent et parce qu'il n'est plus que faiblement alimenté. Pour employer les expressions consacrées c'est la « dénatalité » et « l'exode

rural » qu'il faut étudier. Essayons donc de rechercher ou, plus exactement, de rappeler brièvement — car ce sont là des questions classiques — comment et pourquoi ces phénomènes se sont développés.

Il semble acquis que la cause essentielle de la diminution des naissances chez les agriculteurs, c'est leur relative prospérité, non pas en elle-même, mais par les conséquences morales qu'elle entraîne. La préoccupation de la fortune à conserver pousse les paysans devenus aisés à restreindre les naissances, comme le font les bourgeois et pour la même raison. L'esprit de prévoyance, la peur des risques, le culle de la richesse, l'ambition de se hausser sur la pyramide sociale font redouter un partage des biens qui laisserait aux mains de successeurs nombreux des ressources trop faibles, des terres dispersées, des outils brisés, une fortune à refaire.

La preuve de cette assertion qui paraîtrait sans doute incroyable si elle était présentée pour la première fois, est facile à fournir. Où sont les départements dont la natalité est particulièrement misérable? dans la riche vallée de la Garonne, en Bourgogne, dans la Basse-Normandie, c'est-à-dire dans les régions agricoles les plus riches. Quelles sont, au contraire, les régions dont la natalité est la moins faible? Ce sont le Finistère et le Morbihan, l'Ardèche et la Lozère, c'est-à-dire les parties pauvres de notre domaine agricole et aussi les départements du Nord et du Pas-de-Calais qui renferment de nombreux prolétaires industriels. La démonstration se pour-

suit, si roii veut, dans le détail. Le D^' Ghervin s'est appliqué à classer les cantons du département de Lot-et-Garonne, d'après les indices économiques qui donnent une idée de leur plus ou moins grande richesse. Il constate que les cantons les plus riches sont les plus stériles en hommes; les plus pauvres ont une fécondité moins misérable. Ainsi de ce côté, c'est une cause morale qui domine. G'est l'esprit de prévoyance résultant d'une situation économique prospère qui engage les paysans à restreindre les naissances. Si les enfants sont nombreux, ils brisent en tant de morceaux la fortune familiale qu'elle disparaît, qu'on ne ])cut plus la reconnaître. Pour se survivre dans son domaines le pro[)riétairc foncier ne veut pas (ju'il soit divisé après lui.

D'autre part il n'a pas intérêt, il a de moins en moins intérêt à élever de nombreux enfants parce que le temps pendant lequel il peut les faire travailler à son profit est de plus en plus court. Autrefois, à sept ans, le gamin commençait à rendre des services; aujourd'hui il va à l'école jusqu'à treize ans et, à dixsept ans, il prétend avoir droit, même chez son père, à un salaire. Les paysans pratiquent donc la restriction volontaire comme les nobles et les bourgeois l'ont fait dès le xviu'^ siècle. Ils raisonnent, ils calculent ; les traditions, la religion ne les conseillent plus; ils s'abstiennent.

Ne nous attardons pas ce[)endant à cet aspect particulier du problème. Si la natalité dans les campagnes est moins forte aujourd'hui qu'elle ne l'était au début du xix" siècle, le taux d'accroissement de la population n'est pas en définitive aussi restreint que le pensent certains esprits pessimistes. Gependant, et

nous le verrons en étudiant les conséquences de la dépopulation rurale, le péril est sans doute plus grave au point de vue moral qu'au point de vue économique. La diminution de la natalité n'est pas inquiétante seulement parce qu'elle réduit le nombre des travailleurs agricoles, mais plus encore parce qu'elle est le signe d'un profond bouleversement moral dans les habitudes d'une population.

Examinons plus attentivement Texode rural, c'està-dire l'éloignement de la campagne de ceux qui, par leur naissance, étaient destinés à y vivre. C'est là surtout ce que Ton a en vue quand on dénonce la dépopulation des campagnes, c'est par là que le phénomène paraît inquiétant d'une manière immédiate et pratique. Le mouvement est général. Ils s'en vont tous, hommes et femmes, riches et pauvres. On ne songe le plus souvent qu'aux misérables journaliers, que la ville attire par la i)romcsse d'un salaire élevé, régulier. Les bonnes âmes charitables et les propriétaires inquiets de voir fuir leur main-d'œuvre s'égosillent à leur crier casse-cou I « Ils seraient bien plus heureux s'ils restaient à la campagne ». Voilà encore un de ces vieux clichés (jue nous ne pouvions manquer de rencontrer cliemin faisant. Il nous vient de Virgile. Les pauvres paysans n'ont pas encore appris à connaître leur bonheur. On s'étonne qu'ils ne préfèrent pas « la paix des chanq)s » à (* la misère sordide des faubourgs ». On en serait peut-être moins surpris si Ton i-egardait pourquoi les liches, eux aussi, eux d'abord, quittent la terre, lis courent à la ville

pour y trouver leur plaisir, la fortune, des fonctions considérées, des situations avantageuses, des écoles, des musées, des salons et des théâtres. L'opinion les approuve. « on ne peut pas s'enterrer à la campagne ». Le culte du progrès qui est devenu toute la loi morale oblige chacun à se hausser, à devenir plus riche, à s'installer plus confortablement dans la vie. Dans notre société égalitaire chacun a la passion de reconstituer des inégalités. On court à la foire aux vanités.

Les paysans, journaliers et cultivateurs, ne font pas autre chose que suivre cet exemple. Les mômes raisons économiques et morales les déterminent. La fdle de ferme qui va u se placer « à la ville, la jeune paysanne qui veut épouser un monsieur, le valet qui rengage au régiment pour devenir, après quinze ans de service, gardien de la Joconde ou fort de la Halle, le iils de paysan qui « apprend un métier » ou qui s'embauche à l'usine, le propriétaire qui vend son bien pour se faire commerçant, commissionnaire, employé, tous ils ont la même ambition : cesser d'être un paysan dédaigné, gagner davantage avec moins de peine, fuir le lourd silence de l'hiver et les fatigues écrasantes des travaux de l'été, vivre dans le bruit de la foule d'une vie plus joyeuse et plus sCire. Nous tous qui vivons à la ville, nous manciuerions d'assurance pour leur affirmer que leur calcul est mauvais.

Si belle et enviable qu'elle puisse paraître à ceux qui la connaissent mal, la vie des champs est rude, elle ne convient qu'à des corps vigoureux et à des esprits fortement trempés ou bien à des intelligences très frustes dont les rêves ne dépassent pas l'horizon

familier. Mais de quel droit voudrions-nous imposer au jeune paysan que Técole a éveillé de rester enraciné dans son champ, lui interdire de porter ailleurs ses ambitions? Nous ne songeons pas à décréter que les métiers de l'industrie et du commerce doivent être maintenus héréditairement dans les mêmes familles.

Quant aux simples salariés qui, au moment de s'enfuir n'ont aucun lien à briser, pas un lambeau de propriété à vendre, il faut bien reconnaître qu'ils ont de fortes raisons de chercher ailleurs quelque espérance meilleure. Les salaires agricoles ne sont généralement pas très bas; ils se sont continuellement relevés même pendant la crise agricole. Mais, et c'est là toute la difliculté, le travail de la terre est essentiellement irrégulier, les périodes de chômage y sont beaucoup plus longues que dans l'industrie. Le besoin de main-d'œuvre varie en ell'et avec les saisons. Très considérable au moment des récolles, il se réduit à rien pendant l'hiver. Même dans la viticulture qui emploie les ouvriers d'une façon presque continuelle, il y a des périodes de chômage, soit que les intempéries empêchent de besogner dans les vignes, soit qu'il n'y ait plus pour un moment qu'à laisser agir la nature.

Quand les agriculteurs se plaignent que la maind'œuvre leur manque, cela signifie qu'ils sont obligés delà payer plus cher qu'ils ne voudraient au moment des moissons ou des vendanges; mais, si on les poussait, ils seraient forcés de reconnaître qu'en d'autres temps les journaliers agricoles ont du mal à trouver une occupation régulière, u H y a toujours, disait Karl Marx, trop d'ouvriers pour les besoins moyens,

toujours trop peu pour les besoins exceptionnels de l'agriculture ».

Assurer à ses ouvriers un travail constant, tel est donc le problème primordial de Tagriculture, si elle tient du moins à conserver sur place des hommes habitués aux méthodes de culture, aux traditions de chaque région. Il semble qu'elle a pris généralement un autre parti. Les besoins de main-d'œuvre étant saisonniers, concentrés sur de courtes périodes, on ne conserve à demeure sur chaque exploitation que le personnel restreint qu'elle peut occuper régulièrement toute Tannée. Les grands travaux sont exécutés autant que possible avec des machines ou bien à Taide d'ouvriers supplémentaires que Ton attire du dehors, parfois môme de l'étranger.

La conséquence fatale de cette mauvaise organisation du travail est que le journalier agricole ne peut pas rester attaché à la terre si elle ne lui assure pas un salaire annuel suffisant. La hausse du salaire journalier pour certains travaux urgents ne profite guère qu'aux ouvriers supplémentaires venus du dehors et elle ne compense pas les chômages répétés tout le long de Tannée. On a fait remarquer que l'introduction dans l'agriculture de la batteuse mécanique, exécutant en quelques jours le travail qui utilisait de longues semaines alors qu'on battait au fléau, a exercé une influence décisive sur la dépopulation des campagnes. L'assertion est certainement exacte; d'autant plus que le battage des grains n'est pas le seul travail d'hiver qui ait été supprimé. Toutes les petites industries rurales ont à peu près disparu, si bien que Ton se préoccupe aujourd'hui de les restaurer artificiellement. Les machines de culture

et de récolte ont aussi remplacé bon nombre d'ouvriers. On a constaté qu'une faucheuse mécanique supprime six ou sept salariés, une moissonneuse quinze. On suppose que l'application actuelle du machinisme supprime 25 francs de main-d'œuvre par hectare. C'est cependant une question difficile à trancher que de savoir si les machines ont chassé les ouvriers agricoles ou si elles ont été adoptées pour remplacer les ouvriers qui manquaient. 11 est probable que les deux explications doivent être retenues, mais que, d'une façon générale, les agriculteurs n'ont eu recours aux machines que contraints par la pénurie de main-d'œuvre. C'est, nous l'avons vu au chapitre II, l'avis qui a prévalu au récent Congrès de mécanique agricole.

En même temps que les bras ont été remplacés par le geste précis et infatigable des machines, bien des cultures qui exigeaient une grosse quantité de travail ont fait place à des entreprises où l'homme n'intervient guère qu'au moment de la récolte. Le développement considérable de la production fourragère (10 millions d'hectares en 1909 pour les prairies naturelles, herbages et pacages, les prairies artificielles non comprises) est certainement lié au phénomène de la dépopulation rurale : il en est la conséquence en ce sens que les agriculteurs recherchent de préférence les cultures qui ne demandent pas un nombreux personnel ; il en est aussi, si Ton veut, une cause puisque les ouvriers agricoles (U\ns les régions de prairies et d'herbages ne trouvent plus l'emploi régulier et la rémunération suffisante de leur travail.

Il n'est donc pas besoin, pour exf)liquer la fuite vers la ville des journaliers agricoles, de faire intervenir

les influences morales. Elles exercent leur action cependant. Si les journaliers avaient autant qu'autrefois la passion de Téconomie, le désir d'acquérir et beaucoup de résignation, ils ne partiraient pas; s'ils n'avaient pas, garçons et fdles, le goût de ces plaisirs que la ville seule peut satisfaire, leur misère leur paraîtrait plus supportable. Mais leur situation économique explique suffisamment leur détermination. Ils s'en vont parce que la mauvaise organisation du travail agricole ne leur assure pas la sécurité, la régularité de leur rémunération. Ils vont ailleurs à la recherche de meilleurs salaires.

Qu'ils soient en efîet conduits par des préoccupations d'ordre économique, la preuve nous en est donnée par le l'ait que beaucoup d'entre eux s'installent non pas à la ville, mais dans les régions agricoles où le travail est plus régulier et mieux payé. Les paysans du Tarn, de l'Aveyron, de la Lozère, de l'Ardèche, même de la Haute-Loire vont peupler les « mas » du Languedoc viticole. Comparons, en effet, les renseignements que nous donnent les statistiques agricoles de 1882 et de 1892 sur le nombre des journaliers et domestiques dans les départements viticoles et dans les régions montagneuses qui leur fournissent la main-d'œuvre. Nous obtenons le tableau suivant :

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