LE PROGRAMME SOCIAL
nous avons cités la distinction est fondée seulement sur les mobiles psychologiques. Sont économiques les actions qui sont dirigées par Tiniéret individuel, par Tesprit commercial; sociales, au contraire, celles qui font appel à des notions de solidarité, d'assistance, de « devoir social », de progrès moral. La distinction n'est guère précise puisque les institutions « sociales » qui sont basées sur Tidée de solidarité et qui veulent travailler à en répandre le respect sont les mêmes qui s'occupent de rendre des services évidemment « économiques », achat, vente, crédit, assurance. Ne nous arrêtons pas cependant à cette difficulté. Ceux qui emploient les termes « économique » et « social » au sujet de l'organisation rurale leur donnent le sens qu'ils ont dans hî langage courant ; c'est une distinction entre les choses et les hommes, entre l'esprit d'individualisme et le dévouement à la communauté, entre l'intérêt tangible, immédiat et le sentiment, la poursuite d'un idéal. Cela nous suffit pour les comprendre.
Nous ferons donc entrer dans le rôle social des syndicats leurs œuvres d'assistance et d'éducation, leur influence moralisante, leurs efl'orts pour réaliser l'union et la paix sociale. Et, (domine il nous semble que, sur ce point, les aml)itions sont exagérées, que les associations rurales n'évoluent pas dans le sens qui nous est indiqué, nous exposerons la thèse sans rafl'aiblir par une discussion que nous réservons pour le chapitre suivant.
L'association a tout d'abord une valeur éducative. Non seulement elle développe les qualités professionnelles des producteurs associés, mais encore elle leur enseigne la discipline, le respect des engagements
pris, la valeur de Tinitiative individuelle^ la puissance de Taide mutuelle. Les coopératives de vente ont imposé à leurs adhérents une parfaite loyauté commerciale. Les caisses de crédit leur ont donné le souci de Téchéance. Les assurances mutuelles leur ont enseigné la prévoyance. Les syndicats agricoles doivent aussi se préoccuper de la question de l'apprentissage ou de renseignement professionnel. Ils complètent par des cours sur l'agriculture et des exercices pratiques l'enseignement trop général de l'école primaire. Dans le même ordre d'idées, il faut signaler encore les cours d'enseignement ménager qui apprennent aux jeunes filles et aux femmes de la campagne à mieux remplir leur tâche professionnelle. Les œuvres d'assistance des syndicats agricoles témoignent de leur désir d'exercer au profit des plus faibles une œuvre de patronage, « patronage, dit M. de Rocquigny, dont nul ne songe à se sentir humilié; car il n'est qu'un des modes de l'action collective s'inspirant de la grande maxime : « Un pour tous, tous pour un ». Ce patronage consistera dans l'établissement des bureaux de placement pour les ouvriers, des caisses de secours pour les malades, des caisses de retraites pour les vieillards, des bureaux d'arbitrage et de concihation, des comités consultatifs juridiques ou médicaux. Le syndicat doit travailler à l'amélioration des habitations rurales, à l'éducation des ménagères, au perfectionnement de l'hygiène. Et l'on n'oubliera pas, car cela a aussi son importance, qu'il peut s'occuper de distraire ses adhérents par des fêtes, des banquets, des distributions solennelles de récompenses. Certains syndicats ont leur bannière, des insignes, leur devise :