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CHAPITRE VI

L Dénombrement des associations. — Sociùlés et comices. — Syudicjils agricoles. — Coopéralives do production. — Mutualités de crédit et d'assurances.

II. Résultats d'ordre économique. — Achats en commun et fournitures d'outillage ; les syndicats et le commerce. — Difficultés d(; la coopération. — L'œuvre des caisses de crédit et des sociétés d'assurances.

III. Action sociale. — L'esprit commercial dans les syndicats. — Leur influence éducative. — Le caractère mixte des syndicats.

Nous venons d'enregistrer, sans les disculer, les affirmations des organisateurs de syndicats. Nous savons à quoi ils prétendent. D'habitude, on tient pour réalisé tout ce (ju ils annoncent. Il n'est i)as de discours, dans un banquet d'agriculteurs, (pii ne se termine par des témoignages d'admiration pour les syndicats et leur œuvre. Avant de nous associer à ce concert d'éloges, nous voulons, conti'airement à l'usage, aux usages, prendre nos garanties, demander des justifications, mesurer aussi exactement que possible les résultats réellemenl obtenus, étudier les difficultés qui se sont présentées et qui menacent d'entraver le développement futur de telle ou telle catégorie d'associations. Une pareille recherche pourrait paraître inopportune si elle devait être commu-^

niquée au public agricole et risquait, par suite, de décourager quelques initiatives. Mais, dans une étude purement objective, il nous sera sans doute permis de poursuivre la vérité en dehors de toute considération de propagande, même si nous sommes contraints d'atténuer des affirmations peut-être trop optimistes. La question est de celles qu'il faut connaître exactement, puisque c'est Favenir de notre agriculture que préparent les syndicats.

Pour juger des effets du mouvement syndical, la première question à poser est naturellement celle qui concerne le nombre des agriculteurs syndiqués. Combien sont-ils qui profitent des associations? Combien y a-t-il en France d'associations agricoles?

Les syndicats agricoles ont été au début recensés par le ministère du Commerce avec les autres groupements régis par la loi de 1884. Ils le sont actuellement au ministère de TAgriculture par le Service du crédit mutuel et de la coopération agricoles. Les documents qu'il réunit sont publiés dans un Annuaire. Le développement des caisses de crédit et celui des sociétés d'assurances mutuelles sont mesurés chaque année dans des rapports du ministère de l'Agriculture au Président de la République, rapports insérés au Journal Officiel. On peut utiliser aussi un Annuaire publié par M. Silvestre qui est en quelque sorte un Bottin de l'agriculture. Tous ces renseignements ont été récemment groupés, étudiés et complétés dans une communication de M. de Rocquigny à la Société nationale d'Agriculture. Cette

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communication a été insérée dans le Bulletin de cette Société et dans les Annales du Musée Social de juillet 1911. Ces documents n'ont pas tous la même exactitude et ne méritent pas la même confiance. Nous en dirons les raisons.

Nous constatons d'abord que les sociétés d'agriculture et les comices n'ont pas disparu devant les syndicats. M. de Rocquigny note 685 sociétés et 917 comices. Un pointage de V Annuaire Silvestre confirme cette évaluation, (îar il fournit des chiffres à peu près équivalents, 691 sociétés et 875 comices. Sous le nom de sociétés on comprend ici des groupements très divers, les anciennes Sociétés d'agriculture qui s'étendent généralement sur tout un département, d'autres qui ont pour circonscription un arrondissement, d'autres, régionales ou nationales, qui ont un objet déterminé, viticulture, élevage, agriculture, aviculture, sociétés horticoles, sociétés de herd-book et même les sociétés de courses.

La plupart des sociétés et des comices n'ont d'autre utilité que de réunir périodiquement leurs adhérents pour des échanges de communications et l'étude de questions actuelles. Mais il en est aussi qui exercent une action analogue à celle des syndicats. Il faut bien se rendre com[)t(^ on eff(;t (jue l'organisation économique de ragricullure n'a rien eu de méthodique. On classe certainement sous le nom de sociétés des groupements qui sont régis par la loi de 1884 sur les syndicats.

Parmi les comices, il y en a probablement beaucoup dont l'activité et l'utilité sont médiocres. Fondés ou dirigés par des hommes politiques et leurs partisans, ils ont surtout pour objet de défendre des intérêts

électoraux. Des distributions de récompenses maintiennent autour d'eux une clientèle, mais leur influence sur le progrès agricole paraît négligeable. Il y en a d'autres au contraire qui font preuve d'un remarquable esprit d'initiative. C^est, par exemple, le Comice de Carpentras qui a tenté d'ouvrir le marché de Londres aux producteurs de fraises de la région du Ventoux. Assez souvent les comices ont provoqué la création de syndicats sans disparaître devant eux. M. de Rocquigny compte ensuite 6 479 associations syndicales, qu'il ne faut pas confondre avec les syndicats. Ce sont des associations régies par la loi du 21 juin 1865 qui ont pour objet l'exécution ou l'entretien de travaux d'intérêt collectif (endiguemcnt, curage, dessèchement, irrigation, etc.). On hésite à leur faire une place dans le mouvement syndical. Elles ressemblent beaucoup plus à des associations de capitaux qu'à des groupements professionnels. Elles n'exercent aucune action sociale. Leur objet est étroitement limité ainsi que parfois le nombre de leurs membres. Elles ont d'ailleurs précédé pour la plupart l'apparition des syndicats; il y en a en effet 4 900 qui sont antérieures à 1865.

Le nombre des syndicats agricoles n'est pas déterminé avec une exactitude incontestable. L'Annuaire des Syndicats agricoles, basé sur les réponses données par les intéressés à un questionnaire que le ministère a fait distribuer par les préfets, compte, au 31 juillet 1910, 5486 syndicats, plus 332 syndicats spéciaux tels que syndicats de tir contre la grêle,

de remembrement des propriétés morcelées, de hannetonnage, de répression du braconnage, syndicats anti-phylloxériques, syndicats de bûcherons, de planteurs de tabac. La statistique dressée par le ministère du Travail compte 5 407 syndicats de Fagriculture patronaux ou mixtes. IS Annuaire Silvestre inscrit seulement 4 629 syndicats, non compris les syndicats d'ouvriers. Il est probable que ce chiffre est trop faible et que celui du ministère de TAgriculture est trop élevé. A vrai dire, le recensement ministériel indique tous les syndicats qui ont retourné la demande de renseignements. Mais ne faut-il pas penser que parmi eux il en est qui n'ont pas voulu avouer leur désorganisation, leur insuccès, un état de somnolence tout voisin de la mort? Il paraît certain en tout cas que TAnnuaire ofticiel n'est pas absolument exact. Quand on compare les deux Annuaires que nous utilisons et qui tous deux donnent une liste détaillée par département avec le titre de chaque syndicat, le nom du président, le nombre des membres, on s'aperçoit que les renseignements ne concordent pas; chacun d'eux connaît des groupements que Tautre ignore.

La statistique des syndicats ne sera jamais qu'approximative. En évaluant à plus de 5 000 le nombre des syndicats agricoles professionnels à la fin de 1910, on sera sans dout(î assez [)rès de la réalité; mais on comprendra certainement dans ce total des groupements qui n'ont (|u'une existence nominale, les uns, parce qu'ils <lébuteiit cl n'ont rien fait de, plus que de se constituer, les autres parce qu'ils sont décomposés et n'ont pas pris la peine de se dissoudre formellement.

Remarqvlons en effet que ce nombre total de syndicats dont on tire vanité — près de six mille syndicats constitués en moins de trente ans dans ces milieux ruraux si rebelles à Tassociation! — ce nombre total ne nous donne pas une indication précise sur la force réelle des groupements. Leur circonscription est extrêmement variable : il en est qui recrutent leurs adhérents dans toute la France, d'autres qui sont départementaux ou régionaux; il en est qui se limitent à un canton ou une commune. Si Ton en trouve quelques-uns qui ont plus de cinq mille membres, on en rencontre beaucoup qui n'en ont pas une dizaine. Un pointage effectué sur TAnnuaire du 'ministère montre que le nombre des syndicats dont l'effectif ne dépasse pas 25 membres est de 847; ceux qui n'ont pas plus de 20 membres sont environ 500. On peut vraisem])lablement ajouter à ces 847 syndicats un peu plus d'une cinquantaine parmi ceux qui n'ont pas consenti à répondre à des questions indis crêtes sur leur état de santé. N'est-il pas permis aussi de supposer que quelques présidents ont forcé le chiffre de leurs adhérents pour faire meilleure figure? Voilà donc au moins 900 syndicats qui ne doivent pas exercer une action économique bien sensible. Une seule opération est réalisable pour eux, c'est l'achat en commun et le transport depuis la gare jusqu'au lieu de répartition de quelques marchandises telles que les engrais. Une entente momentanée sans constitution de syndicat aboutirait au même résultat. Leur existence s'explique par le fait que la fondation d'un syndicat est une condition de forme pour l'établissement d'une caisse de crédit et d'une mutualité -d'assurances.

On répondra sans doute que ces petits syndicats communaux sont fédérés en syndicats départementaux ou nationaux, qu'ils peuvent alors profiter des avantages accordés par le commerce aux plus grandes associations, qu'ils reçoivent du bureau fédéral des renseignements, des conseils utiles et que beaucoup de petits syndicats unis constituent une fédération puissante. Soit. Mais il faudrait alors établir que les syndicats ont généralement compris la nécessité de s'unir. Ce n'est pas ce que nous montre la statistique du ministère. Elle compte 55 unions auxquelles sont affiliés 2 392 syndicats, moins de la moitié par conséquent. Il faut donc penser que, parmi les syndicats communaux à eiîectif trop restreint, ceux qui restent isolés ne sauraient rendre de réels services à leurs membres, ni se développer. Si Ton peut dire, ils sont nés avant terme, avant que 1 esprit d'association ait pénétré dans la mentalité des agriculteurs. Ils n'ont qu'un état-civil. Ils auraient besoin d'être soutenus, renforcés par les syndicats départementaux, les unions régionales. Mais ces groupements n'ont pas toujours à leur disposition un personnel de propagandistes suffisamment nombreux pour aider à des naissances difficiles. C'est l'exemple des voisins, le dévouement ou l'ambition de quel(|ues personnalités qui déterminent le plus souvent de nouvelles créations.

Rien n'est plus varié que l'organisation syndicale agricole et il est bien évident que cette variété était imposée dans une certaine mesure par la diversité des circonstances locales. L'extrême liberté accordée par la loi aux associations agricoles est certainement une des causes de leur succès. Il resterait à démontrer que les fondateurs de syndicats ont toujours su choi-

sir la forme qui convenait le mieux. Il semble bien que la circonscription communale, généralementappréciée parce que le lien syndical y tient les adhérents plus serrés, ne serait pas la meilleure. Elle est trop restreinte; dans les pays où le recrutement est difficile, on devrait préférer la circonscription cantonale. Ce qui vaudrait mieux encore probablement, c'est un autre mode d'orp^anisation qui corrige l'inconvénient des petits syndicats isolés sans rien leur faire perdre des avantages que peuvent présenter les groupements à circonscription territoriale restreinte, le syndicat départemental à sections communales. Chaque section a un bureau spécial qui exerce l'administration et le contrôle, empêche le lien syndical de se relâcher; le bureau central dirige l'action économique avec l'autorité que l'on rencontre seulement dans les associations à effectif nombreux.

L'association n'a de puissance en effet que par le nombre. La nécessité du groupement ne s'impose pas seulement aux petits syndicats communaux. Elle a été reconnue aussi par les syndicats les plus importants. Une union centrale, une douzaine de grandes unions régionales ont été fondées. La statistique du ministère compte actuellement 55 unions de syndicats; c'est probablement plus qu'il ne faudrait pour une bonne organisation. Mais la tendance actuelle ne paraît pas favorable au développement d'une grande union pas plus qu'à celui des sociétés natiotionales. Certaines oppositions d'intérêts économiques entre les diverses régions de la France ont poussé au renforcement, plus exactement, et ce n'est pas la même chose, à la multiplication des unions régionales. Nous reviendrons sur cette observation

de nature à faire pressentir que le mouvement syndical n'a pas détruit Tesprit particulariste des agriculteurs.

Puisque les effectifs varient de 5 à 0 membres jusqu'à plus de 10 000, il ne suffit pas de connaître le nombre total des syndicats. Il faudrait déterminer le nombre de leurs membres. Cela paraît assez difficile. On répète souvent que Tagriculture française compte un million de syndiqués. C'est trop d'optimisme. Le ministère de l'Agriculture n'en a inscrit dans son Annuaire que 778189. Il est vrai, ainsi que nous l'avons remarqué, qu'une soixantaine de syndicats n'ont pas fait connaître le nombre de leurs adhérents; nous les avons tenus pour morts, peutêtre ne le sont-ils pas tous et faut-il, en conséquence, augmenter le total de 2 ou 3000 syndiqués. Mais, par contre, il faudrait, si l'on voulait ôtre exactement fixé sur le nombre des agriculteurs qui ont été gagnés à l'idée d'association, retrancher ceux qui sont inscrits dans plusieurs syndicats, soit qu'il s'agisse de propriétaires ayant plusieurs domaines dans des régions éloignées, soit qu'il s'agisse de syndicats spéciaux qui recrutent des adhérents parmi les agriculteurs déjà inscrits ailleurs. D'autre pari, il n'y a pas lieu de compter, et, en effet, l'Annuaire ne les compte pas, les membres des unions centrales ou régionales, puisqu'ils sont déjà recensés une fois dans les syndicats affiliés à ces unions. On pourrait aussi retrancher les propriétaires qui, par exemple, se font inscrire aux syndicats bien qu'ils aient donné leurs terres à des fermiers ou des métayers; ils ne sont en quelque sorte que des syndiqués honoraires.

En résumé, on peut supposer que le nombre des

syndicats était, en 1910, de 5 000 environ, peut-être davantage, et que le chiffre total des syndiqués, si l'on déduit ceux qui dans les statistiques ont pu être comptés plusieurs fois, ne dépassait guère 750 000. Or il y a en France environ 4 millions d'agriculteurs qui, propriétaires cultivateurs ou entrepreneurs de culture, auraient profit à s'inscrire dans les syndicats. Sans contester l'importance déjà considérable des résultats acquis, on voit que l'œuvre est loin d'être achevée.

Le personnel des syndicats agricoles se retrouve dans les associations qui ont un but spécial, coopératives, caisses de crédit, mutualités. La plupart de ces sociétés sont, en eflet, des filiales, des annexes des syndicats.

Les sociétés coopératives agricoles de production, de transformation ou de vente sont, d'après l'indication de iM. de Rocquigny, au nombre de 2 600 parmi lesquelles on compte 1 800 fruitières, groupements dont nous avons noté au chapitre précédent l'ancienneté et les avantages. Évidemment, on ne doit pas les négliger, mais on ne peut pas non plus en faire état pour juger du développement de l'esprit d'association dans Tagriculture. Ces petites associations n'ont pas tendance à augmenter; les transformations de l'industrie laitière les poussent plutôt à fusionner pour former des groupes plus importants et mieux outillés. Les 800 autres coopératives — ce chiffre est sans doute trop élevé — comprennent environ 500 coopératives de laiterie principalement dans Ijb Poitou ei

les Charentes, une cinquantaine de caves coopératives dans le Languedoc et le Var pour la vinification et la distillerie, une vingtaine de coopératives oléicoles en Provence, une quarantaine de féculeries presque toutes situées dans le département des Vosges, des coopératives de battage et des coopératives diverses.

Aux coopératives de production, M. de Rocquigny ajoute 8 à 900 sociétés coopératives d'achat et de consommation. Il semble que la plupart ne devraient pas être comptées parmi les associations de Fagriculture. Ce sont des boulangeries, des épiceries, des bazars installés dans des communes rurales; mais elles ne sont pas constituées uniquement entre agriculteurs et leur objet n'est pas proprement agricole. Leur existence peut bien être invoquée pour établir que le principe de Tassociation a pénétré dans les milieux ruraux. On ne saurait dire qu'elles contribuent à l'organisation économique de la profession agricole.

D'après le dernier rapport publié (Journal Officiel du 2 septembre 1911), les caisses locales de crédit étaient à la fin de 1910 au nombre de 3 338 comprenant au total 151 621 adhérents. On comptait à la même date 96 caisses régionales du second degré, surveillant et aidant les opérations des caisses locales. Les chiffres donnés doivent cette fois être retenus comme absolument exacts, les caisses de crédit en raison des avances qu'elles reçoivent de l'État étant soumises à un contrôle administratif. On

pourrait même dire que ces chiffres sont trop faibles, car il existe en dehors des caisses de crédit contrôlées environ 700 caisses rurales indépendantes. Mais il est difficile de savoir jusqu'à quel point il faut en faire état parce qu'elles ne sont pas exclusivement agricoles et parce que leur activité est restreinte. Bien que, d'après leurs statuts et les déclarations de leur fondateur, M. Louis Durand, elles soient ouvertes à tous, elles sont en fait confessionnelles. Elles sont intéressantes parce qu'elles fonctionnent uniquement avec les dépôts qu'elles reçoivent, sans participer aux avances de l'État.

Les associations agricoles d'assurances mutuelles se répartissaient de la façon suivante au 30 septembre 1910 : [Journal Officiel du 1«'" janvier 1911).

Mutuelles-bétail 8 428 sociétés. 438 216 adhérents.

Caisses de réassurance (bétail) 58 — 3 035 sociétés affiliées.

Mutuelles-incendie.. 2 187 — 53 110 adhérents.

Caisses de réassurance (incendie) . . 20 — 2 096 sociétés affiliées.

Assurances contre la grêle. . . 25 — 44 677 adhérents.

Contre les accidents

du travail 7 — 3 478 adhérents.

Ici encore les chiffres doivent être considérés comme à peu près exacts. Toutefois il faut remarquer d'abord que le total obtenu (10 731 sociétés) ne tient pas compte des déchets qui ont pu se produire. Chaque année les créations nouvelles sont additionnées au total de l'année précédente et l'on ne se préoccupe pas de déduire les associations qui ont disparu. D'autre part, dans les 8 428 sociétés d'assu-

rances contre la mortalité du bétail, le département des Landes à lui seul figure pour 1062; c'est que, dans les localités de ce département où Tassurance est organisée^ on a établi le plus souvent une société pour chaque espèce animale. On trouve dans plusieurs villages 4 ou 5 mutuelles-bétail, une pour les chevaux, une pour les bovins, une pour les porcs, une pour les chèvres, une pour les moutons. On ne voit pas bien quelle est Futilité de cette division, à moins que ce ne soit tout simplement un moyen de justifier de plus grosses subventions de TEtat.

Il est probable que dans ce total de 10 731 associations il en est un certain nombre qui n'ont qu'une existence nominale. Les professeurs d'agriculture ont été si énergiquement invités à provoquer des créations nouvelles qu'ils ont multiplié les conférences de propagande. Mais il est un moyen de juger de la valeur réelle des résultats obtenus. La réassurance est pour les petites sociétés une nécessité absolue. Or les mutuelles affiliées à des caisses de réassurance sont seulement au nombre de 3 055 pour la mortalité du bétail, de 2 096 pour les risques d'incendie. Il est permis de supposer que les 5 373 mutuelles-bétail qui ne sont pas réassurées n'ont qu'une existence précaire et inefficace. Pour l'incendie presque toutes les (paisses locales pratiquent la réassurance; 91 seulemcuit ne sont pas réassurées. Il paraît donc prudent, si l'on ne veut pas se faire d'illusions, de réduire à 4 000 environ le nombre des mutuelles-bétail et de maintenir à 2100 celui des mutuelles-incendie.

M. de Kocquigny nous propose de compter encore parmi les associations agricoles environ 6 000 sociétés

de secours mutuels parce que, sur les 25 000 sociétés de ce genre qui existent en France, il y en a environ 6 000, suivant l'évaluation de M. Cheysson, qui sont installées dans de petites communes rurales et qui recrutent leurs adhérents principalement parmi des paysans. Il semble que là encore, nous ne nous trouvons pas en présence de groupements professionnels de Tagriculture. Par contre, il faut tenir compte de 160 caisses de retraites fondées, au profit des ouvriers agricoles et de petits propriétaires.

En résumé, nous avons trouvé pour constituer les cadres de notre organisation agricole, 1 600 sociétés et comices, plus de 5 000 syndicats et 55 unions de syndicats, 1 800 fruitières et 7 à 800 coopératives de production, 3 338 caisses locales de crédit et 96 caisses régionales, plus les caisses libres du type Durand, 4 000, peut-être 8 000 sociétés d'assurances contre la mortalité du bétail, 2 100 sociétés d'assurances contre les risques d'incendie, 8 à 900 sociétés coopératives de consommation et 6000 sociétés de secours mutuels qui ne sont pas proprement agricoles, mais qui doivent au moins être classées comme associations rurales. Dans ces divers groupements se répartissent environ 750 000 agriculteurs, un cinquième de la population des cultivateurs que l'association devrait englober. C'est déjà un très grand résultat. Si cela ne permet pas encore de dire que « le vieil esprit d'individualisme, de défiance et de routine parait vaincu », on peut bien conclure que cette vue d'ensemble u paraît offrir des perspectives encourageantes à tous ceux qui estiment le progrès agricole intimement lié au développement des initiatives privées par la voie de l'association libre. » D'autant

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