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II. — RÉSULTATS D'ORDRE ÉCONOMIQUE

Evaluer avec une approximation suffisante, l'importance des services d'ordre matériel que les syndicats, les associations diverses ont dû rendre à leurs membres n'est pas une tâche aisée. On ne dispose pas de documents complets. Il nous faudrait pourtant parvenir à marquer fortement la grandeur de Tœuvre commencée. Il est sans doute nécessaire de montrer que les associations n'améliorent pas la situation économique des agriculteurs autant qu'on le dit d'habitude, mais il ne faut pas négliger de rendre justice aux efforts accomplis et aux résultats obtenus.

Les syndicats se sont proposés tout d'abord de morahser et de développer le commerce des engrais industriels. Cette tâche ils l'ont véritablement remplie. C'est beaucoup. Les fraudes qui, au début, décourageaient les cultivateurs sont devenues extrêmement rares parce que les laboratoires des syndicats contrôlent la teneur des engrais fournis à leurs membres, parce que leurs journaux et leurs conférenciers ont invité les paysans à prendre les précautions indispensables; l'accroissement de la consommation est dû aux enseignements, aux conseils, que lies syndicats ont répandus, en même temps d'ailleurs •que les professeurs d'agriculture, car Tiniliative .privée et l'aide officielle agissent côte à côte. On l'oublie quelquefois; peu importe. 11 semble bien incontestable que, sans les syndicats, l'utilisation

des engrais n'aurait pas fait les progrès que nous avons enregistrés.

Il en est de même pour l'emploi des machines agricoles. Les expositions, les concours, les démonstrations expérimentales, les contrats passés entre les syndicats et les constructeurs ont préparé leur diffusion. Les commerçants intéressés n'auraient pas eu le même succès si la méfiance et l'embarras des paysans n'avaient été brisés par les conseils des spécialistes, techniciens ou praticiens, réunis dans leurs syndicats. Nous pourrions poursuivre cette recherche; la lutte contre les maladies des plantes, l'organisation de la météorologie, les progrès de l'élevage doivent beaucoup à la présence de quelques puissantes associations dans le monde rural. L'action des syndicats a été d'autant plus grande qu'elle ne se limite pas uniquement à leurs adhérents; elle a profité à tous ceux qui, par des communications orales, par des comparaisons ont tiré parti plus ou moins complètement des méthodes nouvelles à mesure qu'on les adoptait autour d'eux.

Les services rendus par les syndicats varient naturellement avec le nombre de leurs membres, l'étendue de leur circonscription, leur objet. En 1900, M. de Rocquigny avait noté les chiffres d'affaires de 25 syndicats. Le plus faible dans ce groupe réahsait annuellement 400000 francs d'achats collectifs; le plus fort, le Syndicat central des agriculteurs de France, dépassait 5 millions. Au total, ces 26 syndicats avaient fait un chiffre d'affaires de 23 millions environ. En tenant compte non seulement des achats d'engrais, mais des sommes énormes dépensées pour la reconstitution et l'entretien des vignobles, M. de Roc-

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quigny estimait à cette époque que le mouvement d'afl'aires des syndicats agricoles devait approcher du chiffre de 200 millions par an. C'est cette évaluation que tous les auteurs rappellent quand ils ont à apprécier l'activité économique des associations syndicales. Depuis lors le nombre des syndicats a plus que doublé. Mais il n'est pas probable que leurs services commerciaux se soient développés dans la môme proportion, car les syndicats récents sont généralement très petits. Supposons que leur chiffre d'affaires dépasse actuellement 300 millions par an.

Voilà qui donne une idée favorable de leur activité ; encore que ce chiffre, si on pouvait le comparer à la valeur des matières premières et de l'outillage annuellement nécessaires à notre agriculture, paraîtrait sans doute bien faible. Il est certain que les agriculteurs continuent à se servir de leurs associations. Peut-on dire cependant qu'elles conservent la même utilité qu'elles ont eue au début? Là où elles ont convenablement initié les paysans aux nouvelles techniques ont-elles toujours un rôle à jouer? Elles ont amélioré et développé le commerce des engrais; peuvent-elles assurer encore la défense des cultivateurs au point de vue commercial? exercent-elles une action puissante sur l'établissement des cours? Les prix payés par les syndiqués sont-ils inférieurs à ceux que le commerce demande aux cultivateurs restés en dehors des associations?

Une première constatation s'impose. Les syndicats n'ont pas réussi à enrayer la hausse des engrais, i^es tentatives qui ont été faites par quelques syndicats pour se passer des commerçants ont toujours échoué; Les agriculteurs n'ont pas su maintenir en concur-

rence leurs divers fournisseurs. En particulier ils n'ont pas empêché la grande Société de Saint- Gobain de s'emparer du marché des superphosphates.

Or les fabriques d'engrais et d'insecticides n'ont pas intérêt à voir grandir la puissance des syndicats. Elles profitent de la propagande qu'ils leur font, elles veulent bien le reconnaître en leur accordant de menus avantages, mais elles ne supportent pas que les agriculteurs se transforment en clients exigeants. Une action discrète et habile entrave l'essor des syndicats. Les paysans sont sollicités chez eux par des courtiers qui leur offrent engrais et insecticides avec les mêmes garanties et « au même prix que le syndicat ». D'autres fois, les fabriques accordent bien aux syndicats en considération d'une grosse commande une concession exceptionnelle sur les prix, mais elles leur imposent de ne pas en faire profiter directement les syndiqués, c'est-à-dire de ne pas vendre au-dessous des prix pratiqués par les marchands de la région. La ristourne accordée par la fabrique devra être employée par le syndicat pour ses œuvres d'intérêt général. De sorte que le bénéfice réalisé par le cultivateur du fait de son affiliation au syndicat est parfois nul ou bien égal tout au plus à la différence entre les prix de gros et les prix de détail.

L'état actuel de l'association agricole ne lui permet pas de discuter avec l'industrie qui la domine du haut de ses monopoles et de ses ententes. Comment l'agriculture se défendrait-elle s'il est vrai que les propriétaires directeurs des syndicats les plus forts et des unions ne considèrent plus leurs propriétés que comme

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un élément secondaire de leur fortune, si, actionnaires et administrateurs, ils ont plus d'intérêt au progrès de l'industrie qu'à celui de l'agriculture elle-même? Il reste à répondre que si les syndicats n'existaient pas, la situation des cultivateurs serait plus mauvaise qu'elle ne Test. Cela est bien possible en eiret. Ils empêcheraient donc la retraite de se changer en déroute. C'est déjà reconnaître que, dans la bataille commerciale livrée à l'industrie, l'agriculture n'a pas remporté la victoire.

L'organisation de la production et de la vente ne va pas non plus sans difficultés, les unes d'ordre intérieur, les autres résultant de ce fait que les transformations tentées par les cultivateurs menacent les intérêts des commerçants et que ceux-ci se défendent avec énergie.

Voici tout d'abord les coopératives d'outillage qui, nous dit-on, apportent aux petites exploitations le moyen d'utiliser tous les instruments qui feraient, si elle avait le monopole de leur emploi, la supériorité de la grande culture. En théorie, rien ne paraît plus simple et meilleur : isolés, les paysans ne pourraient se servir de certaines machines parce qu'elles sont d'un prix élevé, parce qu'ils ne les emploieraient que pendant un temps trop court, parce que l'amortissement serait trop onéreux, lis s'entendent, ils se groupent. La machine devient la propriété de 20 ou 30 associés, ou bien elle est acquise par le syndicat et celui-ci la loue à ses membres. Voilà la solution trouvée, voilà la propriété paysanne pourvue de

routillage le plus perfectionné! mais c'est alors que les difficultés commencent. Il ne suffit pas de payer une quote-part ou une cotisation syndicale pour savoir mener une machine. Des accidents se produisent et des contestations quand il s'agit d'en supporter les frais. On y a paré dans certains groupements en imposant aux associés la présence d'un mécanicien pour diriger le travail; c'est une augmentation de frais. 11 y a une difficulté plus grave : pour toutes les machines, qui travaillent aux champs, à la culture ou aux récoltes, il y a un moment, une courte période pendant laquelle leur emploi est réellement préférable, où tous les associés voudraient en disposer. Les labours, la moisson, la fauchaison se font simultanément. La coopérative d'outillage est donc obligée de trouver le règlement précis qui fixera les droits des associés et de le faire respecter. On y parvient assez bien pour les machines de ferme, batteuses, trieurs, tarares; mais pour les moissonneuses, les faucheuses, c'est autrement difficile, il vaut mieux être maître chez soi.

Les coopératives de production, laiteries, caves, moulins à huiles, pépinières, tant d'autres variétés encore, ont obtenu souvent de très beaux résultats. Grâce aux plans, aux devis, aux conseils que leur fournit le Service des améfiorations agricoles du ministère, elles ont presque toujours organisé des installations perfectionnées, très modernes que les grandes exploitations pourraient leur envier. Les frais de fabrication y sont des plus réduits; les méthodes de fabrication sont basées sur des principes scientifiques et donnent des produits de quafité supérieure. Voilà donc, encore une fois, un progrès

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