IV. Organisations défensives. — Les syndicats mixtes
Que les idées socialistes aient su pénétrer dans les campagnes, que des conflits collectifs s'y soient élevés entre patrons et ouvriers, que des syndicats révolutionnaires s'y soient formés et maintenus, rattachés même à l'organisation ouvrière de la Confédération générale du travail, que des paysans propriétaires aient voté pour des députés socialistes, c'est sans doute de toutes les transformations de l'agriculture la plus imprévue et la plus significative. Non pas qu'on ne puisse signaler dans le passé quelques rébellions d'ouvriers agricoles, même quelques grèves; mais ce n'était alors que de brusques colères vile apaisées. Les masses rurales gardaient le calme, la passivité et la résignation qui les faisaient admirer
par les conservateurs. Attachées au régime de la propriété individuelle, elles paraissaient devoir opposer à la propagande socialiste un obstacle infranchissable et Ton comptait sur elles pour cela. Les fourches, disait-on, devaient se lever toutes seules contre les « parlageux ».
Ces espérances ont été déçues au moins partiellement. Il est certain que des brèches ont été ouvertes dans le rempart par lesquelles pénètrent, un à un, les candidats socialistes et les conférenciers révolutionnaires. Ils n'en sont pas encore à donner l'assaut final; il s'en manque de beaucoup. Mais il faut, dès à présent, chercher l'explication de leur succès inattendu, le mesurer dans le présent et pour l'avenir.