L'ECRITURE
Origine figurative de l'écriture égyptienne.
La langue égyptienne a pour nous un intérêt tout particulier. Elle représente une phase d'un développement linguistique encore imparfait, ou du moins elle a conservé certains caractères tout à fait primitifs. S'agit^il de la grammaire, la différence entre les diverses catégories de mots est encore très vaguement tracée ; par exemple, il n'y a aucune forme spéciale qui distingue un verbe d'un nom. Les conjonctions, à l'aide desquelles nous exprimons les rapports entre les phrases n'existent qu'en fort petit nombre. Ces rapports ressortent des idées, et non de la forme des phra# ses qui sont arrangées dans un ordre tout à fait paratactique. De même, les modes des verbes qui aussi servent à exprimer les rapports de temps, de cause, et autres, n'ont aucune forme propre. Ils sont souvent remplacés par des auxiliaires ou par des périphrases.
Mais ce que la langue égyptienne a de plus caractéristique, c'est l'écriture. Nous y reconnaissons deux phases très impor# tantes, le passage du dessin à l'écriture figurative, puis celui de l'écriture figurative à l'écriture alphabétique. Dans le bassin de la Méditerranée, où s'est développée la civilisation sous la# quelle nous vivons, nous ne connaissons que la langue Cretoise qui soit dans ce cas, ayant à la fois une écriture cursive et des hiéroglyphes.
Et même on peut se dire que le développement de l'écriture égyptienne n'a pas été complet. Pour arriver à la lettre pure.
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c'est à dire au signe conventionnel n'ayant d'autre but que d'ex# primer un son, il a fallu que l'égyptien renonçât à son écriture et s'en créât une nouvelle, qui est l'alphabet grec augmenté de six signes. On peut donc dire que pour l'écriture comme pour l'art, l'Egyptien est arrivé à un certain point qu'il n'a pu dé# passer. Il s'est arrêté à un mélange bizarre de la lettre et de la figure, et, chose curieuse, la simplification dans l'écriture a porté uniquement sur le dessin des signes, et n'a pas conduit à l'a* bandon des restes de la figure tels que les déterminatifs, quoi* qu'il ne soit plus possible de se rendre compte de ce qu'ils représentent.
L'écriture, aussi bien que la langue elle#méme, trahissent un développement encore imparfait, et ici nous nous trouvons d'ern* blée en opposition avec un principe fondamental de l'école aile* mande. D'après les grammairiens tels que MM. Erman ou Sethe, la langue égyptienne, à l'époque la plus ancienne où nous la connaissons, est déjà dans un état avancé de décomposition (Zer* setzung) et nous sommes très loin de la connaître telle qu'elle était à l'origine, ou plutôt telle qu'elle devait être pour satisfaire aux exigences de l'école philologique allemande. Voici comment s'exprime Sethe, l'un des défenseurs les plus convaincus de ce point de vue étrange : (1) «La langue égyptienne, quand nous apprenons à la connaître, se trouve déjà dans un état de décom* position très avancé qui se montre aussi bien dans la syntaxe que dans la phonétique et dans les formes verbales.» Nombre de mots étaient déjà fortement réduits dans leurs consonnes. Ils ne sont plus que les débris (Triimmer) de formes beaucoup plus complètes. C'est la décomposition qui a fait de mots à trois consonnes des syllabes à deux, puis des mots à une seule con* sonne qui sont devenus l'alphabet. (2) Sans la chute successive de deux des trois consonnes qui composaient un mot, l'alphabet ne
(1) Sethe, Der Ursprung des Alphabets, p. 116. 123.
(2) «Nicht auf einmal, sondern nach und nach im Laufe der Zeit mit fort* schreitender Zersetzung der Sprache hat sich das agyptische Alphabet gebildet.» p. 124.