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serait pas né. La langue originelle n'en avait point et ne pou* vait pas en avoir. Il fallait, pour que l'alphabet apparût, une dégénérescence continue.
Je me suis déjà élevé à maintes reprises contre cette concep* tion de la langue qu'ont abandonnée les philologues modernes. Comme le dit Saussure : (1) «La langue n'est pas une entité, et n'existe que dans les sujets parlants». «Pour les premiers linguis* tes» (je cite toujours *le même auteur) «l'état original de la lan»î gue était quelque chose de supérieur et de parfait», sans qu'on se demandât si cet état n'avait pas été précédé d'un autre; pour eux, «tout ce qui s'écarte de l'ordre donné est une irrégularité, une infraction à une forme idéale». C'est cette conception, ré* prouvée par la plupart des philologues modernes, qui domine encore dans la reconstruction de la langue égyptienne telle que la conçoit l'école allemande. Il y a eu un égyptien type, un égyptien idéal se présentant sous une forme sémitique parfaite, et dont nous n'avons plus que les restes. La langue égyptienne aurait donc eu nécessairement une existence à deux périodes bien marquées. Par la voie normale du développement, dont nous ignorons absolument la durée, elle est arrivée à sa forme accomplie, puis elle redescend la pente qu'elle avait gravie pen* dant un laps de temps que nous ne pouvons estimer, et nous ne la connaissons qu'à son déclin déjà avancé.
Cet égyptien idéal, où a*t*il été parlé, et à quelle époque de la civilisation égyptienne ? . Pour Erman la question est résolue par le fait que l'égyptien primitif étant une langue sémitique, a dû naître dans la péninsule arabique à partir de laquelle «les Sémites ont essaimé comme des abeilles en Mésopotamie, et dans divers pays qui bordent la Méditerranée». (2) Mais comme, ainsi que nous le montrerons plus bas, il n'est nullement prouvé que l'égyptien soit une langue sémitique, bien au contraire, nous ne saurions admettre cette origine et ce domicile primitif de l'é*
(1) F. de Saussure. Cours de linguistique générale, p. 19. 229.
(2) Erman (Die Flexion des âgyptischen Verbums, p. 37) qui cite vON
LUSCHAN.
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gyptien idéal que nous ne connaissons que sous une forme dégé* nérée. C'est l'Afrique qui est la patrie des Egyptiens, de leur civilisation et de leur langue.
Si nous nous reportons à ce que nous connaissons des premiers temps de l'histoire de l'Egypte, et des débuts de sa civilisation, nous nous trouvons d'abord en face d'une population de l'âge néolithique, ne connaissant pas l'usage des métaux, se servant d'instruments de pierre, dont il est certain* qu'elle a quelquefois poussé la fabrication à un degré élevé de perfection, et n'ayant pas d'animaux domestiques. A une époque dont nous ne pouvons fixer la date, mais qu'il faut placer au plus tard au quatrième millénaire avant notre ère, cette population a été conquise et subjuguée par une peuplade à laquelle les traditions et l'ethnologie nous enseignent qu'il faut attribuer une origine africaine. C'est le mélange de vainqueurs et vaincus qui a produit la population égyptienne proprement dite, ce que nous appellerons les égyptiens pharaoniques, chez lesquels, dès le début, nous trouvons l'écri* ture, qui n'est plus simplement figurative, qui est un mélange dans lequel, à côté de signes véritablement idéographiques, nous trouvons aussi des caractères alphabétiques. Cette union de deux populations a produit la civilisation égyptienne telle qu'elle se montre à nous dès le début, fort semblable à ce qu'elle sera plus tard. (1)
Dans cette histoire de la population de l'Egypte telle qu'elle se déroule, en deux phases bien marquées, d'abord la période des primitifs néolithiques, dont nous ne savons pas la durée, puis le développement succédant à une conquête par des Africains, où placerions#nous cette langue égyptienne idéale que nous ne connaissons que par sa décadence ? Pouvons nous même en sup* poser l'existence ? Etait*ce la langue des néolithiques ? Combien de temps avaitî=elle mis pour parvenir à cet état ? Comment se figure#t#on la période de naissance, quel genre de formes avait* elle produit? Elles devaient être différentes de celles qui nous
(1) Naville, L'origine africaine de la civilisation égyptienne. Rev. arch. 1913. 11. p. 47.
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ont été conservées, puisque celles-ci sont une décomposition ; ou bien la langue idéale était^elle celle des conquérants africains, et la décadence proviendrait*elle du mélange avec les vaincus, comme on nous dira que ce fut le cas lors de l'invasion sémitique ?
On voit à quelles difficultés inextricables nous conduit la théo* rie allemande, cette évolution régressive, cette évolution à contre* sens de la langue égyptienne.
Il nous semble, au contraire, qu'il faut voir dans l'égyptien le résultat d'un développement graduel, lequel, comme cela est arrivé dans l'art, s'est arrêté à un certain point et n'a pas pu franchir le fossé qui sépare le parler primitif d'avec les langues sémitiques ou aryennes, dont l'écriture ou- l'appareil grammatical sont plus parfaits.
Presque tous les peuples primitifs sont parvenus au dessin, à la représentation plus ou moins gauche de ce qu'ils avaient sous les yeux, ou de ce qui avait une place dans leur vie. Les chasseurs, par exemple, ont reproduit sur les parois de leurs cavernes les animaux sauvages qu'ils poursuivaient et dont ils faisaient leur nourriture. Ils ont même été plus loin : ils rappelaient de cette manière un trait de mœurs ou un épisode de leur vie, comme une guerre. (1)
Ce dessin a d'abord été la gravure, à laquelle plus tard on a ajouté de la couleur, mais c'étaient des figures, des images de quelque chose de réel. Il n'y avait là rien de conventionnel, rien qui n'eût un sens par lui-même, c'était la langue des yeux dont on n'a pas suffisamment reconnu le vrai but. (2)
Il faut se rappeler que dans l'antiquité, surtout en Orient, la masse du peuple se composait d'illettrés. Un roi voulait^il en# seigner à ses sujets ou à la postérité les hauts faits de son règne, c'est sans doute dans une inscription historique qu'il pouvait le
(1) Jedenfalls iibt man die Kunst, ein Rind, einen Menschen, einen Lôwen darzustellen.und konnte die Geschichte eines feindlichen Oberfalls oder eine Jagd auf dièse Weise fur sich und andere aufzeichnen. (C. Meinhof : Zur Entstehung der Schrift, Zeitschrift fiir agyptische Sprache und Altertumskunde) vol. 49 page 2.
(2) Aufzeichnung von Dingen, die man nicht vergessen will. (1. 1. p. 2).
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mieux le faire, mais celle#ci n'aurait profité qu'à un petit nombre, la foule aurait passé à côté sans se douter de son contenu. Tandis que lorsque la reine Hatshepsou faisait graver sur les murs de son temple les divers épisodes de l'expédition de ses vaisseaux au pays de Pount, quand Ramsés II couvrait les murs de son temple de sa guerre contre Kadesch, étalant dans ses bas#reliefs les divers moments de cette campagne, montrant les ennemis qu'il avait eus à combattre, leurs types ethniques, les armes qui leur servaient au combat, la déroute de leurs chars de guerre, la mort de leurs chefs noyés dans la rivière, tout cela n'avait pas uniquement un but décoratif, c'était un enseignement, c'étaient des annales en peinture, c'était pour les spectateurs illettrés quelque chose d'analogue à ce qu'est pour les enfants de notre temps l'histoire de France ou d'Angleterre en gravures.
A cet égard, il est intéressant de rapprocher les dessins qu'on trouve dans les cavernes néolithiques, des représentations qui ornent les tombes de l'Ancien Empire. Des deux parts, l'idée mère est le même, il n'y a entre les deux phases qu'une différence de développement. Et ici nous avons la bonne fortune d'avoir une transition, la tombe néolithique découverte par M. Quibell à El Kab. Dans tous ces cas, le but est le même, non pas dé* crire par la parole, mais montrer aux yeux ce qu'est l'existence d'un être humain ou ce qu'elle sera dans l'autre monde.
A cette idée s'en ajoute une autre, ce qu'on a appelé la magie imitative, c'est à dire l'idée qu'il suffit de représenter quelque* chose pour le faire naître; ce qui est d'une grande importance lorsqu'il s'agit de la peinture de la vie future du défunt, auquel de cette manière il est possible de procurer une existence tout à fait enviable. Nous disions que des dessins des primitifs aux tombes de Ghizeh ou de Sakkarah il n'y avait qu'une différence de degré pour ce qui est des représentations. Mais il en est une autre d'une grande portée. Dans les tombes de l'Ancien Empire, nous avons le dessin, souvent très détaillé et poussé à un haut degré de perfection, c'est là le langage des yeux, mais nous avons aussi l'écriture, le langage de l'oreille, qui saura répéter ce que
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nous montre le dessin, mais qui souvent aussi le complète, et supplée à ce qui échappe nécessairement à l'œil, comme les con* versations des personnages. Il y a eu donc, des primitifs aux sculpteurs et aux peintres des tombes de Sakkarah un progrès capital, l'invention de l'écriture, du langage de l'oreille, la figura* tion, non de ce qu'on voit, mais de ce qu'on entend.
Comment l'ancien Egyptien a#t*il passé de la figure à la lettre alphabétique, c'est là une question délicate, et au sujet de laquelle les opinions sont très divergentes. Qu'on ait commencé par l'écriture figurative, cela ne fait pas doute. A l'aide de ce procédé, les primitifs pouvaient représenter, non seulement un être isolé tel qu'un animal, mais aussi une chasse ou même une série de scènes successives qui constituaient une sorte de récit. Un premier progrès consiste à arriver au phonogramme ou rébus, c'est à dire à séparer dans un signe le sens figuratif, du son qu'il a lorsqu'on le prononce, et à ne plus employer ce signe que pour sa valeur phonétique. Cela crée d'emblée un nombre plus ou moins considérable de signes qui sont des signes syllabiques, et il y en aura d'autant plus qu'il y a dans la langue plus de mots formés d'une seule syllabe. (1)
Les recherches de Westermann paraissent avoir établi que les populations nègres d'Afrique ont parlé d'abord des langues à mots d'une syllabe, et comme les Egyptiens sont des Africains, il serait naturel qu'à l'origine la langue égyptienne ait eu un début semblable. Ce qui le ferait croire, c'est le grand nombre de signes égyptiens qui représentent une syllabe ouverte ou fer# mée. Nous aurons à revenir plus bas sur cette assertion, qui est en contradiction formelle avec la théorie sémitique de l'école allemande.
De cette manière, le développement de la langue, son évolu* tion, serait plus normale. Des mots d'une syllabe, elle aurait passé aux mots à deux syllabes ou aux racines trilitérales. Du simple, elle aurait été au composé, ce qui paraît bien plus natu*
(1) Meinhof 1. 1. p. 12. D'après M. Barton, il en serait de même pour le cunéiforme. J. Asiatique 1918 p. 534.
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rel que de supposer que l'égyptien primitif, à une époque qu'on ne sait où placer, se composait de racines trilitérales formées de trois consonnes et que les racines bilitérales, avec lesquelles se présente l'égyptien, sont le résultat de cette décomposition qui est à la base du système.
Avant d'essayer de retracer l'origine des caractères phonétiques, il est nécessaire d'examiner en premier lieu de quoi ils se com* posent. Ici je n'hésite pas à affirmer avec Maspero et avec tous ■ les égyptologues qui ont précédé l'école allemande, que le sys* tème graphique de l'égyptien exprime trois sortes d'articulations dijfférentes : 1° des consonnes proprement dites, supposant l'exis* tence de phonèmes occlusifs et sifflants, 2^ des voyelles, 3° des sonnantes.
Il est inutile de revenir ici sur les consonnes, sur la valeur desquelles les égyptologues sont d'accord. Mais si l'on consi* dère les voyelles, il importe de partir de ce principe que je crois avoir été le premier à formuler pour l'égyptien, et que Maspero a pris pour base de son exposition : il faut séparer nettement le signe, d'avec sa prononciation qui peut être différente suivant les cas. En sorte que j'appellerais volontiers les consonnes des lettres à prononciation fixe, et les voyelles des lettres à prononciation variable. Quant aux sonnantes, elles appartiendraient tantôt à l'une, tantôt à l'autre de ces catégories.
Qu'il y ait des voyelles dans l'écriture égyptienne, c'est ce qui ressort avec évidence du copte. Lorsqu'on mentionne le copte, il ne faut pas songer à une langue littéraire unique, c'est la lan* gue parlée dans les diverses parties de l'Egypte, transcrite par un alphabet spécial composé de l'alphabet grec auquel on a ajouté six signes spéciaux, dont l'un, le ^ est exclusive* ment employé dans le dialecte qu'on nomme maintenant bohei* rique. Or, si l'on recherche dans le copte les lettres correspon* dant à [1, ^^> ^ — "» y)» ^0» ^^ ^^ trouve jamais que des voyelles simples ou des diphthongues, c'est à dire des phonèmes vocaliques qui peuvent être fort différents pour le même signe, et ces pho*