‹ L'évolution de la langue égyptienne et les langues sémitiquesChapitre 94 sur 96 · Chapitre v · texte numérisé non relu

Chapitre v

Enfin, nous pouvons nous expliquer pourquoi, à l'époque de l'ère chrétienne, on fit ce grand changement dans la langue et dans l'écriture. Bien qu'ils fussent une province romaine, les Juifs avaient conservé un sentiment national très vif, ils se rap* pelaient qu'ils étaient les élus, le peuple de Dieu, ils répétaient toujours «nous avons Abraham pour père». Mais, pour eux, la vie nationale était intimement liée à leur culte, à l'observation la plus stricte et la plus formelle de la loi, à laquelle ils avaient ajouté maintes prescriptions. Ce culte les distinguait des Gentils, pour lesquels ils éprouvaient un mépris et une inimitié non dé» guises. Leur religion justifiait à leurs yeux cet exclusivisme, c'était la barrière qui les séparait de toutes les nations étrangères.

La religion sur laquelle reposait leur vie en tant que nation, était réglée sur leurs livres sacrés, la loi de Moïse et les pro# phètes. Mais auparavant la forme de ces livres n'avait aucun caractère distinctif, ainsi qu'on l'aurait attendu du particularisme juif. Ces écrits étaient en araméen, langue possédant une litté* rature considérable, ils étaient une partie de cette littérature, ils pouvaient se confondre avec d'autres. Je crois que c'est pour cela que les rabbins jugèrent nécessaire de donner à leurs livres un caractère national, une apparence nationale. Ils les mirent en judaïque, leur idiome qui descendait de celui de leurs pères, celui de Jérusalem leur capitale, et qu'aucun autre peuple ne parlait. Mais comme cet idiome ne possédait pas d'écriture qui lui fût propre, il fallut en inventer une. Ils prirent l'alphabet auquel ils étaient habitués, qu'ils employaient dans leurs écrits, l'araméen. Ils lui firent subir une modification suffisante pour en faire une écriture nouvelle, seule de son espèce et qu'ils pou» valent appeler la leur. Le jehoudith écrit avec un nouvel alpha» bet carré, c'est l'hébreu. •*

Un dernier rapport à signaler avec le copte, c'est qu'à partir du moment où l'hébreu a été formé s'est développée la littérature hébraïque qui, considérable déjà dans l'antiquité, ne cesse de grandir, et tandis que le copte est mort et ne sert plus que dans les églises, l'hébreu est encore la langue vivante des Juifs.

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Ici, comme pour la naissance de l'araméen, nous soumettons notre point de vue au jugement des spécialistes en langues sé# mitiques. Il nous semble que dans les études sur l'histoire de ces langues sémitiques, on a négligé de regarder du côté de l'Egypte, on a presque toujours expliqué les changements par une lente évolution conforme aux lois linguistiques, ou par des invasions étrangères. On n'a pas reconnu de changements brusques amenant une création nouvelle, se produisant spontanément à une date donnée et connue, et sans qu'on puisse les attribuer à une conquête ou une immigration étrangère. Ces phénomènes linguistiques internes sont évidents dans la langue égyptienne, ils nous frappent au premier coup d'œil. Ne se sont*ils pas produits de la même manière dans les langues sémitiques?

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