‹ L'évolution de la langue égyptienne et les langues sémitiquesChapitre 93 sur 96 · Chapitre v · texte numérisé non relu

Chapitre v

doute un grand nombre des habitants possédaient tous deux? Appellerez*vous une traduction les notes marginales que les scribes araméens mettaient aux contrats cunéiformes? Et si ce passage d'un dialecte à l'autre porte sur un texte plus étendu, par exemple si un scribe de Babylone met en araméen, dans la langue courante du pays, un grand morceau écrit en cunéiforme, c'est à dire dans l'ancienne langue littéraire encore en usage, faudra*t*il qu'il ait soin d'indiquer que ce texte araméen est une traduction, et de nommer la langue de laquelle il est pris? En un mot, fallait*il qu'Esdras, scribe mésopotamien, faisant comme tous les scribes du temps et de l'endroit, mettant en araméen les textes cunéiformes de la loi de Moïse, n'oubliât pas de mentionner que le texte de la loi était traduit de l'accadien cunéiforme?

Voici une nouvelle objection de Grkssmann, qui suivant lui renverse absolument «mon hypothèse». Le canon d'Esdras était araméen, il n'y avait donc pas de littérature hébraïque où les rabbins pussent apprendre l'hébreu, et puisque l'ijébreu avait disparu comme langue populaire, supplanté par l'araméen, «les rabbins ne pouvaient pas le faire surgir de terre». Qu'il n'y eût pas de littérature hébraïque, cela est certain, c'est même la thèse que je défends, puisque je soutiens que les rabbins la créèrent par l'usage de la langue populaire. Mais quant à prétendre que, parce que l'araméen s'était implanté comme langue écrite, et avait gagné au point d'être parlé couramment, il avait fait disparaître la langue populaire, le jehoudith, c'est là une de ces véritables objections de cabinet qui jurent absolument avec la réalité, même de notre temps. Depuis des siècles, l'allemand est dans nos can* tons suisses la langue de la littérature, qu'on enseigne à l'école, qu'on parle dans les conseils, qu'on écrit dans les journaux, qu'on prêche du haut de la chaire. Par conséquent, suivant Gressmanx, le Bârner = Diitsch ou le Ziiri * Diitsch doivent avoir disparu. Un pasteur, descendant de sa chaire, ne peut pas parler à ses ouailles dans le «dialekt» qui ne doit plus exister, et le pasteur ne pourrait pas faire passer une phrase allemande en

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«dialekt» parce que c'est une langue éteinte qu'il ne peut pas sa* voir. Voilà, traduite en langue moderne, l'objection de Gressmann à ce que les rabbins mettent de l'araméen en jehoudith.

Le judaïque peut être fort ancien. On sait avec quelle ténacité les dialectes populaires persistent même de notre temps, en dépit des progrès de la civilisation. La forme pouvait s'être modifiée, néanmoins c'était toujours le jehoudith, la langue parlée en Judée, ce n'était pas une importation de l'étranger, et il est possible qu'il ne différât pas beaucoup de ce qu'il était à l'époque de la conquête.

L'hébreu est né du mariage du jehoudith, du judaïque, avec l'hébreu carré. C'est l'idiome populaire de Jérusalem mis par écrit au moyen d'un nouvel alphabet dérivé de l'araméen. Les rabbins ont fait passer tous les livres de l'Ancien Testament de l'araméen à la langue populaire, qu'ils ont reproduite par leur nouvel alphabet. A cela, le Dr. Gaster objecte que chacun des livres a son style particulier, et des mots qui lui appartiennent en propre, et que cette variété paraît contredire la caractéristique de l'hébreu et sa date. L'objection du Dr. Gaster aurait toute sa valeur si le changement avait eu lieu en sens inverse, si ces écrits avaient passé de la langue populaire à la langue littéraire qui a toujours un caractère plus ou moins conventionnel, et qui est régie par des lois. Mais c'est l'inverse qui s'est produit. Nous ne pouvons pas supposer que ces livres aient été transcrits par le même homme, et à la même époque, et au même endroit. Il y en a évidemment auxquels on a dû donner la préférence et qu'on a fait passer les premiers, ainsi la loi. Puis, rien ne reflète mieux l'individualité que la parole qui n'est pas soumise aux lois de la langue littéraire. Certains hommes ont leurs ex# pressions et leur mots favoris. Le dialecte pouvait ne pas être identiquement le même dans toutes les parties de la Judée, à Hébron, et à Jérusalem. Par conséquent, remplacer dans une collection d'écrits la langue littéraire par le parler du peuple, c'est y introduire une variété et une bigarrure qui n'existaient pas auparavant.

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