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CHAPITRE VI

Expériences sur ia dématérialisation de la matière dans les phénomènes de combustion.

Action générale des gaz des flammes sur les corps électrisés. — Si de faibles réactions cliiniiques, telles qu'une simple hydratation peuvent, comme nous le verrons bientôt, provoquer la dissociation de la matière, on conçoit que les phénomènes de combustion, qui constituent des réactions chimiques intenses, doivent réaliser le maximum de la dissociation. C'est ce que l'on observe en effet avec les gaz des flammes, et c'est ce qui a conduit à admettre que les corps incandescents produisent dans l'air des émissions de la famille des rayons cathodiques.

Depuis un siècle au moins l'on savait que les flammes déchargeiit les corps électrisés, mais on ne s'était nullement occupé de rechercher les causes de ce phénomène, qui présentait pourtant une importance capitale.

Les premières recherches précises sur ce sujet sont dues à Branly. C'est lui qui démontra que les parties agissantes des flammes sont les gaz qu'elles émettent.

Il a étudié aussi l'influence de la température sur le sens de la décharge. En employant comme source un fil de platine plus ou moins rougi par un courant électrique, il a vu qu'au rouge sombre la décharge négative l'emporte de beaucoup sur la décharge positive, alors qu'au rouge vif les deux décharges s'égalisent, ce qui semblerait prouver qu'aux diverses températures il se forme des ions chargés d'électricité différente.

Les figures 48 et 49 montrent les moyens de constater très facilement l'émission, pendant la combustion, de particules pouvant rendre l'air conducteur de l'électricité. L'action est intense. Avec une flamme placée à 10 centimètres de l'électroscope (fig. 48) oa obtient une décharge fort rapide (60" en 30"). Avec une simple bougie enfermée dans une lanterne close munie d'une cheminée coudée, placée à 13 centimètres de l'électroscope (fig. 49), la

décharge est de 18° dans le même temps. A 20 centimètres, elle n'est plus que de 4°. L'extrême diffusion des ions dans l'air explique ces difiTérences.

Après avoir traversé un long serpentin refroidi, suivant le dispositif représenté dans un autre chapitre (fig. 53), les gaz des

FiG. 48.

Appareil de démonstration prouvant la déperdition de l'électricité sous l'influence des flammes suivant la distance et la nature du corps sur lequel l'action se produit.

La lame chargée surmontant l'électroscope attire à elle les ions de signe

contraire aui la déchargent.

flammes produisent encore, bien que faiblement, la décharge de l'électroscope.

J'ai déjà rappelé que les expériences récentes de J.-J. Thomson ont montré qu'un corps incandescent est une source puissante et

)dS

indénnie d'électrons, c'est-à-dire de particules identi^iues à celles des corps radio-actifs. Il la prouvé en constatant que le rapport de leur charge électrique à leur masse était le même. Les phénomènes de la combustion tonstituent donc une des causes les plus énergiques de dissociation de la matière. Ils produisent une quantité tellement énorme d'effluves de matière dissociée qu'il est possible desperer qu'on découvrira le moyen de les utiliser, tn atten-

FiG. 49.

Appareil de démonstration permettant de rendre visible la déperâttion électrique sous l'action des particules de matière dissociée contenue dant les gaa des flammes. •

dant, ces effluves se diffusent dans l'atmosphère, où ils doivent jouer un rôle que nous ne connaissons pas encore.

Propriétés des particules de matière dissociée contenues dans les flammes. — J'ai constaté dans mes expériences deux faits curieux non signalés encore. Le premier est la propriété que possèdent les éléments des gaz dissociés de traverser, au moins fn apparence, des enceintes métalliques; le second est la per^ qu'éprouvent rapidement plusieurs métaux de la propriété d'être influencés par les gaz des flammes.

L'électi-oscopo est chargé comme il est explique dans un précédent paragraphe et la lampe destinée à produire des gaz dissociés est disposée comme il est indiqué figure 50. On constate alors une décharge assez rapide au début de l'expérience, mais qui bientôt se ralentit et s'arrête. Le métal ne reprend pas sa sensibilité par le nettoyage, mais seulement par un repos assez prolongé : au moins vingt-quatre heures.

Les chiffres suivants donnent une idée des variations ainsi obser-

Fic. 50.

Appareil démontrant l'action de la matière dissociée contenue dans les gaz des flammes sur un corps électrisé entouré d'une cage métallique. — Les choses se p&ssent comme si la cage de métal était rapidement traversée par la matière dissociée. Quand on veut éliminer entièrement l'action de la chaleur, on oblige le gaz à traverser un serpentin de 2 mètres de longueur plongé dans un réservoir plein d'eau (fig. 53). Ils n'arrivent alors sur l'électroscope qu'après refroidissement complet, et produisent encore nue faible décharge.

\ées. La source lumineuse a été placée à une distance suffisante pour obtenir une décharge assez lente, de façon à pouvoir se rendre compte des différences constatées :

Décharge pendant les 3 premières minutes 9<>

— — 3 minutes s-uivantes 4"

Nous verrons, en interprétant ce pliénomène, qu^il est dît en grande partie à une émission d'émanation radio-active analogue à celle du radium, mais qui s'épuise vite et se renouvelle fort lentement.

l'évolltion de la matière

Mais une partie de la décharge semble bien produite par la transparence du métal formant cage de Faraday, puisqu'elle se manifeste, quoiqu'à un faible degré, avec des gaz complètement refroidis, de façon à éliminer raction de la chaleur.

Lorsqu'on opère comme il est indiqué figure 50, il suffit de placer l'extrémité de la cheminée coudée de la lampe à 2 ou 3 cen«imètres du cylindre formant cage de Faraday pour obtenir u; . décharge de 7 à 10° environ par minute. L'expérience peut étro recommencée plusieurs fois puis la décharge s'arrête entièrement. Nettoyer le cylindre serait inutile, il faut le laisser reposer pendant plusieurs jours. L'altération est étendue à toute la circonférence du cylindre, et non pas seulement à la partie exposée aux gaz de la flamme. Elle est due, je le répète, à l'émission d'une matière radio-active analogue à l'émanation des corps radio-actifs.

Lorsqu'on opère avec des gaz refroidis par leur passage à travers un serpentin, comme il est indiqué figure 53, la décharge ne dépasse pas 2° par minute et elle paraît due alors uniquement à la transparence du métal pour les particules de matière dissociée.

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