CHAPITRE V
Expériences sur la déperdition dite négative des corps électrisés sous l'influence de is lumière.
On sait depuis les expériences de Hertz qu'un corps conducteur électrisé négativement perd sa cliarge si on le soumet à l'action des rayons ultra-violets obtenus avec des étincelles électriques, et il est admis dans les ouvrages les plus récents :
1° Que la déperdition ne peut se faire que sous l'influence de la lumière ultra-violette ;
2° Qu'elle est à peu près la même pour tous les métaux ;
3" Que la décharge ne se produit que si la charge du métal est négative* et non positive.
Elster, Geitel et Branly avaient bien cité deux ou trois métaux qui se déchargent à la lumière du jour, et ce dernier avait mentionné plusieurs corps subissant la déperdition positive, mais ces phénomènes étaient considérés comme exceptionnels et ne possédant nullement un caractère général.
Le sujet ne me semblant pas du tout épuisé, j'ai cru devoir le reprendre. Bien qu'il y ait une certaine différence entre le phénomène de la décharge d'un corps déjà électrisé et celui de la production d'effluves émanant d'un corps non électrisé et capables d'agir sur un corps électrisé, montré dans le chapitre précédent, les deux phénomènes ont une même cause, la dissociation de la matière sous l'action de la lumière. Aucun expérimentateur n'avait soupçonné cette cause avant mes recherches.
Les expériences que nous allons exposer prouvent : 1° que la déperdition dite négative est aussi, bien que généralement à un moindre degré, positive; 2" que la décharge se produit sous l'influence des diverses régions du spectre, tout en ayant son maximum dans l'ultra-violet; 3° que la décharge est extrêmement différente
1. « Les rayons uUra-violets n'agissent qu'à la condition de rjLConi-pr une surface éleclrisée négativement. » Boutt, 2* supplément à la Pnys'que de Jamin, 1899, p. 188.
FiG. 47. — Appareil employé pour étudier la déperdition sous l'influence de la lumière vitra-violette des corps préalablement électrisés. — La bobine employée pour la production des étincelles n'est pas représentée sur la figure. On voit à droite la sonnerie et le tube à limailles servant à révéler la production d'ondes hertziennes qui peuvent troubler les expériences.
pour les divers corps, les métaux not/imment. Ce sont, comme on ;e vojtj trois propositions exactement contraires à colles généralement admises et que j'ai rappelées plus haut. Il s'agit maintenant de les justifier.
Méthode d'observation. — Dans létude de la déperditi i négative à la lumière sf'laire, la méthode d'observation est : :: simple puisqu'il n'y a qu'a poser le corps dont on veut étudier . i décharge sur le plateau de l'électroscope. Il se charge en mirr, temps que ce dernier. La charge est donnée par influence. S' .i avec un bâton de verre, soit avec un bâton d'ébonite. suivant qu'on désire qu'elle soit négative ou positive. On a soin de donner aux feuilles d'or le même écartement.
Lorsqu'on veut étudier la décharge produite par les rayons ultraviolets que ne contient pas le spectre solaire, il faut avoir recours au dispositif spécial représenté figure 47.
Les corps à étudier sont fixés dans une pince remplaçant le b iton de l'électroscope. Ils se chargerjt d'électricité en même tei: que ce dernier. La lumière est fournie par des électrodes d' minium reliées aux armatures d'un condensateur entretenu une bobine d'induction donnant environ 0™,20 d'étincelle. Les fr. trodes sont placées dans une boîte fermée par une lame de qua recouverte d'une toile métallique encadrée dans une feuille . métal en relation avec la terre pour éviter les influences électriques.
La distance à laquelle le corps électrisé se trouve de la source lumineuse jouant, au moins pour les rayons très réfrangibles. un rôle prépondérant, il est utile de monter, comme nous l'avons fait, l'électroscope sur une règle graduée qui permet de modifier sa distance à la source lumineuse.
Quand on veut séparer les divers rayons du spectre, on opèi''. comme nous l'avons dit précédemment, au moyen d'écrans divoi s interposés entre la source lumineuse et l'électroscope, écrans d^ !it la transparence a été déterminée par des photographies spectrosc' piques.
Lorsque les expériences sont faites au soleil, les plaques métalliques doivent être très fréquemment nettoyées a la toile d'émeri au moins toutes les dis minutes;, mais a mesure que l'on avan', s dans rultra-violet ce nettoyage devient de moins en moins important. Ce n'est plus toutes les dix minutes, mais une fois seulement tous les deux ou trois jours qu'il faut le répéter. Si on attendait aussi longtemps quand on opère au soleil, la décharge ne serait pas entièrement supprimée, mais deviendrait plus de cent fi is moindre. Pour la' lumière ultra-violette obtenue avec des étincelles électriques, 1*1 rareté du nettoyage ne réduit que de moitié ou de» deux tiers la décharge.
J'ai cependant réussi à constituer des alliages n'ayant besoin pour les expériences au soleil, d'aucun nettoyage et conservant leurs
EXPÉIUE.NCES SUR LA DEPERDITION 347
propriétés pendant une quinzaine de jours, à la simple condition de passer à leur surface le doigt de temps en temps pour en retirer les poussières ou la légère couche d'oxyde formée. Le meilleur est constitué par des lames d'étain amalgamé préparées comme il a été dit dans un précédent chapitre
Déperdition à la lumière solaire des corps chargés négativement. — Le tableau suivant indique avec quelle rapidité se décharge à la lumière une lame de métal de 10 centimètres de, côté posée sur le plateau de l'électroscope. Cette rapidité est déduite du temps nécessaire pour produire une décharge de 10°. Le maximum de rapidité étant représenté par le nombre de 1.000, on a obtenu les chiffres suivants :
Rapidité de la déperdition négative à la lumière solaire.
Étain amalgamé 1000
Zinc amalgamé 980
Aluminium récemment neUoyé 800
Argent amalgamé 770
Magnésium récemment nettoyé. ..... 600
Zinc récemment nettoyé 240
Plomb amalgamé 240
Cadmium 14
Cobalt 12
Or, acier, cuivre, iiiikel, plui: !■. iiiercure, " argent, sulfures pûosphorescents, carton, marbre, bois, sable, etc 2 (an maximum).
Tous CCS corps se désélectrifient encore lorsqu'ils sont chargea positivement, mais à la lumière solaire la déperdition est toujours très faible (1" au plus en 1 ou 2 minutes). Elle augmente beaucoup quand on remplace la lumière solaire par la lumière d'étincelles électriques, mais son maximum n'est pas du tout produit comme pour la déperdition négative par les radiations de l'extrémité du spectre. Le fait est prouvé par cette expérience très simple. Une lame de verre mince de G™"",!, qui ralentit considérablement la déperdition négative pour beaucoup de corps, lorsqu'elle est placée devant la source lumineuse, n'a qu'une action très faible sur le retentissement de la déperdition positive. Les radiations qui produisent la déperdition néyative ne sont donc pas les mêmes que celtes qui produisent la déperdition positive.
Comparaison de la déperdition à la lumière ultra-violette des corps chargés négativement et positivement. — Les corps taillés en lames sont disposés comme précédemment, ou ce qui revient au même, fixés verticalement sur l'électroscope par une pince comme il est indiqué figure 47. La source de lumière (étincelles électriques) est placée à 20 centimètres du corps sur lequel elle doit agir. Les tableaux suivants donnent pour cette distance l'intensité de la décharge des corps chargés, soit négativement, soit
positivement, sous l'influence de la lumière des étincelles électriques. La plus forte déperdition négative correspond à 6° par seconde (ce qui ferait 360° par minute). Pour la décliarge positive elle est beaucoup plus faible, puisqu'elle Tarie entre 7° et 16° par minute. En représentant par 1.000 le maximum de rapidité de la déperdition, j'ai obtenu les chiffres suivants, déduits du temps nécessaire pour décharger l'électroscope :
l" Rapidité de la déperdition négative à la lumière ultra-violette des étincelles électriques:
Aluminium 1000
Ëlain amalgamé 680
Zinc 610
Cuivre rouge 390
Cadmium 340
Cobalt 270
Étain 270
Nickel . . .' 240
Plomb 210
Argent 200
Acier poli 80
2° Rapidité de la déperdition positive sous l'influence de la même lumière :
La décharge de l'électroscope a varié de 16» par minute (nickel, zinc et argent) à 7° (acier). 11 ne s'agit donc pas du tout d'une décharge insignifiante, mais bien très inaportante.
Les chiffres précédents représentent la déperdition produite par la totalité des radiations lumineuses données par les étincelles fournies par les électrodes d'aluminium.
De ce qui précède, nous pouvons conclure que tous les c07-ps éledrisés exposés à la lumière ultra-violette subissent une déperdition négative ou positive ne différant l'une de l'autre que par l'intensité. Loin d'être identique pour tous les corps, comme on l'avait soutenu tusqu'ici, cette déperdition varie considérablement avec les corps employés.
Sensibilité des divers corps pour les di£férentes régions de l'ultra-violet. Elimination des causes d'erreur. — La rapidité de la décharge des divers corps est très variable pour les différentes régions du spectre. On pouvait le pressentir déjà d'après les indications données dans un paragraphe précédent. Quelques-uns : aluminium, zinc, etc., sont sensibles dans les régions du spectre solaire visible. D'autres : nickel, acier, platine, etc., ne le sont que dans la région extrême de l'ultra-violet du spectre électrique, et c'est pourquoi une simple lamelle de verre de O""™,!, placée devant le quartz qui ferme la boîte du déflagrateur arrête toute décharge pour ces derniers, alors qu'elle n'arrête qu'une partie de la décharge produite par les premiers.
Les chiffres donnés plus haut montrent qu'il y a prédominance de la déperdition négative sur la déperdition positive pour les corps bons conducteurs, c'est-à-dire les métaux. li en est autrement pour les corps médiocrement conducteurs : bois, carton, papier, etc. Pour ces derniers la décharge positive, comme l'avait déjà signalé Branly, peut devenir égale à la décharge négative et même l'emportei-. Mais il faut tenir compte ici de deux sources d'erreur qui semblent avoir échappé aux précédents observateurs.
La première, déjà indiquée plus haut, est l'état du quartz. S'il n'est pas nettoyé toutes les dix minutes, il absorbe la région extrême de l'ultra-violet, et comme cette absorption n'empêche pas la déperdition positive, produite par des régions moins rét'rangibles, la décharge négative sera seule ralentie et, par conséquent, pourra sembler égale ou inférieure à la déperdition positive. Tel serait le cas d'un métal très oxydé ou couvert d'un corps gras qui n'est justement très sensible qu'aux régions extrêmes de l'ultra-violet.
La seconde cause d'erreur est l'influence considérable de la distance. Les rayons les plus extrêmes du spectre sont les plus actifs sur la décharge négative, alors que leur action reste assez faible sur la décharge positive. Étant absorbés par l'air et d'autant plus que son épaisseur augmente, il s'ensuit que leur effet sur la décharge négative se ralentit nécessairement quand on augmente la distance à la source lumineuse. C'est ainsi qu'à 25 centimètres des étincelles, la décharge positive du bois sera double de la décharge négative; à 8 centimètres ce sera le contraire; la déperdition négative sera alors quatre fois plus grande que la déperdition positive. On voit le rôle de la distance dans ces expériences. Il faut ajouter de plus qu'à une petite distance commence à' se manifester la dissociation des gaz de l'air par la lumière, que nous étudierons plus loin.
Ces réserves posées, voici, en opérant à 25 centimètre;?, les décharges positive et négative observées avec quelques-uns des corps essayés.
Je donne les chiffres de décharge en degrés de l'électroscope et par minute, sans les ramener à 1000 comme dans les expériences précédentes :
Décharge Décharge
négative positive
en 1 minute en 1 minute
Bois divers (sapin, teck, platane) 6° lÔ»
Carton jaune 10" 10°
Noir de fumée 61° 7"
On voit que pour plusieurs des corps expérimentés la décharge positive a été très sensiblement supérieure à la décharge négative Sur ces divers corps, les rayons qui produisent la décharge négative ont une longueur d'onde inférieure à 0[;.,252 et il suffit de les
supprimer du spectre pour que la décharge négative soit également Euppriniée.
La sensibilité des corps noirs, notammeni le noir de fumée eti sur une lame de carton, est considérable. Nous avons obf^; i 61 degrés de décharge négative par minute à 25 centimètres des étincelles, mais à 10 centimètres elle s'élève à un chiffre qui représenterait 300 degrés dans le même temps (chiffre voisin de la sensibilité des métaux les plus sensibles). Avec les mêmes variatiop» de distance la déperdition positive ne passe que de 7 à 12".
Influence de la nature des électrodes. — La nature de» électrodes employées pour produire les éiiiicelles électriques a une inriuence considérable, comme nous l'avons déjà dit, et cette influence n'est pas la même pour la décharge positive que pour la décharge négative. Le tableau suivant donne la déperdition qu'on obtiendrait par minute, d'après le nombre de secondes nécessaires pour produire 10" de décharge, avec les électrodes de divei-s mètaujt agissant par la lumière qu'ils produisent sur une lame de zinc électrisce reliée à l'électroscope :
Électrodes d'alumininm Electrodes d'acier . .
Électrodes d'or. . . . , Électrodes de cuivre . .
Électrodes d'argent. . .
Décharge
Décharge
négative
positive
par minute
par minute
lOS'-
Suivant les électrodes employées, la décharge négative peut, comme on le voit, varier du simple au double, et la décharge pi itive du simple au triple. J'ai déjà fait voir que ce phénom' .■ • n'était pas lié à la longueur du spectre des métaux, puisque celui de l'or va aussi loin que celui de l'aluminium.
En rapprochant les divers tableaux publies dans ce travail, on voit que la déperdition produite par la lumière solaire est t'^rt différente de celle résultant de l'action de la lumière électhfjn;. Cela tient uniquement à ce que le spectre de la lumière des cî.hcelles électriques est beaucouji plus prolongé dans l'ultra-violet que celui de la lumière solaire.
11 est l'acile de donner au spectre électrique des propriétés id'Utiqui^s à celles du spectre solaire, en supprimant du premiei- 1' & radiations qui ne sont pas dans le dernier. Il suffit pour cela de remplacer le quartz placé devant les étincelles par un verre mince de 0^™,8 d'épaisseur, qui supprime toutes les radiations ne se trouvant pas dans le spectre solaire, c'est-à-dire celles dépassant 0:j.,2î)5. Oa constate alors que les métaux qui, comme le cuivre, produis.iient une décharge très rapide à la lumière électrique et presque nulle au soleil, sont devenus insensibles à la lumière
électrique, alors que les métaux, comme l'aluminium, qui produisaient une décharge au soleil, continuent à en produire une à la lumière électrique.
Influences diverses pouvant faire varier la déperdition électrique sous l'action de la lumière. — Plusieurs causes, autres que celles déjà mentionnées, font encore varier la déperdition de l'électricité sous Tinfluence de la lumière, celle du soleil notamment. Comme il fallait pour étudier ces variations un corps à sensibilité constante, j'ai fait usage de plaques d'étain amalgamé préparées comme il a été dit. Ces plaques sont extrêmement actives, mais n'atteignent leur maximum de sensibilité qu'après une exposition de quelques minutes à la lumière, ce qui est précisément le contraire de ce qu'on observe pour divers métaux, l'aluminium et le zinc notamment.
Le meilleur des corps à sensibilité constante, si son maniement n'était pas incommode, serait le mercure contenant une faible proportion d'étain. Avec 1/GOOO de son poids d'étain, il n'est sensible, comme je l'ai dit, qu'aux régions déjà avancées de l'ultra-violet solaire, c'est-à-dire à partir de la raie M envii-on. En élevant la proportion d'ctain à 1/100, il devient sensible pour une région du spectre beaucoup plus étendue.
Des recherches continuées pendant plusieurs mois, avec des plaques d'étain amalgamé, nous ont prouvé que la sensibilité des métaux à la lumière, c'est-à-dire le temps qu'ils mettent à perdre la charge électrique reçue, variait, non seulement suivant l'heure du jour, mais encore suivant la saison. Les premiers chiffres que j'avais donnés, il y a plusieurs année%, ayant été observés l'hiver, par ■ des temps très froids, étaient trop laibles.
La décharge est toujours moins rapide l'hiver que l'été, mais, dans la même journée, elle peut varier dans le rapport de 1 à 4. Elle diminue rapidement quand l'heure avance. Par exemple, lu 9 août 1901. la décharge qui, à 4 h. 30, était de 50° par minute, tombe à 16° à 5 li. 50. Le 24 août 1901, la décharge, qui était de 80° par minute à 3 h. 25. tombe à 40° à 4 h. 30. Jai suivi plusieurs jours, heure par heure, les variations de la déperdition électrique et j'en ai dressé le tableau. I) serait sans intérêt de le publier, car les dilVérences ne suivent pas l'heure, mais surtout les variations de l'ultra-violet solaire, lequel disparaît souvent en partie (à partir M et môme de L), sous l'influence de causes totalement incon-
. -., comme je l'ai déjà signalé.
Les nuages ne réduisent pas sensiblement la décharge, qui reste à peu près la même qu'à l'ombre. Leur présence ne réduit pas non plus notablement l'ultra-violet solaire, que j'ai pu photogra phier à travers des nuages assez épais.
Dissociation des atomes des gaz dans la région extrême de l'ultra-vioiôt — iNous venons de voir que tous les corps.
simples ou composés, conducteurs ou isolants, soumis à l'action de la lumière, subissent une dissociation.
Mais dans aucun des corps précédemment examinés ne figurent de gaz. Pouvons-nous supposer qu'ils échappent à la loi commune?
Cette*exception était improbable. Cependant jusqu'aux dernières reclierches de Lénard, la dissociation des gaz par l'action de la lumière n'avait pas été observée. Sans doute, on avait bien supposé que la décharge des corps electrisés, frappés par la lumière, pourrait être due à l'action des rayons lumineux sur l'air, mais cette hypothèse tombait devant ces deux faits : l" que la décharge varie suivant les métau.K, ce qui n'existerait pas si c'était l'air et non le métal quî agit; 2° que la décharge se produit encore, — beaucoup plus rapidement même, — dans le vide qu'à l'a-r.
La raison de cette indifférence apparente des gaz, l'air notamment pour la lumière qui les frappe est fort simple. Il y a d*Hs métaux dissociables seulement dans une région très avancé;i de l'ultraviolet. Si les gaz ne sont dissociables que dans une région plus avancée encore, l'observation de leur dissociation devient difficile puisque l'air, sous une faible épaisseur, est aussi opaque que le serait du plomb pour les radiations de l'aUra-violet extrême.
Or, c'est justement, comme l'a montré Lénard*, uniquement dans cette région extrême de l'ultra-violet que ce qu'on appelle l'ionisation des gaz, et qui n'est autre chose que leur dissociation, est possible. Il a vu qu'il suffisait de rapprocher les corps en expérience à quelques centimètres de la source lumineuse, c'est-à-dire des étincelles électriques, pour que la décharge devint la même pour tous les corps 2, ce qui montre que c'est alors l'air qui devient conducteur et agit. C'est bien la lumière, et non une autre cause, qui intervient, car l'interposition d'un verre mince arrête tout effet.
jpar un dispositif spécial qu'il serait sans intérêt de décrire ici, Lénard a mesuré la longueur d'onde des radiations qui produisent l'ionisation de l'air. Elles commencent vers Oij.,180, c'est-à-dire justement aux limites du spectre électrique autrefois connu (Oij.,185) et s'étendent jusqu'à Oy..l40^. La découverte de ces courtes ladia-
1. Ueber Wirkungen der ultra-violetten Lichtes àuf gasformige Kôrper. (Annalen der physik, Bd 1, 1900.)
2. Dans un premier mémoire Lénard assurait que le sens de la charge était indifférent et il donne même ce fait comme nouveau : « Das aber positive Ladungen in Lichi fast ebenso schnell von der Plalte verschwinden, stimmt nicht mit Bekannten fiberein. » Ueber Wirkungen der ultra-violetten Lichtes. . . in Anii. der Physik, 1900, p. 499.)
Dans un second mémoire (même recueil, t. 3. p. 298), Lénard indique, contrairement à sa première assertion, que la décharge positive serait supérieure à la décharge négative. Dans ses premières expériences devaient intervenir de» causes d'erreur, telles que la production d'ondes hertziennes, que cet éminent phys'eien a éliminées ensuite.
3. La production de ces rayons très réfrangibles parait tenir en partie à la
tions est due, comme on le sait, à Schuman. En faisant le vide dans un spectrographe, il a montré que le spectre ultra-violet que l'on croyait, d'après Cornu et Mascart, limité à Op., 185, s'étendait en réalité beaucoup plus loin. Il a pu photographier des raies allant jusqu'à OfJ.,100. C'est probablement l'absorption exercée par la gélatine des plaques sensibles et sans doute aussi par la matière du prisme qui empêche d'aller plus loin.
A mesure qu'on avance dans le spectre ultra-violet, les corps, l'air notamment, deviennent de plus en plus opaques pour les radiations. Il serait donc bien surprenant que les rayons X, qui traversent tous les corps, fussent justement constitués par de l'ultra-violei extrême, comme le soutiennent plusieurs physiciens.'
La plupart des corps, y compris l'air sous une épaisseur de 2 centimètres, et l'eau sous une épaisseur de 1 millimètre, sont opaques pour ces radiations de très courte longueur d'onde. Il n'y a guère de transparents, et encore à condition de ne pas dépolir leur surface, que le quartz, le spath fluor, le gypse et le sel gemme. L'hydrogène pur est également transparent.
Les radiations très réfrangibles de la lumière dissocient donc, non seulement tous les corps solides, mais encore les particules de l'air qu'elles traversent, alors que les radiations moins réfrangibles sont sans action sur les gaz et ne dissocient que la surface des corps solides. Ce sont deux effets très différents qui peuvent se superposer, mais qu'on ne confondra pas, si on se souvient que, quand c'est l'air qui est décomposé, la nature du métal frappé et l'état de sa surface n'ont pas d'importance, alors que la déperdition varie considérablement avec le métal, lorsque c'est celui-ci qui est dissocié. On évite, d'ailleurs, à peu près entièrement l'influence de l'ultra-violet extrême, en se plaçant à quelque distance de la source lumineuse, puisqu'une couche d'air de 2 centimètres suffit pour arrêter cette région du spectre. Si donc les étincelles des électrodes sont à plusieurs centimètres de
tension du courant qui produit les étincelles. Lénard — dont le mémoire est fort sommaire — ne donne aucun déiail sur ce point et se borne à dire qu'il a alimenté les bouteilles de Leyde avec une très grosse bobine munie d'un interrupteur de Wehnelt. L'influence de la bobine est bien indiquée par le fait qu'il a quintuplé l'effet en modifiant l'inducteur, mais il ne donne pas d'autres détails que ceux indiqués dans les trois lignes suivantes :
« Hierin konnte zunâchst Vorteil erzielt werden durch Anbrigung einer zweckmâssigeren Primârwickelung im inductorium, es verfûnfTachte dies bisher in Luft erreichte Entfernung » (p. 491).
La tension des étincelles ne doit pas être le seul facteur à invoquer. Je l'ai élevée considérablement par le dispositif bien connu de Tesla, mais sans en retirer d'autre avantage que d'augmenter légèrement la décharge positive et réduire un peu la décharge négative. Les résultats contradictoires sur le sens de la décharge donnés par Lénard dans ses deux mémoires et ceux que j'ai plusieurs fois constatés semblent indiquer que l'action de causes encore inconnues se superpose parfois aux actions connues.
354 l'évolltion de la matière
la lame de quartz, qui ferme la boîte les contenant, aucun effet; dû à la décomposition de l'air ne peut se produire.
En rapprochant quelques-unes des expériences énoncées jusqu'ici on remarquera que les corps qui absorbent le plus la lumièr sont précisément les plus dissociables. Par exemple, l'air qu absorbe les radiations inférieures à Op.,185 est décomposé par ce( radiations. Le noir de fumée qui absorbe complètement U lumière est dissocié énergiqucment par elle et produit un abonda» dégagement d'efQw.es. Cette explication ne semble pas tout d'aborc se concilier avec le fait que des métaux ayant reçu un poli spéculaire récent sont également le siège d'un dégagement d'eflluvei abondant. L'objection s'évanouit si on considère que les métau] polis, qui réfléchissent très bien la lumière visible, réfléchisseni fort ma^ la lumière invisible de l'extrémité ultra-violette du spectr< et en absorbent la plus grande partie. Or, ce sOint précisément c€ radiations invisibles absorbables qui produisent le plus d'effet.
Pour donner une idée claire des propriétés des diverses partiel du spectre ultra-violet, je vais les résumer dans un tableau Il monti'e, comme il a été dit, que l'aptitude de la lumière dissocier les corps augmente à mesure qu'on avance dans l'ultra violet.
Propriétés des diverses parties du spectre ultra-violet de dématérialiser la matière. '
' Ces radiations traversent le verre ordinaire. Eljes k n -^/z 1 "® peuvent dissocier qu'un petit nombre de métaux 1 »U(i,o44. ^ et encore seulement s'ils oht été récemment nettoyés. 1
L'ultra-violet de cette région ne traverse le verre
que si l'épaisseur de ce dernier ne dépasse pas ,
0"™,8. A partir de Ou., 295 il est complètement i
De 0(x,344 j absorbé par l'atmosplicre et ne figure pas, par i
à 0|ji.,295. \ conséquent, dans le spectre solaire. Cette nùion \
bien que beaucoup plus active que la précédente
est encore d'une activité dissociante assez faible s la plupart des corps.
(L'ultra-violei de cette région ne se rencontre pai dans le spectre solaire, mais seulement dans le spectre électrique. Il ne peut traverser que des lamelles de verre ne dépassant pas une épaisseur de ~~n~'~o~ô~ ^ 0""™,!. Son action dissociante est beaucoup plus a UHi<iO^- j ifitgnse et plus générale que celle de la région précé- / dente du spectre, mais moindre que celle de la région I suivante. Il dissocie tous les corps solides, maifi \ reste sana action sur les gaz.
Cette région de l'ultra-violet est si peu pénétrante que l'air, dès qu'on arrive aux radiations de 0(j.,185, est opaque comme un métal, sous une épaisseur de 2 centimètres. Une lamelle de verre de 1/10 de millimètre d'épaisseur arrête cet ultra-violet extrême
De 0;j.,252 j d'une façon absolue.
à O.u.,100. ^ Le pouvoir de dissociation de cette région est beaucoup plus grand que celui des autres parties du spectre. A partir de 0[j.,185 elle dissocie non seulement tous les corps solides, métaux, bois, etc. mais encore les gaz de l'air sur lesquels la région précédente du spectre reste sans action.
En résumé, à mesure qu'on avance dans l'ultra-violet, c'est-à-dire à mesure que les longueurs d'onde des radiations deviennent plus petites, ces radiations deviennent moins pénétrantes; mais leur action dissociante sur la matière se montre de plus en plus énergique. A l'extrémité du spectre tous les corps sont dissociés, y compris ks gaz sur lesquels les autres radiations demeurent sans action. Uadion dissociante des diverses radiations lumineuses est donc e7i raison inverse de leur pénétration et en raison directe de leur absorption.
La loi qui vient d'être formulée d'après mes recherches était assez imprévue. Toutes les observations antérieures semblaient montrer que les radiations de l'extrémité ultra-violette du spectre possèdent une énergie si faible qu'elle est à peu près inappréciable auï thermomètres les plus sensibles. Ce sont pourtant ces radiations qui dissocient le plus rapidement les corps les plus rigides, l'acier [lar exemple.