CHAPITRE XIV
Documents relatifs à l'histoire de la découverte de la dissociation universelle de la matière.
Dans un ouvrage important, M. Becquerel a tracé de la découverte de la radio-activité un historique, dont il a fait reproduire les passages me concernant dans de petits volumes de vulgarisation. Il y assure qu'au moment où j'ai publié mes expériences je n'avais « aucune idée des phénomènes de radio-activité ».
Évidemment, personne n'ira vérifier dans les comptes rendus de cette époque (1896 et 1897\ les assertions de M. Becquerel, mais, en s'y reportant, qu'y verrait-on?
On y verrait que, pendant trois ans, iM. Becquerel s'est donné un mal énorme, multipliant et variant les expériences, pour prouver que les radiations émises par l'uranium se polarisent, se réfléchissent et se réfractent, et n'étaient, par conséquent, suivant la définition de J.-J. Thomson, qu' « une des formes de la lumière », opinion que M. Becquerel lui-même a reconnu plus lard être entièrement erronée.
L'idée que M. Becquerel se faisait alors de la radio-activité était donc aussi inexacte que possible.
Dans mes publications de la même époque, je soutenais une opinion exactement opposée à la sienne. Je m'efforçais en effet de prouver, contrairement à ses assertions, que les radiations de l'uranium ne se réfléchissent pas, ne se réfractent pas et ne se polarisent pas. Ces radiations n'avaient donc aucune parenté avec la lumière et constituaient suivant moi une forme d'énergie nouvelle très parente des rayons X. J'ajoutais que les rayons uraniqucs étaient identiques aux efïluves émis par tous les corps sous l'influence de la lumière. L'avenir a prouvé l'exactitude de ces diverses assertions que j'étais seul alors à défendre.
L'historique de M. Becquerel constitue donc une inversion tout à fait complète des faits les plus évidents, et, si je voulais me servir des expressions mômes qu'il emploie à mon égard, à propos des premières expériences sur les phénomènes qualifiés plus tard de « radio-activité », je serais très fondé à dire que c'est lui, qui,
à l'époque dont il est question, « n'avait aucune idée des phénomènes de radio-activité. »
Mais puisque les textes des Comptes rendtis de l'Académie des sciences sont invoqués, je vais les rappeler.
Toutes les expériences de M. Becquerel, pour prouver que es rayons émis par l'uranium se réfractent, Be réflcchissent et se polarisent, y sont indiquées avec les plus minutieux détails. Il prétendait prouver la réflexion des rayons uraniques au moyen d'un miroir, leur polarisation par le procédé classique des tourmalines à axes croisés. Ces diverses expériences se contrôlaient l'une par l'autre, et l'auteur est revenu à trois reprises différentes sur ses affirmation», ajoutant chaque fois de nouvelles démonstrations [Comptes rendus, 1896, pp. 561, 693, 763). Sa dernière expérience de contrôle avait été suivant lui absolument catégorique, et il en tirait la conclusion suivante :
M Cette expérience montre donc à la fois pour les rayons invi- « sibles émis par les sels d'uranium la double réfraction, la « polarisation des deux rayons, et leur inégale absorption au trace vers de la tourmaline. »
On sait — M. Becquerel l'a reconnu plus tard — combien ses expériences étaient inexactes et, par conséquent, à quel point il se faisait une idée fausse de la radio-activité.
0 Ce qu'il y a de piquant, écrit M. le professeur de Heen à propos de la polarisation et de la réflexion des rayons uraniques, c'est que M. Becquerel a mis trois ans à se convaincre que le D"" Gustave Le Bon avait raison; encore est-il qu'un physicien américain a dû venir à la rescousse. »
M. Becquerel s'est d'ailleurs expliqué à ce sujet devant le Congrès de physique de 1900 d'une façon qui laisserait croire que c'est lui qui a découvert spontanément son erreur.
« L'expérience sur la polarisation des rayons uraniques, dit-il, n'a pas donné ultérieurement les mêmes résultats, soit avec les tourmalines, soit avec d'autres systèmes. Les mêmes conclusions négatives ont été observées par M. Rutherford et M. Gustave Le Bon* .»
Je viens d'indiquer les passages des comptes rendus concernant les premières expériences de M. Becquerel; je vais rappeler maintenant ceux qui concernent les miennes. A cette époque (1896 et 1897), je mélangeais encore deux choses très différentes : 1° des radiations infra-rouges qui, contrairement à tout ce que l'on enseignait alors, traversent, ainsi que je l'ai prouvé, la plupart des corps non conducteurs, le bois, la pierre, le papier noir, l'ébonite, etc. ; 2<' des radiations émises par les métaux sous l'influence de la lumière et que j'affirmais être identiques aux rayons cathodiques et uraniques, comme cela fut admis ensuite par tous les physiciens.