Revue tcieniifique, avril 1900, p
CeAPITRE XV
Recherches récentes de physique mathématique confirmant les principes exposés dans cet ouvrasse.
Ainsi qu'il a été indiqué dans une des dernières préfaces de cet ouvrage, j'ai entièrement cessé mes expériences sur L'Evolution d,e la matière continuées pendant dix ans, parce qu'elles étaient devenues trop coûteuses*. J'ai donc réimprimé sans changement les éditions successives de cet ouvrage.
Si je fais l'addition qui va suivre dans cette édition nouvelle publiée en 1917, c'est qu'il m'a semblé intéressant de montrer que d'autres observateurs sont arrivés par des voies entièrement différentes à des résultats identiques à »eux que j'avais expérimentalement constatés. J'ai indiqué ce curieux rapprochement dans la note suivante que j'ai fait paraître dans les comptes rendus de V Académie des sciences du 6 juillet 19li.
1. Des personnes peu au courant de l'organisaiion de nos laboraioires m'ont souvent demandé poui'quoi je n'avais pas continué mes recherches dans un de ces grands laboratoires que l'enseignement universitaire possède. Il en est de fort richement dotés et presque toujours vides tels que celui dirigé par M. Lippmann à la Sorbonne. Mais les rares chercheurs qui s'y soûl présentés ont été reçus de façon à leur ôter l'idée d'y revenir. Il -en sera toujours ainsi tant que nous n'aurons pas adopté la méthode classique en usage dans divers pays de faire payer les professeura et les préparations par les élèves. Nos proîesseurs perdraient vite alors cette illusion que les laboratoires entretenus par l'Etal sont leur propriété.
Avec l'organisation actuelle toute recherche indépendante est impossible dans nos laboratoires quelle qu'en soit l'utilité.
Mon livre l'Evolution des Forces donnera le récit des expériences que je Bs dans le but du déterminer l'opacité de certains corps pour les ondes hertziennes. On croyait alors qu'elles traversaient tous les obsiaclés y compris les métaux. L'espace dont je disposais chez moi n'étant pas suflisant j'en fus réduit à demander l'autorisation de travailler dans le laboratoire d'un Institut privé dirigé par M. Branly. Je pus avec le concours de cet illustre physicien prouver que des feuilles de métal d'un dixième de millimètre d'épaisseur constituaient un obstacle absolu au passage des ondes hertziennes. Celait démontrer qu'on possédait un moyen facile de protéger navires et poudrières
« Dans une suite de recherches, M. Einsten a, mathématiquement, déduit du principe de relativité des conclusions fort voisines de celles auxquelles je suis arrivé jadis et que j'ai formulées de 1900 à 1907 dans une série de Mémoires.
« Je ne puis revenir ici sur mes expériences dont quelques-unes montrent la désagrégation de la matière sous l'influence de causes aussi faibles qu'une élévation de température inférieure à 100°. Je me bornerai à rappeler que sir William Ramsay a consacré un important Mémoire à la vérification d'un grand nombre de mes expériences.
« Les recherches théoriques d'Einsten étant complètement indépendantes des miennes, il est intéressant de montrer la similitude des conclusions auxquelles nous sommes arrivés par des voies entièrement différentes.
« Voici d'abord quelques-unes des conclusions d'Einsten. Je les emprunte à un fascicule récemment paru du Traité de Physique de Chwolson.
La masse de la matière pondérable peut se transformer en énergie et inversement.
Lorsqu'un corps acquiert ou cède de l'énergie, sa masse change.
L'énergie et la masse sont équivalentes. Toute masse en repos représente une provision colossale d'énergie.
Voici maintenant quelques-unes des conclusions que j'?"ais formulées dans mon Livre l'Évolution de la matière :
« La matière supposée jadis indestructible s'évanouit lentement par la dissociation continuelle des atomes qui la composent.
« La matière est un colossal réservoir d'énergie, d'énergie intra-atoraique, qu'elle peut dépenser sans rien emprunter au dehors.
contre les accidents possibles déterminés par les étincelles que produisent les ondes hertziennes dans certaines conditions.
Ne voulant pas abuser de la bienveillante hospitalité d'un laboratoire qui ne recevait aucune subvention de l'Etat, je n'ai pu y poursuivre diverses recherches dont l'intérêt dans les événements de la guerre européenne auraient' eu probablement une portée considérable. On pourra s'en convaincre en parcourant l'ouvrage cité plus^haut.
Si nos laboratoires officiels ne servent pas du tout aux savants indépendants ils ne servent pas beaucoup plus aux professeurs qui les dirigent. Il suffit pour concevoir l'insuffisance lamentable de leurs recherches de parcourir le périodique {Forchritte der physik) qui donne simplement 'la liste de* mémoires de physique publiés par les savant» de tous les pays. La France avec l'Espagne y occupe tout à fait Ift dernier rang. Pour les autres sciences c'esl exactement la même chose.