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CRITIQUES ET OPINIONS FORMULEES SUR LES RECHERCHES DE L'AUTEUR

Il peut être intéressant pour, le lecteur de savoir comment les recherches, dont je viens brièvement de tracer le résumé, furent accueillies dans divers pays. Elles n'obtinrent d'abord aucun crédit en France. On essaya contre elles la vieille méthode du silence, mais elle ne pouvait pas durer longtemps. Le succès de l'ouvrage où mes expériences étaient exposées, la répétition de ces expériences par d'illustres savants étrangers finit par provoquer chez de jeunes universitaires, dont toutes les notions classiques se trouvaient bouleversées, de véritables explosions de fureur i.

1 . M. l'errin, chargé de cours à la Sorboniie, se signala par ia violence de ses injures. Je fus obligé de lui répondre dans la Revue où il m'avaii aliaijué que hausser les textes, tronquer des expériences pour les rendre ridicules, injurier

« Je n'ai p*;, uù M. Perrin, démontrer que la radioactivité appartient à tous les corps pour cette bonne raison que, même en ce moment, on ne sait pas du tout s'il en est bien ainsi », Cet auteur ignore évidemment les nombreux travaux publiés à l'étranger depuis mes premières recherches. Ils prouvent que non seulement tous les corps sont radio-actifs sous des influence? très' légères, la lumière par exemple, mais qu'il est même des substances ordinaires, le potassium et le sodium notamment, qui sont radio-actifs dans une obscurité profonde. Je n'aurais pas cru que les expériences classiques de J.-J. Thomson puissent êtreignorées à ce point.

M. Perrin n'a pas réussi à comprendre le véritable sens du mot radio-activité et croit encore que les émissions de l'uranium et du radium sont tout autre chose que celles provoquées dans tous les corps sous des influences diverses. Il n'y a plus guère que lui aujourd'hui pour contester que toutes ces émissions sont identiques. Même charge électrique, même déviation par l'aimant, etc. Du potassium dans l'obscurité est un peu radio-actif, à la lumière il l'est beaucoup plus ; il n'y a pas là deux phénomènes distincts, mais un seul. Je dois reconnaître d'ailleurs que beaucoup de physiciens ont mis longtemps à comprendre cette généralisation que je fus d'abord seul à défendre. Rutherford luimême l'a contestée pendant quelque temps mais dans la dernière édition de son livre, il reconnaît que la matière ordinaire peut émettre autant de particules que les corps radio-actifs, seulement elles n'ont pas assez de vitesse pour produire les phénomènes observés avec le radium ou l'uranium.

Passant à un autre ordre d'idées, le même auteur écrit ; ■.. Je n"ai pu découvrir les raison? qui permettent de regarder l'électron comme intermédiaire entre la

« grossièrement un adversaire, sont des procédés de basse polémique aussi « indignes d'un savant que d'un homme bien élevé ». Comprenant la vulgarité de ses procédés, M. Perrin prit dans un autre article ui ton plus convenable et chercha à remplacer les injures par des arguments. Celte teniaiive, comms on va le voir, ne lui réussit guère.

matière et l'éther, proposition qui revient cependant très souvent ».

En réfléchissant un peu plus M. Perrin arrivera à découvrir les raisons qu'il a vainement cherchées et qui ont paru très suffisantes à beaucoup de savants, puisque dans les comptes rendus de l'Académie des Sciences du 22 juin 1908, M. Jean Becquerel s'exprime ainsi : « On sait que les rayonnements chargés d'électricité négative sont formés d'un flux de corpuscules appelés électrons... qui peuvent être considérés comme des intermédiaires entre l'éther et la matière pondérable ». C'est exactement ce que je soutenais depuis longtemps.

L'hostilité avec laquelle mes recherches ont d'abord été accueillies en France ne fut pas d'ailleurs unanime.

Les articles publiés sur mes recherches par plusieurs membres de l'Académie des Sciences, MM. Armand Gautier, Painlevé et Dastre notamment, le prouvent suffisamment. Voici d'abord un extrait de l'étude de ce dernier :

« Dans l'espace de cinq années on a parcouru un assez long chemin dans la voie de la généralisation du fait de la radio-activité. On est parti de l'idée d'une propriété spécifique de l'uranium et l'on arrive à la supposition d'un phénomène naturel presque universel. Il est juste de rappeler que ce résultat avait été prédit avec une perspicacité prophétique par Gustave Le Bon. Depuis le début, ce savant s'est efforcé de démontrer que l'action de la lumière, certaines réactions chimiques, enfin les actions électriques provoquent la manifestation de ce mode particuHer d'énergie... Loin d'être rare, la production de ces rayons est incessante. Il ne tombe pas un rayon de soleil sur une surface métallique, il n'éclate pas une étincelle électrique, il ne se produit pas une décharge, pas un corps ne devient incandescent sans qu'apparaisse le rayon cathodique pur ou transformé. C'est à Gustave Le Bon que revient le mérite d'avoir perçu, dès l'abord, la grande généralité de ce phénomène. Encore bien qu'il se soit servi du terme impropre de lumière noire il n'en a pas moins saisi l'universalité et les principaux caractères de cette production. Il a surtout remis le phénomène à sa vraie place en le transportant du cabinet du physicien dans le gi'and laboratoire de la nature. » Dastre : Rev. des Deux- Mondes, 1901.

Dans une des Revues- des travaux de physique, qu'il publie annuellement, M. le professeur Lucien Poincaré a très clairement résumé mes recherches dans les lignes suivantes :

« M. Gustave Le Bon, à qui l'on doit de nombreuses publications relatives aux phénomènes d'émission de divers raj'onnements par la matière et qui fut certainement l'un des premiers à penser que la radio-activiie est un phénomène général de la nature, admet que, sous des influences très diverses, lumière, actions chimiques, actions électriques, et souvent même spontanément, les atomes des corps simples peuvent se dissocier et émettre des efflures qui sont de la famille des rayons cathodiques et des raj-ons X; mais toutes ces manifestations seraient des aspects particuliers d'une forme d'énergie entièrement nouvelle, entièrement distincte de l'énergie électrique et aussi répandue dans la nature que la chaleur, M. de Heen adopte des idées analogues. » Rev. des Sciences, janvier 1903.

Je n'ai qu'un fragment de phrase à rectifier dans les lignes qui précèdent. C'est celui où l'éminent savant dit que je fus « un des premiers » à montrer que la radio-activité est un phénomène universel. C'est le «premier» qu'il faut lire. Il suffit de se reporter aux textes et à leurs dates de publication pour en être convaincu *.

L'importance des résultats mis en lumière par mes recherches a été très rapidement comprise à l'étranger. Des nombreuses études qu'elles ont provoquées, je me bornerai à reproduire quelques fragments.

Le premier est une partie du préambule dont M. le professeur Pio a fait précéder les quatre articles qu'il a consacrés à mes expériences, dans la revue anglaise English mechanic and World of science'^ :

1. Mon premier mémoire sur la dissociation de tous .es corps sous l'aciion da !a lumière a paru dans la Hevue Scientifique de mai 1897. Celui sur la radioactivité par les actions chimiques a été publié en avril 1000. Celui montrant la radio-activité spontanée des corps ordinaires a paru — toujours dans la même revue — en novembre 1902. Les premières expériences par lesquelles les physiciens aient cherché à prouver que la radio- activité pouvait s'observer avec des corps autres que l'uranium, le thorium et le radium n'ont été publiées par Strutt, Lennan, Burton, etc., que de juin à août 1903. On trouvera d'ailleurs la reproduction de quelques-uns de mes textes à la fin de cet ouvrajre. (Ch. XIV. Documents relatifs à l'histoire de la diisociation de la m'iticre.)

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