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TRANSFORMATION DE LA MATIÈRE EN ÉNERGIE

et aient provoqué toutes les discussions dont on trouvera le résumé dans le chapitre consacré à l'examen des objections. On ne peut s'expliquer ce succès relatif qu'en se souvenant que la foi dans certains principes scientifiques avait été déjà fortement ébranlée par des découvertes aussi imprévues que celles des rayons X et du radium.

Les idées scientifiques qui régissent l'âme des savants de chaque époque ont toute la solidité des dogmes religieux. Fort lentes à s'établir, elles sont très lentes aussi à disparaître.

Des théories d'une importance aussi capitale que la loi d'Ohm, qui domine toute l'électricité, et la loi de la conservation de l'énergie, qui domine toute la physique, furent accueillies, à leurs débuts, avec indifférence ou mépris et restèrent sans action, jusqu'au jour oîi elles furent énoncées de nouveau par des savants doués d'influence.

C'est en étudiant l'histoire des sciences, si peu cultivée aujourd'hui, qu'on arrive à comprendre la genèse des croyances et les lois de leur propagation. Je viens de faire allusion à des découvertes qui furent parmi les plus impprtantes du dernier siècle et se résument en deux lois dont on peut dire qu'elles auraient dû frapper tous les esprits par leur merveilleuse simplicité et leur imposante grandeur. Non seulement, elles ne frappèrent personne, mais les savants les plus éminents de l'époque ne s'en occupèrent pas, sinon pour tâcher de les couvrir de ridicule ^

1. Quand Ohm eut découvert la loi qui immortalisera son nom et sur laquelle toute la science de l'électricité repose, il la publia dans un livre rempli d'expériences tellement simples, tellement concluantes, qu'elles pouvaient être comprises par un élève des écoles primaires. Non seulement, il ne convainquit personne, mais les savants les plus influents de l'époque le traitèrent de telle façon qu'il perdit la place dont il vivait et, pour ne pas mourir de faim, fut fort heureux de trouver une situation de 1,200 francs par an dans un collège, situation qu'il occupa six ans. On ne lui reniiit justice qu'à la fin de sa vie. Robert Mayer, moins heureux, n'obtint même pas cette tnrdive satisfaction. Quand il découvrit la plus importante des grandes lois scientifiques modernes, celle de la conservaion de l'énergie, il rencontra très difficilement une revue consentant à insérer

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Que le simple énoncé de pareilles doctrines n'ait

alors frappé personne montre avec quelles difficultés une idée nouvelle est acceptée quand elle s'écarte des dogmes antérieurs.

Le prestige, et fort peu l'expérience, est l'élément habituel de nos convictions scientifiques. Galilée l'apprit à ses dépens lorsqu-e. ayant réuni tous les professeurs de la célèbre université de Pise, il s'imagina leur prouver par l'expérience que, contrairement aux idées alors reçues, les corps de poids différents tombent avec une vitesse identique. La démonstration de Galilée était assurément très concluante, puisque jetant en même temps du haut d'une tour une petite balle de plomb et un boulet de même métal, il montra que les deux corps arrivaient ensemble sur le sol. Les professeurs se bornèrent à invoquer l'autorité d'Aristote et ne modifièrent nullement leur opinion. Bien des années se sont écoulées depuis cette époque, mais le degré de réceptivité des esprits pour les choses nouvelles ne s'est pas sensiblement accru.

son mémoire, mais aucun savaut n'y apporta la moindre attention ; pas plus d'ailleu.-s qu'à ses publicaiions successives, y compris celle sur l'équivalent mécanique de la chaleur, publiée en 1850. Après avoir tenté de se suicider. Mayer perdit la raison et resta pendant longtemps ignoré au point que, lorsque Helmholtz refit de son côté la même découveite, il ne savait pas avoir eu on prédécesseur.

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