ORIGINE DE L'ÉLECTRICITÉ
Quand nous aborderons l'étude détaillée des faits sur lesquels reposent les idées exposées dans cet ouvrage, nous verrons que l'électricité est une des plus constantes manifestations de la dissociation de la matière. La matière n'étant autre chose que l'énergie intra-atomique elle-même, on peut dire que dissocier de la matière c'est simplement libérer un peu de son énergie intra-atomique et l'obliger à prendre une autre forme. L'électricité est précisément une de ces formes.
Depuis un certain nombre d'années le rôle de l'électricité a constamment grandi. Elle est à la base de toutes les réactions chimiques considérées de plus en plus comme des réactions électriques. Elle apparaît maintenant comme une force universelle et on tend à lui rattacher toutes les autres. Il est établi que la lumière est l'une de ses formes.
Qu'une force, dont les manifestations ont cette importance et cette universalité, ait pu rester ignorée des
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milliers d'années constitue un des faits les plus frappants de l'histoire des sciences, un de ceux qu'il faut toujours avoir présents à l'esprit pour comprendre que nous pouvons être entourés de forces très puissantes sans les apercevoir.
Tout ce qu'on a su de l'électricité pendant des siècles se réduisait à ceci, que certaines substances résineuses attirent les corps légers après avoir été frottées. D'autres corps ne jouiraient-ils pas de la même propriété ? En faisant porter le frottement sur des surfaces plus étendues n'obtiendrait-on pas des effets plus intenses ? Nul ne songeait à se le demander.
Les âges se sont succédé avant que naquit un esprit assez pénétrant pour se poser de telles questions, puis assez curieux pour rechercher par l'expérience si un corps frotté sur une large surface n'exercerait pas des actions supérieures à celles produites par un petit fragment du même corps. De cette vérification, qui paraît actuellement si facile, mais qui exigea tant de siècles pour s'accomplir, devait bientôt sortir la machine électrique à frottement de nos laboratoires avec les phénomènes qu'elle produit. Les plus saisissants furent cette apparition d'étincelles et ces décharges violentes qui révélèrent au monde étonné l'existence d'une force nouvelle mettant dans les mains de l'homme une puissance dont il croyait que les dieux seuls possédaient le secret.
L'électricité n'était produite alors que bien péniblement, et on la considérait comme un phénomène très exceptionnel. Aujourd'hui, nous la retrouvons partout et nous savons que le simple contact de corps hétérogènes suffit à l'engendrer. Le difficile maintenant n'est plus de dire comment produire de l'électricité, mais comment ne pas en faire naître dans la production d'un phénomène quelconque. Une goutte d'eau qui tombe, une masse gazeuse que le soleil échauffe, un fil tordu dont on élève la température, toute réaction capable de modifier la nature d'un corps
sont des sources d'électricité. L'atmosphère en contient toujours et sa tension est bien rarement inférieure à 150 volts. Elle peut dépasser 1.000 volts dès qu'il se forme un peu de brouillard.
Mais si toutes les réactions chimiques sont des réactions électriques, ainsi qu'on le dit aujourd'hui, si le soleil ne peut transformer la température d'un corps sans dégager de l'électricité, si une goutte de pluie ne peut tomber sans la produire, il est évident que son rôle dans la vie des êtres doit être prépoadérant. C'est en effet ce que Ton commence à admettre. Il ne s'opère pas un seul changement dans les cellules, il ne s'accomplit aucune réaction vitale dans les tissus sans que l'électricité intervienne. M. Berlhelot a montré récemment le rôle important des tensions électriques auxquelles sont constamment soumis les végétaux. Les variations du potentiel électrique de l'atmosphère sont énormes, puisqu'elles peuvent osciller entre 600 et 800 volts par des temps sereins, et s'élever à 15.000 volts par la chute de la moindre pluie. Ce potentiel croît de 20 à 30 volts par mètre de hauteur par un beau temps et de 400 à 500 volts par un temps de pluie pour la même élévation. « Ces chiftres, dit-il, 'donnent une idée de la différence de potentiel qui existe, soit entre la pointe supérieure d'une tige dont l'autre extrémité est enfoncée dans le sol, soit entre les sommets d'une plante ou d'un arbre qui s'y trouve installé et la couche d"air qui baigne cette pointe ou ces sommets. » Le même savant a prouvé que les effluves engendrés par ces différences de tension pouvaient provoquer de nombreuses réactions chimiques : fixation de l'azote sur des hydrates de carbone, dissociation de l'acide carbonique en oxyde de carbone et oxygène, etc. L'électricité contribue avec les bactéries du sol à fixer l'azote de l'atmosphère dans la plante, condition essentielle de la vie.
Lorsque nous avons constaté le phénomène de la dissociation générale de la matière, nous nous som-
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mes demandé si l'universelle électricité, dont rorigine restait si inexpliquée, n'était pas précisément la conséquence de l'universelle dissociation de la matière.
Les expériences ont pleinement vérifié cette hypothèse. Elles ont prouvé que l'électricité est une des formes les plus importantes de l'énergie intra-atomique libérée par la dématérialisation de la matière.
Nous avons été amené à cette conclusion après avoir constaté que les produits qui s'échappent d'un corps électrisé sous une tension suffisante, sont tout à fait identiques à ceux que donnent les substances radioactives en voie de se dissocier. Les divers moyens employés pour obtenir de l'électricité, le frottement, notamment, ne font que hâter la dissociation de la matière.
Nous renverrons pour les détails de cette démonstration au chapitre oii ce sujet est traité, nous bornant dans celui-ci à indiquer sommairement les diverses généralisations qui découlent de la doctrine de l'énergie intra-atomique. Ce n'est pas l'électricité seule mais aussi la chaleur solaire, comme nous allons le voir, qui peut être considérée comme une de ses manifestations.
i 3. — ORIGINE DE LA CHALEUR SOLAIRE.
A mesure que nous avons approfondi l'étude de la dématérialisation de la matière, l'importance de ce phénomène a constamment grandi.
Après avoir reconnu que l'électricité doit être envisagée comme une de ses manifestations, nous nous sommes demandé si cette dissociation de la matière et sa résultante, la libération de l'énergie intra-atomique, ne seraient pas également la cause, si ignorée encore, de l'entrelien de la chaleur solaire.
Les diverses hypothèses invoquées jusqu'ici pour expliquer le maintien de cette chaleur, la problématique chule de météorites sur le soleil, par exem-
pie, ayant toujours semblé d'une insuffisance extrême, 1 était nécessaire d'en chercher d'autres.
Étant donnée l'énorme quantité d'énergie accumuilée dans les atomes, il suffirait que leur dissociation fût plus rapide qu'elle ne l'est aujourd'hui sur les globes refroidis pour fournir la quantité de chaleur nécessaire au maintien de l'incandescence des astres.
Et il ne serait nullement besoin de présumer, comme on l'a fait — alors qu'on supposait que le radium était le seul corps capable de produire de la chaleur en se dissociant — l'invraisemblable présence de cette substance dans le soleil, puisque les atomes de tous les corps contiennent une immense provision d'énergie.
Soutenir que les astres, tels que le soleil, peuvent entretenir d'eux-mêmes leur température par la chaleur résultant de la dissociation de leurs atomes constitutifs, semble revenir à dire qu'un corps chaud serait capable de maintenir lui-même sa température sans aucun apport extérieur. Or, chacun sait qu'une matière incandescente, un bloc de métal chauffé par exemple, abandonnée à elle-même, se refroidit très vite par rayonnement, bien qu'elle soit le siège d'une dissociation atomique importante.
Elle se refroidit, en effet, mais simplement, parce que l'élévation de température produite par la dissociation de ses atomes pendant son incandescence est trop faible pour compenser la perte de chaleur par le rayonnement. Les corps qui se dissocient le plus rapidement, comme le radium, peuvent à peine maintenir leur température à plus de 3 à 4° au-dessus de celle du milieu ambiant.
Mais supposons que la dissociation d'un corps quelconque soit seulement un millier de fois plus rapide que celle du radium, la quantité d'énergie émise serait alors plus que suffisante pour le maintenir en état d'incandescence.
Toute la question est donc de savoir si, à l'origine des choses, c'est-à-dire à l'époque où les atomes se formèrent par des condensations de nature ignorée,
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ils ne possédaient pas une quantité d'énergie telle qu'ils aient pu ensuite maintenir, grâce à leur lente dissociation, les astres en incandescence.
Cette supposition a pour appui les divers calculs que j'ai présentés sur la grandeur immense de l'énergie contenue dans les atomes. Les chiffres donnés sont considérables, et cependant J.-J. Thomson, qui a repris récemment la question, aboutit à cette conclusion que l'énergie actuellement concentrée dans les atomes n'est qu'une insignifiante portion de celle qu'ils contenaient jadis et ont perdue par rayonnement. D'une façon indépendante, et antérieurement à ce dernier auteur, le professeur Filippo Re était arrivé à une conclusion identique.
Si donc les atomes renfermaient jadis une quantité d'énergie très supérieure à celle, encore énorme. qu'ils possèdent encore, ils ont pu, en se dissociant, dépenser pendant de longues accumulations d'âges, une partie de la gigantesque réserve de forces entassées dans leur sein à l'origine des choses. Ils ont pu et peuvent encore, par conséquent, maintenir à une haute température les astres, tels que le soleil et les étoiles.
Cependant, dans la suite des temps, la provision d'énergie intra-atomique des atomes de certains astres a fini par se réduire et leur dissociation est devenue de plus en plus lente. Finalement, ils acquirent une croissante stabilité, se dissocièrent très lentement et sont devenus tels qu'on les observe aujourd'hui sur les astres refroidis, comme la terre et les autres planètes.
Il est très probable que ce n'est pas seulement la chaleur solaire qui est produite par la démalérialisation de la matière, mais aussi la chaleur engendrée par une cause quelconque. Les flammes contiennent des particules électriques, déviables par un aimant, qui ne peuvent provenir que de la dissociation de la matière. Tous les corps incandescents produisent des torrents de ces particules. La chaleur
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résulte probablement de leur collision avec les élé- Ments des- atomes. Transmises à l'éther, les vibrations provenant de ces collisions sont la cause de la chaleur rayonnante et de la lumière. Ces formes d'énergie seraient donc des conséquences de la démalérialisation delà matière. Parle fait seul que des électrons quittent l'atome, sa dématérialisation commence.
11 y a vingt ans, on eût répondu à une telle théorie que la balance prouve qu'un corps chauffé n'a rien perda de son poids. 11 n'a rien perdu en apparence, en effet, parce que cette perte est si insignifiante', à l'égard de l'immensité du nombre des particules contenues dans l'atome, que la balance ne peut l'apprécier. Quand nous voyons la faible fraction de milligramme d'un sel de radium, fixée à la pointe d'une aiguille, émettre sans trêve pendant des années des milliards de particules par seconde, que leur choc contre un écran susceptible de phosphorescence rend visibles, nous avons la preuve expérimentale qu'un corps peut perdre constamment quelque chose sans que nos grossières balances nous l'apprennent.
Si les théories formulées dans ce chapitre sont exactes, l'énergie intra-atomique manifestée pendant la dématérialisation de la matière constitue l'élément fondamental dont les autres forces dérivent.
Suivant la façon dont se désagrégeraient les tourbillons d'éther dont la matière paraît formée, il en résulterait toutes les forces que nous connaissons : lumière, électricité, affinité, rayons X, etc. La plus importante de ces manifestations de la démalérialisation de la matière est la chaleur solaire, source première de la vie et de la plupart des énergies dont nous disposons.