CHAPITRE IV
La dématérialisation des corps ordinaires
sous des influences diverses :
Lumière, réactions chimiques, chaleur, etc,
51.— CAUSES DIVERSES DE LA DÉMATÉRIALISATION DE LA MATIÈRE. MÉTHODES EMPLOYÉES POUR LA CONSTATER.
Plusieurs années se sont écoulées depuis que j'ai prouvé que la dissociation de la matière qu'on observe dans les corps dits radio-actifs, tels que l'uranium et le radium, était, contrairement aux idées alors reçues, une propriété de tous les corps de la nature, susceptible de se manifester sous l'influence des causes les plus diverses, et même spontanément. La radio-activité spontanée de quelques corps, comme l'uranium et le thorium, qui a tant surpris les physiciens, est, en réalité, un phénomène universel, une propriété fondamentale de la matière.
Le professeur J.-J. Thomson a justifié cette assertion, que pendant longtemps je fus seul à formuler, en montrant l'existence de la radio-activité dans la plupart des corps : l'eau, le sable, l'argile, la brique, etc.
Ses expériences confirment toutes celles que j'avais déjà publiées sur ladissociationspontanéedelamatière, mais elles ne prouvent nullement, comme le croient quelques physiciens, qu'il y ait du radium partout. C'était la seule explication à laquelle pouvaient se
rattacher les derniers partisans de la doctrine de l'indestructibilité de la matière. Admettre que les atomes de deux ou trois corps exceptionnels peuvent se dissocier est moins gênant que reconnaître qu'il s'agit d'un phénomène absolument général.
Nos expériences ôtent d'ailleurs toute vraisemblance à de telles explications. Quand nous réussissons à faire varier énormément la radio-activité d'un corps par certaines réactions chimiques, lorsque nous rendons très radio-actifs par leur mélange des corps tels que l'étain et le mercure qui, séparément, ne le sont pas, est-il vraiment possible d'imaginer que le radium soit pour quelque chose dans l'apparition de la radio -activité alors observée?
Ce n'est que grâce à des expériences longues et minutieuses que j'ai pu établir l'universalité de la dissociation de la matière. Elles seront exposées dans la seconde partie de cet ouvrage. On n'indiquera dans ce chapitre que le résumé des résultats obtenus.
Sur quels phénomènes peut-on s'appuyer pour démontrer la dissociation de la matière ordinaire?
Exactement sur ceux qui prouvent la dissociation des corps particulièrement radio-actifs, tels que le radium et le thorium, c'est-à-dire sur la production de particules émises avec une immense vitesse, capables de rendre l'air conducteur de l'électricité et d'être déviées par un champ magnétique.
Il existe d'autres caractères accessoires : impressions photographiques, production de phosphorescence et de fluorescence, etc., par les particules émises, mais ils sont d'une importance secondaire. Les 99 '/o de l'émission du radium se composent d'ailleurs de particules sans action sur la plaque photographique et il existe des corps radio-actifs tels que le polonium, qui n'émettent que ces dernières radiations.
Le plus important parmi les caractères énumérés plus haut est l'émission de particules rendant l'air conducteur de l'électricité et par conséquent déchar-
géant à distance un électroscope. Il a été exclusivement utilisé pour isoler le radium. C'est à lui que nous aurons principalement recours.
La possibilité de dévier ces particules par un champ magnétique et la mesure de leur charge électrique constituent ensuite les phénomènes les plus caractéristiques. Ils O'it permis d'établir d'une façon indiscutable l'identité entre les particules émises par les corps doués de radio-activité, spontanée ou provoquée, et les rayons cathodiques de l'ampoule de Crookes. C'est le degré de déviation de ces particules par un champ magnétique qui a permis de mesurer leur vitesse.