LA BADIO-ACTIVITÉ INDUITE
C'est l'émanation qui, en se dégageant et en projetant ses particules désagrégées à la surface des corps, produirait la radio-activité dite induite. Ce phénomène consiste en ceci, que toutes les substances, placées dans le voisinage d'un composé radio-actif, deviennent momentanément radio-actives. Elles ne le deviennent pas quand le sel activant eât enfermé dans un tube de verre.
Les rayons ^ et y seraient seuls capables de déterminer la radio-activité induite. Les particules a ne posséderaient pas cette propriété.
La radio-activité, artificiellement provoquée sur tous les corps, ne disparaît qu'après un temps relativement assez long.
Tous les gaz ouïes métaux, placés dans le voisinage d'une substance radio-active ou sur lesquels on insuffle, au moyen d'un long tube, l'émanation qui s'en dégage, deviennent momentanément radio-actifs. Si on admet que la radio-activité est engendrée par un dégagement de particules électriques, il faut reconnaître que ces particules, capables d'être entraînées par l'air et de se fixer aux corps comme une poussière, possèdent des propriétés singulièrement différentes de celles de l'électricité ordinaire. Rutherford assure que les émanations du thorium peuvent traverser de l'eau et de l'acide sulfurique sans perdre eur activité. Qu'un fil métallique, chargé d'électricité négative, soit exposé aux émanations du thorium, il
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devient radio-actif; si ce fil est traité par de l'acide sulfurique, et qu'on évapore ensuite le résidu, ce dernier est encore radio-actif. On ne conçoit pas comment de l'électricité pourrait subir un pareil traitement.
La radio- activité induite, communiquée à une substance inactive, peut être beaucoup plus intense que celle des corps radio-actifs d'où elle émane. Lorsque, dans une enceinte contenant de Témanation d'un corps radio-actif, du thorium, par exemple, on introduit une lame de métal chargée d'électricité négative à un haut potentiel, toutes les particules émises par le thorium se concentrent sur elle, et, d'api èé Rutherford, cette lame devient dix mille fois plus active, à égalité de surface, que le thorium luimême. Si la lame de métal est chargée positivement, elle ne devient pas radio-active.
Les radiations secondaires qu'émet une plaque de métal bombardée d'abord par les rayons j5 sont très pénétrantes. D'après Pound elles traversent 0™°',4 d'aluminium, 0,24 d'étain, 0,16 de plomb.
Le phénomène de la radio-activité induite est peu explicable avec les idées actuelles sur les particules électriques. Il est inadmissible que de telles particules déposées sur un métal puissent persister pendant des semaines et être entraînées par des réactifs. Il semblerait, d'après les expériences de M. Curie, que du bismuth, plongé dans une solution de bromure de radium et soigneusement lavé ensuite, resterait radio-actif pendant au moins trois ans. Cette radioactivité persisterait même après un traitement chimique énergique. Peut-on considérer comme vraisemblable que des particules électriques se comportent d'une telle manière?
On a comparé un corps radio-actif à un aimant qui garde toujours son aimantation et peut, sans s'affaiblir, aimanter d'aatres corps.
La comparaison est peu fondée, car l'aimant ne semble pas le siège d'une émission constante de particules dans l'espace. On pourrait cependant l'utiliser
pour expliquer grossièrement le phénomène de la radio-activité induite, qui peut se ramener à ce fait qu'un corps radio-actif communique ses propriétés à un corps voisin, comme l'aimant donne de l'aimantation aux fragments de fer situés dans son voisinage. Si les molécules de l'air étaient magnétiques — elles le sont, d'ailleurs, un peu — un aimant les aimanterait, et, elles-mêmes pourraient en aimanter d'autres. Si elles conservaient leur aimantation, on aurait un gaz qui, de même que l'émanation des corps radioactifs, serait capable de circuler dans des tubes, et de persister à la surface d'un métal sans perdre ses propriétés.
De tout ce qui précède, se dégage nettement cette vue d'ensemble, que les stades de dissociation de la matière doivent être nombreux et que nous en connaissons seulement quelques-uns. Sans pouvoir les isoler, nous sommes au moins certain qu'ils e.xistent, puisque l'inégale déviation des particules par un aimant prouve clairement qu'elles sont composées d'éléments différents. Nous savons également que dans le produit demi-matériel, désigné en bloc sous le nom d'émanation, on constate déjà des phases très diverses de dissociation de la matière.
Les mêmes expériences confirment également cette autre vue, que la matière, en se dissociant, émet des produits de plus en plus subtils, de plus en plus dématérialisés, qui conduisent progressivement à l'éther. L'i(>n positif est encore très chargé de matière. Les électrons négatifs se rapprochent davantage de l'éther. Ils représentent eux-mêmes des stades variés de dissociation, puisque leur inégale déviation par un même champ magnétique prouve qu'ils sont composés d'éléments divers. Finalement, on arrive aux radiations V qu'aucun obstacle n'arrête plus, qu'aucune attraction magnétique ne peut dévier et qui semblent constituer l'une des dernières phases de la dissociation de la matière avant son retour final à l'éther.