‹ L'évolution de la matièreChapitre 57 sur 132 · Physikalische Zeitschrift, 15 octobre · texte numérisé non relu

Physikalische Zeitschrift, 15 octobre

heures. Si la perte se continuait au même taux, ces 5 grammes de radium auraient perdu 1 gramme de leur poids en cent trente-sept ans. Nous sommes déjà étonnamment loin du milliard d'années supposé par .M. Becquerel. Le chiffre de lîeydweiler serait même, d'après certaines de nos expériences, trop élevé encore. Il a mis, en masse, dans un tube, le corps sur lequel il opérait, alors que nous avons constaté que la radio-activilé d'une même substance augmente considérablement si le corps est étendu sur une grande surface, ce qu'on obtient par exemple en laissant dessécher le papier qui a servi à filtrer une solution de cette substance. Nous sommes finalement arrivés à cette conclusion que 1 gramme de radium durerait cent ans, ce qui est justement le chiffre donné par M. Crookes. En réalité ce seront seulement des expériences répétées qui permettront de trancher la question.

Mais alors même que nous accepterions le chiffre d'un millier d'années donné par M. Rutherford pour la durée de l'existence de 1 gramme de radium, il suffirait à prouver que si les corps spontanément radio-actifs, tels que le radium, avaient existé aux époques géologiques, ils se seraient évanouis depuis fort longtemps et par conséquent n'existeraient plus. Et ceci vient encore à l'appui de notre théorie d'après laquelle la radio-activité spontanée rapide, n'est apparue qu'après que les corps ont été engagés dans certaines combinaisons chimiques particulières capables d'atteindre la stabilité de leurs atomes, combinaisons que nous pourron" peut-être arriver à reproduire un jour.

§ 4. - PEU>-dN AFFIRMER AVEC CERTITUDE L'EXISTENCE DU RADIUM?

Les produits qu'on obtient aujourd'hui sous le nom de radium ne sont en aucune façon un métal, mais du bromure ou du chlorure de ce métal supposé. Je

considère comme très probable que si le radium existe et qu'on réussisse à Tisoler, il aura perdu toutes les propriétés qui rendent ses combinaisons si intéressantes.

II y a déjà longtemps 1 que j'ai prédit, enm'appuyant sur diverses raisons, que l'on n'isolerait pas le radium et comme cet isolement est trop simple pour n'avoir pas été tenté par ceux qui possèdent des quantités suffisantes de cette substance, le silence complet observé sur ces tentatives est une forte présomption en faveur de mon hypothèse. La séparation du baryum — corps voisin du radium — de ses sels est si facile que ce métal fut un des premiers isolé par Davy.

La préparation des sels de radium permet de pressentir de quelle façon peuvent se former, sans qu'on connaisse leur nature, les combinaisons donnant naissance à la radio-activité.

On sait comment les sels de radium furent découverts. M. Curie ayant observé que certains minerais d'urane agissaient beaucoup plus sur l'électroscope que l'uranium lui-même, il fut naturellement conduit à tâcher d'isoler la substance à laquelle était due cette activité spéciale.

La propriété de rendre l'air plus ou moins conducteur de l'électricité, constatée par l'électroscope, étant le seul moyen d'investigation utilisable, ce fut l'action sur l'électroscope qui servit de guide dans cette recherche. C'est par elle seulement, en effet, qu'on pouvait savoir dans quelle partie des précipités se trouvaient les substances les plus actives. Après avoir dissous le minerai dans des dissolvants divers et précipité les produits contenus dans ces dissolvants par des réactifs appropriés, on recherchait au moyen de l'électroscope les parties les plus actives,, on les redissolvait, on les divisait de nouveau par précipitations et les mêmes manipulations étaient répétées un grand nombre de fois. L'opération fut terminée par des cristallisations

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