Revue scientifique, 5 mai
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fractionnées et on recueillit finalement une petite quantité d'un sel très actif. C'est au métal non isolé encore du sel ainsi obtenu, que fut donné le nom de radium.
Les propriétés chimiques des sels de radium sont identiques à celle des combinaisons du baryum. Ils n'en diffèrent, en dehors de la radio-activité, que par quelques raies spectrales. Le poids atomique supposé du radium, calculé d'après de très petites quantités de sels de radium, a tellement varié suivant les observateurs qu'il est impossible d'en rien déduire sur l'existence de ce métal.
Sans pouvoir être absolument affîrmatif, je crois, je le répète, que l'existence du radium demeure très contestable. Il est, en tout cas, certain qu'il n'a pu être isolé. J'admettrai beaucoup plus volontiers l'existence d'une combinaison inconnue du baryum capable de donner à ce métal les propriétés radioactives. Le chlorure de radium radio-actif serait au chlorure de baryum inactif ce qu'est le sulfure de baryum impur mais phosphorescent, au sulfure de baryum pur et pour cette raison non phosphorescent.
Il suffit, ainsi que je l'ai fait remarquer plus haut, de traces de corps étrangers pour donner à certains sulfures, ceux de calcium, de baryum ou de strontium, etc., la propriété merveilleuse de devenir phosphorescents sous l'action de la lumière. Cette phosphorescence, qui peut se produire sous l'influence de certaines radiations agissant pendant 1/10' de seconde, et être détruite comme nous l'avons prouvé par d'autres radiations agissant pendant un temps aussi court, prouve l'existence de combinaisons chimiques d'une mobilité extrême. La phosphorescence est un phénomène qui ne nous frappe guère parce que nous y sommes habitués depuis longtemps, mais en y réfléchissant, il faut bien reconnaître qu'elle est tout aussi singulière que la radio-activité et moins explicable encore.
J'ajouterai qu'en opérant avec des sels de radium
peu actifs, c'est-à-dire mélangés encore à des corps étrangers, le rôle des réactions chimiques se montre assez nettement. C'est ainsi, par exemple, que la phosphorescence de ces sels se perd par la chaleur et ne reparaît qu'au bout de quelques jours. L'humidité la détruit entièrement.
Qu'il s'agisse donc de la phosphorescence ordinaire ou des propriétés radio-actives, elles semblent produites par des réactions chimiques, dont la nature est encore ignorée, mais où il semble qu'un des corps en combinaison soit toujours en quantité infiniment petite à l'égard de l'autre.
Sans doute la loi des proportions définies nous dit que les corps ne peuvent se combiner que dans certaines proportions, mais ce qu'elle prouve seulement en réalité c'est que les corps ne forment d'équilibres stables — les seuls accessibles à la chimie — que lorsqu'ils sont combinés' dans certains rapports. Le nombre des combinaisons que deux ou plusieurs corps peuvent former est peut-être infini, mais comme elles ne sont pas stables il ne nous est possible de les soupçonner que lorsqu'elles sont accompagnées de certains phénomènes physiques. Les combinaisons accompagnées de radio-activité ou de phosphorescence sont probablement des combinaisons instables de cette nature.
Et si tous les métaux sont, ainsi que je l'ai prouvé, et qu'il a été reconnu depuis par plusieurs observateurs, spontanément radio-actifs et possèdent, par conséquent, bien qu'à un degré beaucoup plus faible, les propriétés des sels de radium, c'est principalement peut-être parce qu'ils ne sont pas purs. « Ce qu'on appelle les impuretés joue en chimie un rôle colossal bien qu'à peine soupçonné, me disait récemment un de nos plus illustres chimistes. On ne connaît pas aujourd'hui plus de trois ou quatre métaux pouvant être considères comme à peu près purs». C'est du reste à leurs impuretés que les métaux usuels doivent la plupart de leurs propriétés.
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Comme conclusion générale de ce qui précède, nous pouvons dire que la science se trouve actuellement en présence de ces deux faits bien nets : 1" certaines combinaisons particulières de nature inconnue, mais qu'il nous est quelquefois possible de reproduire, mettent les corps dans un état où ils peuvent se dissocier sous les inlluences les plus légères, l'action d'un rayon de soleil, par exemple; 2° certains corps, eu très petit nombre, tels que les sels d'uranium, de thorium et de radium, se dissocient spontanément d'une façon beaucoup plus énei'gique.
D'où proviennent ces différences? Ne pourrait-on compléter l'hypothèse des combinaisons spéciales que nous avons supposée par la suivante :
Les atomes des divers corps ne se sont pas sans doute formés à la même époque, comme le prouvent les observations astronomiques dont nous parlerons plus loin. Leur âge est donc inégal. 11 est, par conséquent, possible que les atomes de certains corps soient déjà arrivés à une période de vieillesse où leur équilibre étant moins stable, ils commencent à se dissocier. Cette hypothèse permettrait d'expliquer pourquoi la radio-activité de divers corps n'est apparue qu'à une époque évidemment avancée de rliistoire du globe. Si elle était apparue plus tôt, les corps présentant ce phénomène seraient évanouis depuis longtemps, par le fait même de leur dissociation.
(Juoi qu'il en soit, la première des théories qui précèdent me fut d'un grand secours dans mes recherches. C'est grâce à elle que j'ai été conduit à découvrir la radio-activité accompagnant certaines réactions chimiques, à trouver des combinaisons capables d'accroître énormément la dissociation d'un corps sous l'influence de la lumière et enfin à modifier, d'une façon fondamentale, les propriétés de certains corps simples.