‹ L'évolution de la matièreChapitre 76 sur 132 · LES FOBMES PRINCIPALES DE LA MATIÈRE · texte numérisé non relu

LES FOBMES PRINCIPALES DE LA MATIÈRE

les formes géométriques rigoureuses portant le nom de cristaux.

Tous ies corps solides tendent vers la forme cristalline. Les équilibres géométriques dont ces formes résultent donnent une sorte d'individualité aux molécules de la matière. Elle les individualise au même titre que l'être vivant individualise, en les incorporant à lui-même, les éléments empruntés à son milieu.

Cette expression d'individualisation de la matière donnée à sa transformation en corps géométriques n'a rien d'excessif. L'être minéral est caractérisé par sa forme cristalline comme l'être vivant par sa forme anatomique. Le cristal subit en outre, comme l'animal ou la plante, une évolution progressive avant d'atteindre sa forme définitive. De même que l'animal ou la plante, le cristal mutilé sait réparer sa mutilation et même prendre , en se combinant avec d'autres cristaux, des formes qui augmentent sa résistance aux causes extérieures de destruction. Le cristal est en réalité la dernière étape d'une forme particulière de la vie.

Parmi les faits pouvant étayer ces considérations, il faut surtout citer les belles expériences du professeur Schrôn sur la succession des transformations qui amènent les molécules matérielles à revêtir la forme cristalline. Les trois principales sont : 1° une phase granuleuse; 2" une phase fibreuse; 3° une phase homogène. Elles sont représentées par les trois photographies reproduites ici et que je dois à l'obligeance de ce savant. Dans la solution qui va cristalliser se forment d'abord des globules au sein desquels apparaissent bientôt des granulations (fîg. 33). Ces granulations s'allongent, prennent un aspect fibreux (fig. 34) auquel succède plus tard l'état homogène (fîg. 35) qui constitue la forme définitive du cristal. Alors l'être cristal a terminé son cycle.

Ces lois de la formation des cristaux sont générales et s'observent aussi bien pour les cristaux de subs-

tances minérales que pour ceux qui, selon Schrôn, accompagnent les micro-organismes. Parmi les sécrétions de chaque microbe apparaîtraient toujours, d'après lui, des cristaux caractéristiques de chaque espèce microbienne.

Ces observations montrent que pendant sa période précristalline, c'est-à-dire durant sa jeunesse, le futur cristal se conduit comme un être vivant. Il représente un tissu en évolution. C'est un être organisé subissant une série de transformations dont le terme est la forme cristalline, comme le chêne est la forme ultime de l'évolution du gland. Le cristal serait donc la phase dernière de certains équilibres de la matière ne pouvant s'élever à des formes de vie supérieure.

Les recherches exécutées dans des voies diverses confirment les indications précédentes. C'est ainsi que M. Cartaud a constaté que les métaux polis, puis attaqués par l'acide picrique en solution dans l'acétone, montrent « un réseau cellulaire microscopique complètement fermé ».

« Cellules et cristaux présentent entre eux, dit-il, une évidente filiation : les plages de même orientation cristalline offrent le caractère de posséder une maille cellulaire de forme et de dispositions spécifiques, ce qui permet d'envisager un cristal comme un agrégat de cellules semblables et semblablement disposées. » La structure cellulaire serait donc une phase embryonnaire et la structure cristalline une forme adulte.

Loin de constituer un état exceptionnel, la forme cristalline est en réalité celle vers laquelle tendent tous les corps et qu'ils atteignent dès que se réalisent certaines conditions de milieu. Les sels dissous dans une solution qui s'évapore, un métal fondu qui se refroidit, tendent toujours à prendre la forme cristalline; et si on considère, comme on le fait aujourd'hui, que les solutions présentent d'étroites analogies avec les gaz, on pourrait dire que les deux formes les

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