LES FORMES PRINCIPALES DE LA MATIÈRE
plus habituelles de la matière sont la forme gazeuse et la forme cristalline.
Il n'y a guère dans la nature que le cristal qui possède véritablement une forme stable et définie. Un être vivant ordinaire est, au contraire, quelque chose d'extrêmement mobile, de toujours changeant, qui ne continue à vivre qu'à la condition de mourir et de se régénérer sans cesse. Sa forme ne paraît bien défi-
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£m tfow phases sucessshts de formation d'un cristal, d'après Us photographies dv protstseur Schrin.
nie que parce que nos sens perçoivent seulement des fragments des choses. L'œii n'est pas fait pour tout voir. Il trie dans l'océan des formes ce qui lui est accessible et croit que cette limite artificielle est la limite véritable. Ce que nous connaissons d'un être vivant n'est qu'une partie de sa forme réelle. Il est entouré des vapeurs qu'il exhale, des radiations de grande longueur d'onde qu'il émet . constamment par suite de sa température. Si nos yeux pouvaient tout voir, un être vivant nous apparaîtrait comme un nuage aux changeants contours.
D'où vient le cristal qui apparaît dans une solu-
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tien? Quel est le point de départ des transformations subies par les molécules de cette solution avant de devenir un cristal?
L'observation démontre que tous les êtres vivants, de la bactérie jusqu'à l'homme, dérivent toujours d'un être antérieur. En serait-il de même pour le cristal? Dérive-t-il, lui aussi, par filiation d'un être antérieur ou naît-il spontanément?
Il paraît bien prouvé aujourd hui, surtout depuis les recherches d'Ostwald, que ces deux modes de génération existent pour les cristaux. Dans certaines conditions déterminées de milieu, c'est-à-dire de pression, d.e concentration des solutions, etc., les liquides n'arrivent à cristalliser que lorsqu'ils ont préalablement reçu un germe cristallin. Les cristaux formés peuvent alors, suivant l'expression de Dastre dans son beau livre la Vie et la Mort, être considérés comme la postérité d'un cristal antérieur absolument comme les bactéries développées dans une solution représentent la postérité des bactéries qu'on y a d'abord introduites.
Il existe cependant d'autres conditions de milieu dans lesquelles la cristallisation spontanée s'observe sans aucune introduction préalable de germes. Ces conditions diverses étant connues et susceptibles d'être produites à volonté, on peut placer une solution dans les conditions qui lui permettent de cristalliser spontanément ou dans celles où elle ne cristallisera qu'après l'introduction de germes convenables. Il est donc permis de dire que les cristaux présentent deux modes de reproduction très distincts : la génération spontanée et la génération par filiation.
Cette faculté de la génération spontanée, possible pour l'être cristal, est impossible, on le sait, pour l'être vivant. Ce dernier ne se reproduit que par filiation et jamais spontanément. Cependant, il faut bien admettre qu'avant de naître par filiation, les premières cellules des temps géologiques ont dû naître sans parents. Nous ignorons les conditions qui