I 2. — LES EQUILIBRES CHIMIQUES DES SUBSTANCES ORGANISÉES
Dès que la chimie eut dépassé les limites du monde minéral pour pénétrer dans l'étude du monde organisé, les phénomènes devinrent de plus en plus compliqués. On constata l'existence d'équilibres indépendants de la composition centésimale des corps, et que par conséquent les formules habituelles ne pouvaient traduire, à moins de donner la même formule à des corps très dissemblables. Il fallut donc renoncer aux anciennes méthodes et recourir à des figures géométriques pour représenter approximativement les structures qui se révélaient. On supposa d'abord — contre toute vraisemblance d'ailleurs — que les atomes se disposaient sur un plan suivant des lignes géométriques dont le type était l'hexagone. Puis, on finit par comprendre qu'ils étaient forcément disposés suivant les trois dimensions de l'espace et on arriva alors à les représenter par des figures solides dont le type est le tétraèdre. Ainsi est née la stéréochimie qui, sans rien nous dire assurément de l'inaccessible architecture des atomes, permit de synthétiser certains faits connus et d'en trouver d'autres.
Ces structures schématiques, d'ailleurs sans aucune parenté avec la réalité, finirent cependant par se montrer elles-mêmes très insuffisantes. On fut alors conduit à supposer que les éléments des corps ne sont pas en équilibre statique, mais en équilibre dynamique. D'où, une nouvelle chimie en voie d'organisation qui
pourrait être nommée la chimie cinématique. Dans ses formules, les atomes sont représentés par de petits cercles, autour desquels on trace une flèche indiquant le sens supposé de leur rotation. L'idée que les atomes et leurs éléments composants sont en perpétuel mouvement dans les corps est bien conforme aux notions que nous avons exposées, mais traduire ■ par des figures des mouvements aussi compliqués est évidemment au-dessus de nos ressources.
Ce qui ressort de plus net des conceptions actuelles, c'est que les composés chimiques apparaissent comme des équilibres mobiles, variables avec les conditions extérieures, telles que la température et la pression auxquelles ils sont soumis.
Les réactions indiquées par les équations chimiques ne doivent leur apparente rigueur qu'à ce que les conditions de milieu où elles se réalisent ne varient pas notablement. Dès que ces dernières se modifient, les réactions changent aussitôt et les équations habituelles ne sont plus applicables. Ce qu'on appelle, en chimie, la loi des phases, est née de cette constatation. Une combinaison chimique quelconque doit être toujours considérée, je le répète, comme un état d'équilibre entre les forces e.\térieures qui entourent un corps et les forces intétieures que ce corps contient.