‹ L'évolution de la matièreChapitre 95 sur 132 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Les expériences analysées dans cet ouvrage nous ont ! permis de suivre l'atome depuis sanaissance jusqu'àson j déclin. Nous avons vu la matière, prétendue jadis indestructible, s'évanouir lentement par la dissociation des éléments qui la composent. Envisagée autrefois comme inerte et capable seulement de res-

tituer l'énergie qui lui avait été communiquée, elle s'est au contraire révélée à nous comme un immense réservoir de forces. Les attractions moléculaires, la chaleur solaire et l'électricité notamment, sont devenues des manifestations de l'énergie intra-atomique.

Nous avons ensuite montré que la matière peut se dissocier sous l'influence de causes multiples et que les produits de ses dématérialisations successives constituaient des substances intermédiaires par leurs propriétés entre la matière et l'éther. Il en est résulté que l'antique dualité entre le monde du pondérable et celui de l'impondérable, jadis si séparés, devait disparaître.

La transformation de la matière en énergie réalisée dans nos expériences a prouvé que l'antique dualité entre la force et la matière devait également disparaître.

L'étude des phases successives d'existence de la matière nous a conduit à cette conclusion que le terme final de son évolution était le retour à l'éther.

En essayant ainsi d'entrevoir les origines de la matière, son évolution et sa fin, nous sommes progressivement arrivés aux dernières limites de ces demicertitudes que la' science peut atteindre et au delà desquelles il n'y a plus que les ténèbres de l'inconnu.

Notre travail est donc terminé. Il représente le résultat de laborieuses investigations poursuivies pendant de longues années. Parti de l'observation attentive des effets produits par la lumière sur un fragment de métal, nous avons été successivement conduit par l'enchaînement des phénomènes à explorer des régions très diverses de la physique et à ébaucher une synthèse de l'univers.

Sans doute l'expérience a toujours été notre principal guide, mais pour interpréter les résultats obtenus et en découvrir d'autres, il fallut édifier plus d'une hypothèse. Quand on se refuse à choisir l'hypothèse pour guide, il faut se résigner à prendre le hasard pour maître. « Le rôle de l'hypothèse, dit

'MO l'ÉVOLUTIO.N de la MATIÈnE

l'oincaré, est tel que le mathématicien ne saurait s'en passer et que l'expérimentateur ne s'en passe pas davantage. » Etablir des hypothèses, les vérifier pardes expériences, puis tâcher de relier, à l'aide de généralisations, les faits constatés, représente les stades nécessaires de l'édification de toutes nos connaissances. Ce n'est pas autrement que tous les grands édifices scientifiques ont été construits.

On dit avec raison que la science est fille de l'expérience, mais il est bien rare que l'expérience n'ait pa? l'hypothèse pour guide. Celle-ci est la baguette magique qui fait sortir le connu de Tinconnu, le réel de l'irréel. Des âges héroïques aux temps modernes, elle lut toujours un des grands ressorts de Factivité des hommes. C'est avec des hypothèses religieuses que les plus imposantes civilisations ont été enfantées : c'est avec des hypothèses scientifiques que les plus brillantes découvertes modernes ont été accomplies et que les grandes généralisations qui dirigent toutes les recherches d'une époque ont été fondées.

La science vit de faits, mais ce sont surtout ccgénéralisations qui les font naître. Une théorie fondamentale ne peut être modifiée sans que l'orientatioi des recherches scientifiques change aussitôt. Cett^ orientation nouvelle amène nécessairement une éclosion de faits nouveaux et imprévus.

Personne ne pouvait songer à étudier le mondi des atomes à l'époque, si récente encore, où on lecroyait formés d'éléments très simples, irréductibles, inaccessibles et indestructibles. Aujourd'hui nonsavons que la science a quelque prise sur ces éléments et que chacun d'eux est un petit univers d'une structure extraordinairement compliquée, siège de forces jadis ignorées et "dont la grandeur dépasse immensément toutes celles connues jusqu'ici.

C'est dans ces univers atomiques, dont la nature fut méconnue pendant si longtemps, qu'il faudra chercher l'explication des mystères qui nous entourent. L'atome n'est pas indestructible, comme l'assuraient

d'antiques croyances, mais il est bien autrement puissant que s'il était éternel et par conséquent incapable de changement. Ce n'est plus un élément inerte, jouet aveugle des forces de l'univers. Ces forces sont au contraire créées par lui. Il est l'âme même des choses et détient les énergies qui sont le ressort du monde.

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