NewTON : Optice, Qusestio XXXI
des actions des corps au moyen de ces principes clairs, c'est vraiment, en Philosophie, faire un grand progrès, lors même que les causes de ces principes ne seraient pas découvertes; c'est pourquoi je n'hésite pas à proposer les principes du mouvement, tout en laissant de côté la recherche des causes. »
La préface mise par Roger Cotes en tête de la seconde édition des Principes accentue l'opposition entre la philosophie de Newton et les méthodes chères aux Cartésiens et aux Atomistes; Cotes y raille les explications hypothétiques de ces physiciens, l'assurance avec laquelle ils attribuent aux petites parties des corps les dimensions et les figures qui s'accommodent à leurs raisonnements, leurs fluides insaisissables qui pénètrent toutes les substances par des pores invisibles; malgré leur scrupuleuse exactitude à suivre les lois de la Mécanique, ils ne prennent pour fondements que des conjectures trompeuses; « la fable qu'ils nous content est gracieuse et jolie, mais ce n'est qu'une fable. »
Qu'ils viennent, après cela, taxer la gravité de cause occulte! La réponse est facile. Quelles sont les vraies causes occultes, celles que l'expérience prouve avec une entière clarté ou bien celles dont l'existence n'est qu'une fiction? La force dont les mouvements célestes dénotent tous les caractères, ou bien les tourbillons d'une matière subtile qui échappe à toute constatation?
Diront-ils que la gravité est occulte parce que la cause de la gravité est cachée et n'a point encore été découverte? M«ais, à remonter de cause en cause, il faudra bien que l'on arrive aux causes les plus simples et, de celles-là, il ne sera plus possible de
36 LÉVOLUTION DE LA MÉGANIQUE
donner une explication mécanique. Les appellerat-on occultes et les rejettera-t-on hors de la Physique? La Physique alors disparaîtra tout entière.
On ne saurait garder aucun doute sur la pensée profonde de Roger Cotes ; pour lui, la gravité est une propriété inhérente à la matière, une qualité première et irréductible de la substance corporelle.
Leibniz, qui, dans sa jeunesse, était si fort attaché aux explications purement géométriques des Cartésiens, se vit conduit, lui aussi, à admettre en Mécanique un élément hétérogène à retendue et au mouvement ; plus audacieux encore que Roger Cotes, il n'hésita pas à assimiler explicitement cet élément aux formes substantielles qu'invoquait la Scolastique :
« Quoy que je sois persuadé que tout se fait mécaniquement, dans la Nature corporelle, écrit-il*, je ne laisse pas de croire aussi que les principes mêmes de la Mécanique, c'est-à-dire les premières loix du mouvement, ont une origine plus sublime que celle que les pures mathémathiques peuvent fournir... Ons'apperçoit quHly fautjoindre quelque notion supérieure ou métaphysique, sca'voir celle de la substance, action et force; et ces notions portent que tout ce qui pâtit doit agir réciproquement, et que tout ce qui agit doit pâtir quelque réaction... Je demeure d'accord que, naturellement, tout corps est étendu, et qu'il n'y a pas d'étendue sans corps; il ne faut pas néanmoins confondre les notions du lieu, de Tespace ou de l'étendue toute pure avec la notion de substance qui, outre l'étendue,
i. Leibniz : Œuvres^ édition G erhardt, t. IV, p. 464.
renferme aussi la résistance, c'est-à-dire Taclion et la passion. »
« J'avais pénétré bien avant, dans le pays des Scholasliques, écrit- il ailleurs*, lorsque les mathématiques et les auteurs modernes m'en firent sortir encor bien jeune. Leurs l)elles manières d'expliquer la Nature mécaniquement me charmèrent, et je méprisais avec raison la méthode de ceux qui n'employent que des formes et des facultés dont on n'apprend rien. Mais depuis, ayant tâché d'approfondir les principes mêmes de la Mécanique, pour rendre raison des loix de la Nature que l'expérience faisait connaître, je m'apperçûs que la seule considération d'une niasse étendue ne suffisait pas, et qu'il fallait encore employer la notion de la force^ qui est très intelligible, quoiqu'elle soit du ressort de la métaphysique.
« Et par la foi^ce ou puissance je n'entends' pas le pouvoir ou la simple faculté qui n'est qu'une possibilité prochaine pour agir et qui, estant comme morte même, ne produit jamais aucune action sans être excitée par le dehors; mais j'entends un milieu entre le pouvoir et l'action qui enveloppe un effort, un acte, une entéléchie, car la force passe d'ellemême à l'action en tant que rien ne l'empêche. »
Ce passage, et maint autre qu'il serait trop long de citer, nous prouvent que les idées de Leibniz reprennent un étroit contact avec l'antique Physique péripatéticienne. « Je scay, dit-il', que j'avance un grand paradoxe en prétendant de réhabiliter en