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MEDECINE SCIENTIFIQUE. — CONCLUSIONS

Dans cette partie de notre travail, nous n'avons plus à chercher à travers l'histoire les éléments de notre exoosi-

tion, il nous faut seulement dire, d'une part, en quoi consiste le régime scientifiqne de la médecine, et, d'autre part, montrer à l'aide de faits contemporains qu'il existe réellement aujourd'hui en théorie et en pratique.

Un grand nombre de passages des chapitres précédents et, en général, l'ensemble de cette étude ont pu déjà donner l'idée de ce que nous entendons par l'expression» médecine scientifique » et l'élimination que nous avons faite des deux autres modes amène nécessairement à l'acceptation du troisième que nous allons étudier maintenant. Si la médecine nous paraît arrivée à sa phase vraiment scientifique ou posit've, ce n'est pas que, dans le passé, on ne puisse trouver des périodes ou des travaux appartenant au même mode de penser et propres à fonder le régime positif de la médecine ; au contraire, à toutes les

Bourdet. S

époques et dans presque toutes les doctrines ou écoles, il y a une quantité plus ou moins grande et toujours accrue de science positive ; mais jusqu'à présent, l'idée théologique ou l'idée métaphysique avaient dominé cet élément positif insuffisant et l'avait empêché de se développer. Par le fait même des découvertes augmentées, et des connaissances agrandies, ce sont, au contraire, aujourd'hui les faits d'ordre naturel qui font reculer partout les conceptions du régime théologique et métaphysique, états et modes de penser qui ne sont pas condamnables historiquement et en eux-mêmes, qui sont des phases nécessaires de la grande évolution humaine, mais qui, aujourd'hui, en vertu delà même loi, cèdent la place dans la médecine comme ailleurs, au régime nouveau, aujourd'hui supérieur et par sa nature, et par l'éclat et la puissance que lui donnent les hommes qui le représentent. C'est « la décroissance du surnaturel et la croissance du naturel, la décroissance des notions subjectives et la croissance des notions objectives (Littré), » c'est cette loi, que l'on constate dans la médecine et qui nous a conduit dans notre travail.

Il nous reste à exposer brièvement les principes de la médecine scientifique, de la méthode nouvelle pour interpréter les choses, et à montrer que les principes réformateurs de la médecine sont suivis par le monde médical de nos jours soit dans les méthodes, soit dans la pratique.

La vie ne s'observe pas hors l'état d'organisation, ni l'organisation sans un milieu ; on ne doit donc pas considérer la vie autrement que comme une propriété d'élé-

menls. Elle n'est ni une cause ou un effet, ni un principe, ni un résultat.

C'est la science biologie^ cinquième science fondamentale « qui s'occupe des êtres organisés et des lois de leur activité »; elle est statique par l'analomie, dynamique par la physiologie et la mésologie ; elle est encore abstraite ou concrète. La médecine est une des applications de la biologie, car elle s'occupe des êtres à l'état dit normal; c'est donc un art, mais cet art a marché constamment de pair avec la science dont il émane et lui a fourni un grand nombre de ses éléments; de plus, il a des connexion? intimes avec les sciences fondamentales physique et chimie.

Les progrès de ces diverses sciences retentissent dans la médecine. Réciproquement, celle-ci fournit incessamment des données aux sciences biologiques par ses observations de l'être organisé vivant. De même que l'étude des principes immédiats, qui conduit à celle des tissus et humeurs, montre qu'il y a toujours une liaison entre les propriétés élémentaires de la substance organisée et « les conditions propres ou éloignées, constituantes ou déterminantesde leur accomplissement (Ch. Robin)'; » de même, il faut reconnaître qu'il y a une liaison entre les troubles des fonctions et la lésion des parties qui les accomplissent. Il ne faut donc plus invoquer des causes surnaturelles, archées, fluide nerveux, principe vital et autres imaginations semblables, produisant la maladie ou la guérison :il faut reconnaître des lois naturelles, des propriétés immanentes. On ne peut séparer l'anatomie pathologique de l'anatomie normale; toute doctrine médicale qui tente de le faire est non avenue de plein droit, car on ne peut se figurer l'état pathologique si on ignore soit

l'altération des organes qui le constituent, soit l'état normal qu'il faut comparer à l'état pathologique ; de même qu'on ne peut comprendre les phénomènes de la vie, si on ne connaît pas la substance organisée qui les manifeste. Le médecin qui n'admet pas cette doctrine est conduit « au scepticisme» par l'incertitude, et de là au charlatanisme.

La pathologie n'est pas séparable de i'anatomie ni de la physiologie, elle en est une annexe. L'anatomie étudie les organes de l'être vivant à l'état ordinaire ou moyen, et la physiologie les propriétés fonctionnelles de ces organes dans le même état ; la pathologie étudie d'une part les modifications anatomiques, et de l'autre la perturbation fonctionnelle qui en est le résultat.

On ne doit donc pas appeler anormal l'état pathologique, caries conditions et les influences qui déterminent le trouble fonctionnel , c'est-à-dire les symptômes , sont réelles, ce ne sont pas des êtres de raison.

Même en thérapeutique, il ne doit plus y avoir d'empirisme,- pas plus qu'il ne doit y avoir d'explication subjective des maladies; car la thérapeutique est composée par des principes immédiats accidentels, qu'on emploie dans le but de modifier les parties altérées de l'organisme ; or, comment se fait celte modification , évidemment par l'union ds ces principes immédiats à la substance des éléments anatomiques affectés; il est donc nécessaire de connaître les modifications de la substance organisée produites par les agents thérapeutiques, et il ne suffit pas de supposer empiriquement que telle substance produit tel effet fonclionnel.il faut le savoir positivement, comprendre et analyser de quelle manière se produit cet état appréciable. Car les propriétés d'innervalion et de contractilité des

éléments nerveux et musculaires, si elles peuvent être modifiées par des principes immédiats, n'ont au contraire pas d'influence directe sur la nutrition des éléments anatomiques, c'est-à-dire sur l'assimilation et la désassimilation des principes immédiats constituant la substance organisée : Or « tout médicament est un principe immédiat accidentel qui va s'unir à la substance de tel ou tel élément anatomique, selon la composition immédiate de celui-ci; » donc, quand on administre un médicament, il faut connaître la modification qu'il détermine dans les tissus et leurs parties constituantes, son mode d'absorption et d'élimination ; c'est dire qu'il faut étudier par des expériences l'action physiologique constante des médicaments avant de passer à leur emploi thérapeutique. La conséquence dogmatique qu'il faut encore tirer de celte considération; c'est qu'il convient de donner aux mots : excitabilité, irritabilité, irritation, la simple simplification de degrés particuliers des propriétés d'innervation, sensitive ou motrice, que possède la substance organisée. Car ils ne peuvent exprimer un état nouveau de cette substance, celle-ci étant constituée par les principes immédiats, qui par conséquent ne peuvent être appelés ses excitants.

Nous venons d'exposer quelques principes généraux de la médecine scientifique : relier la pathologie à la physiologie, expérimenter rationnellement les médicaments. Parlons maintenant des secours que la médecine doit chercher dans les sciences physico-chimiques, et des procédés d'études qu'elle doit empruntera d'autres sciences particulières, ces relations constituant encore, pour une bonne part, le régime scientifique de la médecine.

La chimie fournit à la médecine, outre la connaissance

des médicaments et des réactions qu'ils éprouvent en présence des différents liquides de l'économie, des procédés de recherche d'analyse, de dosage, aujourd'hui indispensables à la pathologie et à la clinique. Quoi de plus certain, de plus positif que les phénomènes d'ordre chimique? les notions qu'ils fournissent à la médecine sont capitales : la composition d'un liquide de l'organisme, son altération, l'excès d'un principe sur l'autre, l'élimination des substances ingérées comme poisons ou comme médicaments et mille indications précieuses ; il faut donc introduire de plus en plus et rendre de plus en plus exacte l'exploration chimique en médecine. A la physique la médecine prend ses instruments perfectionnés et précis de toute nature, depuis les appareils amplifiants qui vont chercher la lésion jusque dans l'élément anatomique, jusqu'aux verres achromatiques qu'elle applique sur les yeux malades ; depuis les appareils enregistreurs indubitables des actes physiologiques et des lésions pathologiques qui se passent dans l'intimité des tissus, jusqu'aux appareils modelés et articulés que la chirurgie emploie; depuis le spectroscope ou le polarimètre jusqu'aux explorateurs de l'œil ou du larynx; depuis l'instrument qui fait connaître les températures dans les maladies, jusqu'à celui qui compte les globules et jusqu'au diviseur électro thermique. La médecine scientifique demande encore des lumières à l'expérimentation dont les procédés «présentent une analogie complète dans les sciences physico-chimiques et dans la science des corps vivants. » (Cl. Bernard).

La méthode expérimentale consiste non plus seulement à observer, mais « à faire naître à son gré des circonstances nouvelles pour une observation plus profonde, » à décomposer un phénomène en ses éléments et à le

reproduire par l'association de ces éléments; « à provoquer artificiellement les circonstances d'une observation portée dans l'intérieur de l'organisme de l'être vivant. » Celte méthode, appliquée à !a médecine, donne les notions les plus exactes, c'est ainsi qu'on apprend les usages d'un nerf, en le coupant et en déduisant des troubles qu'on observe, la fonction normale à laquelle il préside; et de là on parvient au diagnostic d'une lésion de ce nerf, si l'on observe sur un malade les mêmes troubles qu'on a provoqués parla section. Par suite, on pourra connaître sur quel élément agit une substance toxique en l'administrant expérimentalement et en observant par tous les moyens à sa disposition quelles modifications se sont produites dans les divers organes et dans leurs fonctions A la médecine expérimentale se rattache la pathologie comparée; la possibilité d'inoculer aux animaux diverses maladies comme la variole, le charbon, la tuberculose, communes à l'homme et aux animaux, met entre nos mains une pathologie expérimentale.

Par elle, il nous est donné de connaître le mode de transmission, la contagiosité ou la non contagiosité d'une affection, d'en déterminer aussi exactement que possible la durée et l'évolution, et même d'essayer des médications périlleuses que l'on ne pourrait tenter sur l'homme. C'est pourquoi elle est encore un des éléments de la médecine scientifique : car l'étude des maladies virulentes spécifiques, communes ou analogues chez l'homme et les animaux, permet d'étudier, d'une part, dans quelles conditions elles se développent chez l*un et chez les autres, et d'autre part, de les développer artificiellement chez ces derniers, ce qui donne, dans ces cas, aux faits de la médecine, la presque certitude d'un fait chimique ou

physique. Il y a donc là une nouvelle source de connaissances positives dont on ne saurait méconnaître l'importance au moins théorique et à la quelle il faut puiser avec ardeur. La physiologie pathologique fait partie de la médecine expérimentale, elle comprend les données que l'expérimentation pratique sur les animaux fournit à l'explication des faits pathologiques; elle comprend aussi l'étude rationnelle des dérangements physiologiques amenés par les altérations des organes et des tissus et qu'on observe chez l'homme même. Une pareille étude conduit à la connaissance même des fonctions des organes lésés et en même temps à l'interprétation précise des symptômes qui constituent la maladie. C'est ainsi que l'étude des lésions du cerveau et de la moelle fait connaître les fonctions de ces organes ; d'un autre côté, en produisant expérimentalement les lésions comme l'embolie, le ramollissement, l'hémorrhagie, on comparera avec les troubles produits les troubles observés cliniquement, de sorte que, de la constatation de ces derniers sur l'homme, on pourra conclure à l'anatomie pathologique, c'est-à-dire à l'altération qui est le substratum de la modification fonctionnelle. On voit que l'anatomie, la physiologie pathologique et l'expérimentation directe appliquée à la recherche des maladies, s'éclairent l'une l'autre et que ces trois sciences à peu près nouvelles sont des éléments considérables dans la médecine de nos jours.

Les sciences dites exactes, les chiffres eux-mêmes fournissent à la médecine positive d'utiles notions ; c'est ainsi que la statistique sous sa forme démographie, enseigne les mortalités à tous les âges et dans les diverses conditions climatériques, géologiques, saisonnières, météorologiques, sociales; or, la mortalité est produite par les maladies;

la statistique est donc encore un moyen de connaître comment elles se produisent; de là à les pouvoir prévenir, il n'y a plus qu'à les vouloir prévenir.

On peut affirmer qu'en s'ètendant et en se subdivisant de plus en plus, la statistique sera un élément des plus sérieux de la médecine prophylactique. Dans le même ordre d'idées, la chronologie médicale nous renseigne sur la disparition de certaines maladies, et sur l'apparition de certaines autres, ce qui permet par la comparaison avec les faits contemporains, d'en trouver jusqu'à un certain point l'origine.

On voit quels sont les principes et les procédés de ce que nous avons appelé la médecine scientifique, elle ne consiste pas seulement dans les méthodes générales que nous venons d'exposer à grands traits; jusqu'au lit du malade, dans l'examen clinique, elle s'affirme par la prépondérance accordée aux phénomènes d'ordre physicochimique, à ceux de l'auscultation, de la percussion, de la mensuration; par la recherche et le dosage, au moyen des réactifs appropriés, de l'albumine, du sucre, des phosphates, de l'urée. Voltaire s'élevait contre la « ridicule charlatanerie de deviner les maladies et les tempéraments par des urines, la honte de la médecine et de la raison. » C'est au contraire vers des procédés d'analyse de ce genre que doivent tendre tous les efforts, ce sont eux qui font le diagnostic certain. Peut-on douter de l'albuminurie ou du diabète quand on en trouve dosés et isolés les produits? Est-il possible qu'un malade semble mieux portant au médecin, ou, se trouvant subjectivement mieux lui-même, puisse en imposer au médecin, si sa température restée trés-élevée, démontre matériellement que ses combustions internes et sa fièvre sont encore trop

intenses? L'anémie et la leucocythémie peuvent-elles être des mots quand le microscope met sous l'œil la pauvreté du sang en globules rouges ou sa richesse en globules blancs? le caractère dominant de la médecine positive est donc de rechercher de préférence les signes d'ordre physique, chimique ou fonctionnel, qui sont incontestables, qui sont la preuve de la maladie. Nous ne sommes pas encore arrivés malheureusement au temps où l'on reconnaîtra avec certitude toutes les maladies ; mais la voie est tracée, il faut s'y engager de plus en plus. C'est encore ce principe de n'admettre rien que de naturel qui donne à la médecine son aspect nouveau. Que de phénomènes obscurs et autrefois portant en eux des conséquences sanglantes ou terribles sont éclairés aujourd'hui de la pleine lumière de la science et de la raison. La médecine scientifique sait qu'il y a des épidémies nerveuses sévissant particulièrement sur les jeunes filles, se produisant aisément dans un milieu où régnent certaines croyances; que ces épidémies vont en diminuant ; elle sait que toutes ces choses qui paraissaient surnaturelles, possessions, convulsions, ont toujours eu le caractère collectif; les extases sont pour elles des troubles nerveux, des hallucinations dont d'admirables travaux nous ont donné la théorie et l'explication. Elle sait que les miraculés sont des femmes dans les neuf-dixièmes des cas (L. Asseline). Elle explique naturellement les faits de guérisons instantanées des paralysies et des contractures ; elle admet une affection du grand sympathique là où l'on s'obstine à voir des manifestations de la puissance arbitraire de Dieu. Elle appelle névrose et catalepsie ce qu'on appelait influence divine. Pourquoi multiplier les preuves? Le régime scientifique de la médecine est bien compris

par ses partisans et surtout par ses ennemis qui ne peuvent lui pardonner d'être ce qu'il est et de ne pas mêler à ses études des questions qui ne sont pas de son ressort. Nous distinguerons donc la phase scientifique de la médecine aux caractères suivants : n'admettre rien d'extérieur aux faits pathologiques, les rattacher aux phénomènes normaux; ne plus accepter pour les expliquer, ni volonté surnaturelle, ni principe vite], ni âme, ni archées, ni esprits animaux, ni irritation ; ne pas rechercher les causes premières des états morbides, « le pourquoi du pourquoi; » rattacher la médecine à la biologie, c'est-àdire lui donner la place qu'elle occupe normalement dans l'ordre d'apparilion et dans l'enchaînement réel des sciences; croire à l'importance fondamentale des sciences accessoires, échelons sans lesquels on ne peut s'élever à la connaissance des faits plus complexes de la vie; donner une large place à l'anatomie et à la physiologie patholo giques, les comparer sans cesse aux états normaux correspondants ; chercher la lésion jusque dans l'élément anatomique, expérimenter les médicaments sur l'organisme sain ; et en général introduire la méthode expérimentale dans les choses de la médecine; employer autant que possible, dans la recherche des produits pathologiques comme dans l'administration des remèdes, les notions de réactions chimiques, de dosage, de poids; dans la nomenclature et la classification des maladies, les notions de nombre et de rapport que fournit la statistique ; en résumé, rattacher la médecine au vaste système des sciences et faire sortir ses progrès de leur accroissement, particulièrement de celui de la biologie.

Quelles conclusions peut-on formuler maintenant à l'aide de ce qui précède ? Rien que n'ait déjà laissé entrevoir l'ensemble de notre travail : La médecine est un art, appuyé sur plusieurs sciences, et de jour en jour plus certain et plus efficace, grâce aux notions qu'il reçoit de ces dernières; en effet, comme tout art ou pratique artistique et industrielle, elle est sous la dépendance, la direction et l'encouragement d'une science particulière qui est la biologie, et de plusieurs sciences dites à tort accessoires et que nous avons montrées caDitales.

Les progrès de l'art médical sont dus aux découvertes dans les cinq sciences hiérarchiques ; ils se font par voie d'élimination des erreurs, des préjugés, des conceptions théologiques, métaphysiques, mystiques, qui ont si longtemps embarrassé sa marche ; et par découvertes spéciales, appropriées et opportunes dans la biologie, aussi bien que par l'accroissement général du savoir humain.

C'est un préjugé des plus fâcheux, c'est une erreur que de croire à un antagonisme entre la pratique et la théorie, entre le praticien et le savant: «la théorie, sachez-le bien, dit M. le professeur Pajot — n'est que de la pratique expliquée, la pratique n'est que de la théorie appliquée. » Il faut donc s'élever énergiquement contre l'opinion si répandue encore dans le monde, qu'un « savant » c'està-dire un théoricien, ne peut être un aussi bon médecin que celui qui se contente de pratiquer son art sans se tenir au courant des découvertes et des inventions nouvelles ; il ne faut pas que le jeune médecin se croie arrivé au but quand il a conquis son grade ; il ne doit pas

chercher seulement à avoir des clients ; il doit, autant que possible, rester en relation avec l'école, avec la science théorique et méthodique; connaître les travaux contemporains ; il doit recevoir encore dans sa pratique, les enseignements des cours, des hôpitaux, des journaux, des livres, etc., sous peine, en supposant qu'il reste absolument ce qu'il était en quittant l'école, d'être au bout de quelques années, non-seulement plus ignorant d'une manière relative, mais aussi praticien moins habile, moins riche en ressources que ceux de ces collègues qui auront continué à apprendre. Car, « tout ce qui est vrai devient utile dans la pratique, et cela seul est utile, au fond, qui est vrai. » (Robin.)

Ce sont les mêmes qualités qui font le bon praticien et le savant véritable ; que ce soit au lit du malade ou dans le laboratoire, ce sont toujours les mêmes facultés qui s'exercent: l'étude des sciences est nécessaire au praticien, parce que celles-ci lui fournissent les moyens d'application et les agents dont il a besoin, et aussi parce qu'elles lui donnent une «éducation intellectuelle » une discipline qui lui permettent d'agir en connaissance de la cause et de l'effet, en un mot, de réussir . Ce qu'on a appelé avec complaisance, sagacité, tact, coup d'œil, sens pratique, pénétration dans un praticien , ce n'est pas de mystérieuses grâces d'état, mais simplement les inductions et les déductions naturelles d'un homme instruit, et leurs résultats pratiques qui sont alors imputables plus encore à la science qu'à l'homme.

Donc, pas d'opposition entre la pratique et la théorie; car la pratique ne réussit que si la théorie lui indique les lois réelles dont elle s'occupe. Mais la pratique est scientitiqueà son tour quand elle a pour résultat, sur un point donné, démontrer la fausseté de la loi établie, et de la

modifier ; elle agit dans ce cas comme une expérience, en fournissant « des documents à la science ou théorie contemporaine. »

La clinique et le diagnostic en particulier veulent être désormais tout scientifiques dans leurs procédés d'investigation; notions de poids, dénombre, de volume, de réactions chimiques, de lois physiques : son, lumière, chaleur, éleétricité, etc. Le traitement par les corps de la chimie organique et inorganique, l'hygiène de l'air, des aliments, du climat, des professions des diathèses, des hérédités, des âges, des sexes, des races, toutes ces choses si essentiellement pratiques, si utiles à l'amélioration de la condition humaine, reposent sur des acquisitions biologiques ou cosmiques péniblement et lentement acquises par les générations de savants ; il faut donc éliminer les suggestions, les hypothèses, les explications et les espérances providentielles, introduites à tort dans la médecine. Si l'homme de l'art, aux yeux du monde, efface encore l'homme de science, c'est transitoirement et au profit des malades qui comptent moins sur les données exactes que sur les intuitions de la pratique médicale, et qui ne demandent qu'à être guéris ou soulagés. D'un autre côté, ce n'est pas sans quelque raison que le monde voit dans la complexité des maladies l'impossibilité d'en régler l'évolution, d'une manière sûre et rapide, vers une solution satisfaisante. Cependant le temps approche ou à l'empirisme thérapeutique grossier des premiers âges de la médecine, nous verrons se substituer l'application raisonnée, normale, scientifique des remèdes. Nous possé^dons des moyens certains pour connaître la nature de la maladie, pour découvrir son existence ; les moyens certains de la guérir viendront bientôt.

À. p ap.i:nt, 'imprimeur ûela Faculté de Médecine, rue M r -lc-Priuce,31.

Accession no.

JFF Author

Bourde t

OU no.

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