‹ L'évolution de la morale; leçons professées pendant l'hiver de 1885-1886Chapitre 110 sur 375 · Démeunier, Esprit des différents peuples, t. III, p · texte numérisé non relu

Démeunier, Esprit des différents peuples, t. III, p

Letournïau. — L'évolution de la morale. Il

le laissaient complètement nu, ainsi que sa femme et ses enfants (Champlain, Lescarbot). Il est bon de rappeler que, chez les Peaux -Rouges, quoique les territoires de chasse fussent propriétés indivises, chaque Indien possédait en propre ses objets mobiliers, le produit de sa chasse, du coin de terre que lui ou sa femme avaient défriché, ce qu'il s'était procuré par voie d'échange k

Ces coutumes primitives, cette obligation plus ou moins stricte de respecter la propriété d'autrui, avec la peine de mort pour sanction, finirent par graver plus ou moins profondément dans les consciences le fameux précepte : « Bien d' autrui tu ne prendras. » L'inscription était d'ailleurs plus ou moins profondément empreinte suivant les pays et les races . Aux îles Marquises, le vol était rarement puni et l'on blâmait bien plus la maladresse du voleur que l'action de voler en elle-même * ; mais certaines tribus peaux-rouges plantent au milieu de leurs villages un poteau appelé « arbre de la probité », auquel on suspend les objets trouvés 3 et le Néo-Zélandais ne volait autant dire plus 4. Mais, comme il est naturel, cette moralité était ordinairement bornée aux relations entre gens de la même tribu. Contre l'étranger, tout était licite ; il était en dehors du droit. Même les Esquimaux, fort débonnaires et entre eux, très probes,car leurs coutumes réglaient ave<î précision les droits et devoirs de l'individu, ne se croyaient pas moralement obligés vis-à-vis de l'étranger 5 et ils le volaient sans le moindre scrupule. Envers ce dernier, on pratiquait même volontiers le droit quhïtaire de la propriété.

1. Richard9on1 Amérique, liv. IV. — Lubbock, Orig. des civilisations, p. 449.

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