Darwin, Descendance de Vhomme, p
l'origine des penchants moraux 45
L'aventure aurait mal fini pour le mâtin, médiocre nageur,
si son adversaire, rappelé à ses instincts de sauveteur par le
contact de l'eau, n'eut ramené au rivage son adversaire en
péril '.
Mais ce fait, si singulier, mérite une petite analyse psychologique. Sous une forme très simple et par suite claire, il nous représente un de ces conflits moraux, si fréquents dans la conscience humaine. Sur le premier plan de la scène psychique apparaît d'abord l'instinct batailleur du chien de Terre-Neuve. Cet instinct lui est commun avec presque tous les individus de l'espèce canine, et il résulte de toute la vie antérieure des ancêtres, avant et après leur domestication. A cet instinct primordial on peut peut-être ajouter quelque antipathie héréditaire pour la race des mâtins. Cédant à ces ressorts moraux, le chien de Terre-Neuve se précipite sur son adversaire ; mais, au plus fort de la bataille, au moment où les instincts invétérés, dont nous parlons, se donnent librement carrière, un incident se produit. Moralement, il *st insignifiant ; mais il change pourtant le cours des événements. L'impression causée par l'eau froide met en éveil on penchant artificiel, incarné aussi dans le cerveau de ranimai. C'est le point de départ d'une autre série d'actes réflexes. Alors se déroule tout un enchaînement de détentes nerveuses, qui dormaient chez l'animal furieux. L'instinct du sauveteur surgit, dirige la conduite de l'animal et le Terre-Neuve soutient jusqu'au rivage l'ennemi, que tout à l'heure il essayait d'étrangler.
L'exemple est typique, plein d'enseignement, et, si nous voulons interroger nop souvenirs personnels, nous y trouerons sûrement la trace de plus d'un revirement moral analogue.
I i. Franklin, Vie des animaux, t. I, p. 180.
Mais rien n'est plus simple et plus clair que la genèse d ces instincts artificiels chez le chien, et mettant de côt tout préjugé, force est de reconnaître que l'origine de ce penchants éclaire d'une vive lumière celle de la moralif humaine. Écoutons un observateur exact et sagace, G. Leroj « La douleur des coups de fouet, retracée par la mémoire balance dans un chien couchant le plaisir de courir un lièvi qui part... Cette idée devient si dominante qu'enfin la vu d'un lièvre lui fait serrer la queue et regagner promptemen son maître '. » Sûrement ces conflits moraux sont aussi bie humains que canins. Mais n'anticipons pas .
Nous avons vu que les deux grands procédés de dressag consistent à châtier ou à récompenser à propos. Il est poui tant d'autres moyens pratiques, propres à faciliter le dres sage, à émousser certaines aptitudes, à en développe d'autres, à créer enfin des penchants absolument artificiels
Si l'on a affaire à un animal doué d'instincts féroces, un précaution préalable des plus utiles est de subvenir d'abon largement à son appétit : Malesaada famés.
Si cruels et si médiocrement intelligents que soient le oiseaux de proie, on adoucit leur farouche nature en ne le laissant jamais souffrir de la faim. On réussit ainsi, pa exemple, à obtenir qu'un épervier vive paisiblement ei société avec des pigeons *. Si l'on en croit M . Mantegazza ' même le stupide caïman s'amende par la satiété. Ainsi, dan la lagune de Guadalupa, immense et extrêmement poisson neuse, les caïmans, toujours gorgés d'aliments, sont devenu des monstres inoffensifs, somnolents et incapables de songe à une mauvaise action contre les hommes.
Veut-on au contraire exalter les instincts sauvages de