Ibid., t. V, p
5. Mac Kiotosb, Account ofthe origin and présent condition ofthe tribe of Bamoossies, p. 53.
298 l'èvolvtîon de la morale
se précipitèrent toutes couvertes de bijoux, dans le brasier destiné au cadavre de leur mari *. Le point d'honneur suffisait à leur donner cet héroïsme. « Je veux me brûler, disait la veuve d'un rajah ; les femmes de basse caste, seules, ne se brûlent pas. »
Du même point d'honneur est né une sorte de talion volontaire, que l'individu doit s'infliger à lui-même. Si, par exemple, à la suite d'une offense ou d'un tort subi, une personne se mutile ou se tue, l'offenseur doit l'imiter, sinon il encourt l'indignation publique2. Pratiquée en grand, cette vengeance devenait la veillée dhama ; alors, pour réfréner, par exemple, la tyrannie d'un rajah, toute une population s'asseyait silencieusement devant le palais, déterminée à se laisser mourir de faim, si le maître ne cédait pas. D'ailleurs la veillée dhama se pratiquait aussi entre particuliers 3. Sans doute ce mode si singulier de responsabilité n'est pas sans noblesse, d'individu à individu ; mais vis-à-vis du roi, il indique une passivité servile,qui résulte sûrement du régime des castes strictement et longtemps maintenu. En effet, pour quiconque appartient à une caste inférieure, regarder en face un membre d'une caste supérieure, c'est l'outrager et lui donner le droit de tuer l'insolent A. La rigidité et l'immobilité des institutions avaient ôté aux Indiens jusqu'à l'idée du changement ; à toute observation critique, ils répondaient : « C'est la coutume », ne concevant même pas que l'on pût agir autrement que les ancêtres 3.
Il y a pourtant des côtés nobles dans la moralité indoue. Ainsi la sainteté et la science présumées des brahmanes leur
i. Lettres édifiantes, t. XIII, p. 23, 32.
2. Ibid., t. X, p. 87.— Hcber, Journal, etc., t. I«p, p. 196.