Lettres édifiantes, t. XII, p
-5 Ibid., t. XIV, p. 330.
tenaient lieud'argent *. La richesse ne devait pas être égoïste ; elle imposait l'obligation morale de taire des œuvres d'utilité publique, de percer des routes, de creuser des étangs, de planter des arbres le long des chemins, d'y construire des abris, etc., en résumé le souci du bien général 2.
Le bouddhisme, sur lequel, je n'ai pas à m'étendre ici, n'a été que le développement logique du brahmanisme ; il en a adopté à peu près la morale, mais il en a encore exagéré le i'niè ascétique ; il a porté jusqu'à la folie l'obligation de respecter tous les êtres vivants, déjà recommandée par Manou ; si grande réforme a été de briser, au moins au point de vue religieux, la chaîne des castes ; il a fait ainsi à la femme une situation morale meilleure, puisqu'elle peut entrer dans les ordres et renaître spirituellement, comme l'homme. Au total, au point de vue moral et social, le bouddhisme a joué en Orient le rôle du christianisme en Occident et il n'est pas sur qu'il n'ait pas servi de modèle à ce dernier. L'un et l'autre ont sûrement propagé, développé les sentiments d'humanité, de charité, mais en énervant les caractères. J'aurai d'ailleurs à reparler plus longuement de leur influence sur les mœurs.
Remarquons seulement aujourd'hui qu'après le Pérou et l'Egypte, la Perse et l'Inde s'accordent à nous enseigner que, si la rigide discipline des monarchies primitives a eu l'avantage d'assouplir et de civiliser l'homme sauvage, elle a eu aussi le très grave inconvénient d'éteindre en lui l'esprit dinitiave et de briser sa volonté, c'est-à-dire de tarir la source même du progrès.