‹ L'évolution de la morale; leçons professées pendant l'hiver de 1885-1886Chapitre 227 sur 375 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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— Tout récemment, le gouverneur du Yunnan a été condamné à mort pour crime de couardise. La peine capitale a été aussi prononcée contre l'ambassadeur, qui a conclu avec la Russie le dernier traité de Kouidja, etc. Les fonctionnaires convaincus de concussion sont non seulement dégradés, mais encore leur fortune est confisquée *.

En Chine, l'administration a un caractère pratique, utililaire ; les dépositaires du pouvoir ne sont plus considérés comme ayant reçu du ciel une infaillibilité spéciale, ce qui tient sûrement à ce qu'au lieu d'appartenir à des castes privilégiées, comme il arrive dans tous les États constitués d'après le type delà barbarie primitive, ils sont nommés au concours, après des épreuves publiques, auxquelles chacun a le droit de se présenter. Ce mode de recrutement est assurément fort critiquable, puisqu'il ne tient aucun compte du caractère, des qualités morales des candidats ; il est pourtant très supérieur au primitif droit de naissance.

Mais je n'ai à juger en ce moment la Chine qu'au point de vue de sa morale. Sous ce rapport, comme sous bien d'autres, le peuple chinois est digne d'admiration ; il nous donne plus d'un bon exemple et il devance de beaucoup toutes les grandes civilisations barbares, que nous avons jusqu'ici passées en revue. Néanmoins son organisation, son éthique sont encore bien entachées de barbarie ; c'est qu'il n'y a eu, dans son évolution, aucune solution de continuité : c'est surtout que, comme dans les pays à caste, on s'y est efforcé d'enrayer le progrès, de s'opposer à tout changement, de régler la vie sociale dans tous ses détails. Des édits, des usages, ayant force de loi et à l'observance desquels sont préposés des censeurs, ont tout prévu, tout arrêté d'avance :

1. Abel Ilémusat, Nouveaux Mélanges asiatiques, t. II, p. 156. — le Temps, 12 février 1886.

la hauteur des maisons, leur exposition, leur distribution intérieure, la forme des navires, la fabrication des articles industriels, la coupe des vêtements, etc. *. Autant que possible on a enchaîné ou du moins endigué l'initiative individuelle.

D'autre part, l'existence de l'esclavage, le caractère primitif des pénalités, notamment l'abus de la bastonnade, le droit excessif laissé aux parents, l'extrême sujétion des femmes, etc., sentent trop la monarchie primitive.

Pourtant, si Ton prend en considération la radicale abolition des castes, le caractère pratique de l'administration et de la justice, l'absence de culte obligatoire, l'horreur pour la guerre et la situation subordonnée faite aux gens de guerre, le respect du travail, son obligation même, les honneurs rendus à l'agriculture, à ce point que « le Fils du Ciel » lui-même doit dans une fête solennelle mettre la main à la charrue, l'esprit de solidarité qui est dans les lois et dans les mœurs, etc., etc., on ne peut se défendre d'un sentiment d'admiration pour cette grande et vieille nation, qui, à elle seule, constitue lé tiers ou le quart du genre humain et qui est sûrement destinée à jouer encore un grand rôle dans l'avenir, quand elle se sera décidée, tout en conservant ce qu'elle a de bon, à adopter ce que nous pouvons avoir de meilleur.

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