‹ L'évolution de la morale; leçons professées pendant l'hiver de 1885-1886Chapitre 228 sur 375 · Pauthier, Chine moderne, p · texte numérisé non relu

Pauthier, Chine moderne, p

Hébreux et les Arabes, par la Bible et le Coran, ils ont joué dans l'histoire de la civilisation et dans révolution de la morale, surtout de notre morale européenne, un rôle des plus importants. J'essaierai de mettre ce rôle en lumière, mais brièvement ; car j'arrive ici sur un terrain mille fois exploré et connu de tout le monde.

La morale primitive du peuple de Jéhovah ne diffère guère de celle que la nécessité, la force des choses ont imposée à toutes les grandes sociétés primitives ; « Tu ne tueras point. Tu ne commettras pas d'adultère. Tu ne déroberas point. Tu ne porteras point de faux témoignage contre le prochain» (Exode, xx, 2, 17). Ce sont là des préceptes, que nous avons trouvés partout. Même la vénération ordonnée pour les parents n'a rien d'original, sauf la raison qui appuie le conseil, « afin que tes jours soient prolongés sur la terre », et qui est un appel à l'intérêt bien entendu. Je laisse de côté les premiers commandements du décalogue hébraïque ; ils sont purement religieux. Il y a pourtant deux prescriptions nouvelles dans le décalogue ; l'une ordonne le repos sabbatique : « Tu travailleras six jours et tu feras ton œuvre, mais le septième est le repos de Jéhovah, ton Dieu. Tu ne feras aucune œuvre ce jour-là, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l'étranger qui est dans tes portes. » C'est là une loi humaine et nous en trouvons dans la Bible plusieurs autres de même ordre. C'est par ces tendances humanitaires, qui, ûeYEœode et du Lévitique&uyi Prophètes, vont en s'accusant de plus en plus, que le petit peuple hébreu prend une place honorable parmi les anciennes races. Quantité de versets bibliques attestent d'ailleurs qu'en grossièreté, en férocité, le peuple de Jéhovah a commencé par ne le céder en rien aux peuples primitifs.

Tout d'abord la prescription de ne pas tuer s'applique seulement aux concitoyens. En maint endroit la Bible prêche

l'extermination des ennemis. Samuel ordonne aux Hébreux de détruire Àmalek : « Fais mourir tant les hommes que lesfemmes, les adultes comme les enfants à la mamelle, le groset le menu bétail, les chameaux et les ânes. » Le glorieux David s'empara de la ville de Rabba « et ayant fait sortir les habitants, il les coupa avec des scies, fit passer sur eux des chariots avec des roues de fer, les tailla en pièces avec des couteaux, les jeta dans des fourneaux où Ton cuit la brique. C'est ainsi qu'il traita toutes les villes des Ammonites, etc. ». (Les Rois, ii, v. 31). Écraser sur des pierres la tête des enfants était une habitude, etc. Les assassinats commis par les héroïnes bibliques, Dalila et Jael, sont glorifiés : « Bénie sois-tu par-dessus toutes les femmes, Jael, femme d'Héber, Kénite : bénie sois-tu par-dessus toutes les femmes qui setiennent dans les tentes ! Il a demandé de l'eau ; elle lui a donné du lait ; elle lui a présenté de la crème dans des coupes, magnifiques. Elle a étendu sa main gauche vers le clou et sa main droite vers le marteau des ouvriers ; elle a frappé Sisara et lui a fendu la tête; elle a transpercé ses tempes, etc. » (Juges, iv, v).

La justice d'Israël est aussi toute primitive ; c'est la barbare loi du talion : « Œil pour œil, dent pour dent », à ce point, que longtemps on a attribué aux Hébreux l'honneur de l'avoir inventée.

Quand le législateur hébreu déclare que le maître ayant fait mourir son esclave sous le bâton ne sera point puni, pourvu que l'esclave ait survécu un jour ou deux, parce que c'est son argent (Eœode, xxi, 20), il se ravale au niveau descodes les plus barbares.

Bien des versets attestent aussi que la bestialité et les amours contre nature étaient des écarts communs chez les- Hébreux : le Lévitique édicta même contre eux la peine capitale (Lévitique, xx, 10, 18).

Non seulement la Judée primitive pratiquait couramment l'infanticide, mais le sacrifice du premier-né y fut d'abord une obligation, dont plus tard on se racheta dans le temple par une offrande. Diodore nous a raconté comment les Phéniciens brûlaient leurs entants en l'honneur de Moloch. Les Hébreux se contentaient de les sacrifier, jusqu'au jour où le Léritique défendit ces cruautés, comme profanant le nom de Jéhovah (Ch. xvm, 21 et xx, 2).

Le pouvoir du père sur ses enfants était, chez les Hébreux, «excessif, comme dans toutes les sociétés primitives, Le père pouvait vendre sa fille, non encore formée, comme esclave {Exode, xxi, 7, 11); il pouvait faire lapider son fils rebelle : « Si quelqu'un a un fils rebelle, n'écoutant pas la voix de son père ni de sa mère,... que son père et sa mère le prennent et le conduisent vers la zêgénim de sa ville et qu'ils disent : « Voici votre fils rebelle, sans respect pour notre voix ! C'est un buveur et un libertin. » Alors les hommes de la ville le lapideront jusqu'à la mort » (Deuléronome, xxi).

L'histoire de la fille de Jephté nous prouve que même une jeune fille sortie de l'enfance pouvait être sacrifiée à Jéhovah par son père [Juges, xn).

La femme mariée était répudiable pour les motifs les plus légers selon la coutume primitive, mais elle ne pouvait demander le divorce que pour des raisons très graves. En outre, même alors, c'était toujours le mari qui était censé répudier la femme : on avait grand souci du prestige du maître.

Contre l'adultère la loi est terrible. La femme mariée, même la fiancée infidèle sont punies de mort avec leurs complices (Deutéronome, xxn). Par compensation, la polygamie est autorisée (Lévitique, xv, 18).

Contre le voleur, la loi hébraïque est moins dure que les autres lois primitives. On doit rendre quatre brebis voîées pour une, cinq bœufs pour un. Il est permis de tuer un

voleur s'introduisant dans une maison ; mais à condition que ce soit avant le lever du soleil, sinon on est homicide, coupable du sang, et on encourt la peine capitale (Lévitique, xxi, 1, 6). Le voleur incapable de payer l'amende devient l'esclave du volé iEœode, xxh, 2).

Contre le faux témoin, la peine du talion ; il subit le châtiment qui a ou aurait frappé l'innocent (Deutéronome, xix, 16,21).

Les pénalités sont brutales. Le feu et la lapidation font concurrence au glaive, quand il s'agit d'appliquer la peine capitale (Lévitique, Deutéronome).

Néanmoins par de certains côtés la loi hébraïque se relève, s'humanise, se modernise même et se distingue des autres vieux codes.

Même en s'organisant en société monarchique, les Hébreux conservèrent un certain esprit égalitaire. Une seule caste, la caste sacerdotale, fut sérieusement instituée.

Ils avaient des esclaves, formant une classe qu'alimentaient la guerre, les condamnations, les ventes d'enfants par leurs parents, le servage volontaire, cependant, tous les six ans, l'esclave hébreu avait la faculté de quitter son maître, à ce qu'il semble d'ailleurs, sans emmener sa famille. Préférait-il rester ? On l'appliquait contre la porte de la maison et on lui perçait l'oreille.

On avait de la sollicitude pour les pauvres ; le salaire de l'ouvrier et du colon doit être payé avant le coucher du soleil, « parce qu'il est pauvre » (Deutéronome, xm, 15). Le créancier ne peut saisir la couverture dont le débiteur s'enveloppe la nuit. A tout le moins, il doit la lui rendre avant le coucher du soleil (Eœode, xxii. 22, 24). On n'a pas le droit de s'emparer de la meule du pauvre, des objets qui sont nécessaires à l'entretien de sa vie ( Deutéronome , xxiv, 12, 13).

Au moment de la récolte, il faut penser à l'indigent :

« Quand tu couperas ton blé, tu ne moissonneras pas le bout de ton champ, et tu ne recueilleras pas ce que la faux aura laissé »(Lévitique,xix99, 10). Dans la vigne , les grappes et grains tombés sont pour le pauvre et l'étranger.

On a même quelque peu songé à protéger la femme. — Le père peut vendre sa fille mineure, mais si le fils du maître a des relations avec elle, il doit l'épouser (Exode, xxi, 7-1 1.) — La fille une fois majeure, son mariage ne peut se conclure que de son consentement. Enfin, les biens du mari vivant ou mort répondent pour ceux de la femme.

Jéhovah protège la veuve et l'orphelin : « Toute veuve et tout orphelin, tu n'affligeras pas. Si tu l'affliges, ils crieront vers moi et j'écouterai leur clameur et ma colère s'enflammera ; je vous frapperai avec le glaive, et vos épouses seront veuves et vos enfants orphelins » (Lévitiquc, xxn, 13).

La vie humaine, et c'est un grand progrès, est mieux protégée que la propriété ; il n'y a pas de compensation pécuniaire possible pour l'homicide et le talion est alors de rigueur : vie pour vie. Pourtant la loi distingue entre les meurtres, et il y a des villes de refuge pour l'homicide sans préméditation ni embûches *.

Il existe des lois humanitaires et c'est par ce côté que la loi, la thora, est supérieure à la plupart des codes primitifs. Défense d'injurier le sourd, d'achopper l'aveugle (Lévitique, xix, 14).

Injonction d'aimer son prochain : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Léintique, xix, 18). Mais il est bien entendu qu'il s'agit du prochain israélite. C'est le Christianisme des Gentils, qui, plus tard, a généralisé la maxime.

Tous les sept ans, la terre a son jour de sabbat; elle se repose durant une année, pendant laquelle ses produits

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