‹ L'évolution de la morale; leçons professées pendant l'hiver de 1885-1886Chapitre 231 sur 375 · III. — MORALE ISLAMIQUE · texte numérisé non relu

III. — MORALE ISLAMIQUE

Tout calqué qu'il soit sur la loi hébraïque, le Coran est bien plus strictement barbare, il s'adresse évidemment à des populations moins cultivées. Ainsi le législateur y est encore obligé de défendre nettement l'infanticide : « Ne tuez point

vos enfants par crainte de pauvreté... Les meurtres que vous commettez sont un péché atroce » (Sourate, xvu, 32).

L'homicide, bien entendu l'homicide des croyants, estinterdit : « Celui qui tuera un croyant volontairement aura l'enfer pour récompense » (Sourate, iv,95). « Netuezpointl'homme, car Dieu vous l'a défendu, sauf pour une juste cause » (Sourate, XVII, 33).

Le talion hébraïque est entièrement adopté : « Ame pour Ame, œil pour œil, nez pour nez, oreille pour oreille, dent pour dent. » — « La peine du talion nous est prescrite pour le meurtre. Un homme libre pour un homme libre, l'esclave pour l'esclave, une femme pour une femme. Celui qui obtiendra le pardon de son frère sera tenu de payer une certaine somme et la peine sera prononcée contre lui avec humanité » (Sourate, n, 179). On admet en effet la compensation pécuniaire en recommandant de la changer en aumône (Sourate, vu, 49).

Jéhovah avait interdit le prêt à intérêt, l'usure, entre Hébreux ; Mahomet fait la même défense aux Islamites : « Ceux qui avalent le produit de l'usure se lèveront au jour de la résurrection comme celui que Satan a souillé de son contact. » (Sourate, n, 276). « Dieu exterminera l'usure et fera germer l'aumône » (Sourate, 277).

L'esclave doit être traité doucement ; il faut lui faciliter l'affranchissement, lui donner un peu de ses biens, ne pas forcer ses servantes à se prostituer (Sourate, xxiv, 33). Et en effet, de nos jours encore, l'esclavage, en pays islamique, ne connaît pas les horreurs de celui que des maîtres très chrétiens ont infligé aux noirs en Amérique. Pour le mahométan, l'esclave est un homme et non pas un animal domestique.

La polygamie est de droit et l'homme peut cultiver ses femmes comme il l'entend : « Les femmes sont votre champ »

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{Sourate, n, 223). mais il n'en faut laisser aucune « comme en suspens » {Sourate, iv, 128). La femme est naturellement répudiable, mais il ne faut pas alors lui reprendre ce qu'on lui a donné (Sourate, n, 222).

Il est interdit d'épouser les femmes de son père, comme cela se fait couramment en pays nègre aujourd'hui encore : <• C'est une turpitude », dit le Coran; mais l'interdiction -était de date récente, car on déclare qu'elle n'auia pas d'effet rétroactif (Sourate, \\\ 19).

L'adultère est criminel, cependant il n'entraîne pas la mort des coupables. Cent coups de fouet, publiquement -appliqués, suffisent à la vindicte publique (Sourate, xxiv,2). La femme peut même être déclarée innocente, si elle jure ^quatre fois devant Dieu que son mari a menti (Sourate xxiv, 8).

Pas de mariage avec les idolâtres : « Une esclave croyante vaut mieux qu'une femme libre idolâtre » (Sourate, h, 220).

Tout ce code s'adresse presque uniquement aux hommes. Pour le législateur, la femme était évidemment une créature que l'on dirigeait et qui ne se dirigeait pas (Sourate. xxiv, 3i). Pourtanton lui recommande la pudeur : « Que les femmes n'agitent pas les pieds de manière à faire voir les ornements cachés » [Sourate, xxiv, 31).

La probité, l'équité dans les transactions, la charité même sont recommandées. Le tuteur ne doit pas toucher aux biens de ses pupilles (Sourate, iv, 6). Il faut respecter les biens de l'orphelin, remplir la mesure, peser juste (Sourate, vn, 153), secourir les proches, les orphelins, les voyageurs, ceux •qui rachètent les captifs, qui tiennent leurs engagements {Sourate, n, 472). Il faut donner son superflu {Sourate, n, 217), éviter l'hypocrisie {Sourate, ix, 68).

Enfin, dans la guerre sainte, il faut prendre parti et ne pas rester dans ses foyers sans y être contraint, pendant que

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les autres sacrifient leurs biens et leurs personnes (Soitrate , iv7 97).

Si à ces préceptes on ajoute le conseil, donné d'ailleurs assez mollement, d'éviter le vin et le jeu {Sourate, n, 216), on aura à peu près toute la morale islamique. L'originalité y fait complètement défaut; toutes les prescriptions y sont de l'éthique banale. Nul élan, nulle aspiration vers une loi plus large et plus humaine. Il est d'ailleurs bien certain que Mahomet n'a entendu légiférer que pour son petit peuple de croyants, ne prévoyant nullement l'énorme expansion de sa doctrine.

Les lois judaïque et islamique représentent et résument le plus grand effort moral accompli par la race sémitique. Cette éthique, appuyée par des pénalités terrestres et célestes, a sûrement policé et civilisé, dans une grande mesure, les populations, qui, de gré ou de force, y ont plus ou moins soumis la conduite de leur vie. Pourtant les Sémites peu ou point cultivés, antérieurs aux codes théocratiques ou y ayant ' imparfaitement conformé leur morale, avaient et même ont encore quelques vertus, que les pieux législateurs ont oublié de recommander : l'hospitalité, par exemple, si glorifiée dans le poème d'Antar, cette vertu, pour l'observance de laquelle on donnait sa vie *, la Bible ne la mentionne pas et elle exalte la trahison de Jaël envers son hôte ; cependant, de nos jours encore, au dire de Burckhardt*, l'homme le plus honoré chez les Bédouins est celui qui se ruine en frais d'hospitalité. La Bible est sans pitié pour l'ennemi; or, le môme voyageur rapporte qu'un Bédouin ne tue jamais un ennemi qui ne résiste pas 3.

Chez les mêmes nomades, la femme serait traitée par l'homme presque sur le pied d'égalité : elle a un protecteur

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