‹ L'évolution de la morale; leçons professées pendant l'hiver de 1885-1886Chapitre 24 sur 375 · Romanes, Ibid., p · texte numérisé non relu

Romanes, Ibid., p

Letourneau. — L'évolution de la morale. 4

des dents d'un terre-neuve, voua un culte à tous les police-

men de Londres sans distinction *.

Mais c'est là un fait humain au premier chef . Pour des motifs tout aussi personnels, quantité de nos contemporains aiment ou haïssent tel ou tel peuple, telle ou telle classe ou catégorie sociale. Il y a quelques années, dans une ville du midi de l'Italie, un individu poignarda un malheureux soldat qu'il ne connaissait pas, pour tirer vengeange d'une offense que lui avait faite un autre soldat2. En traitant plus tard de la moralité des Australiens, nous aurons à citer des faits du même genre, fort curieux au point de vue de l'évolution de la morale. Pour le moment, nous nous bornerons à constater en passant que des sentiments identiques, aussi absurdes que puissants, peuvent n?ître chez le chien, chez l'Australien, chez l'Européen dit civilisé, et cela pour une raison des plus simples, la parité fondamentale des centres nerveux conscients, l'aptitude des cellules corticales des hémisphères cérébraux à percevoir et à garder des empreintes analogues.

J'ai essayé de montrer comment, par une éducation convenable, on peut émousser ou développer les instincts des animaux, comment on peut doter ces animaux d'instincts nouveaux qui deviennent héréditaires, comment ces penchants dits artificiels, mais qui sont simplement plus récents que les penchants dits naturels, entrent parfois en conflit avec ces derniers. Avant de quitter ce sujet, j'y veux revenir en citant encore quelques-uns de ces faits tout à fait démonstratifs où l'on voit aux prises, dans la conscience de ranimai, ce qu'on peut appeler la morale primitive et la morale acquise.

Aux Indes, il arrive parfois que des éléphants apprivoisés

1 . Franklin. Vie des animaux (Mammifères), t. Ie', p. 171-173.

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