IV. — l esclavage
Pour l'esclavage, la moralisation fut encore bien autrement difficile. Question d'intérêt, d'intérêt pécuniaire ; rien de plus intraitable ! Sur ce point la morale antique diflère peu de celle de l'Afrique centrale.
Pourtant l'esclavage semble avoir été tout d'abord assez restreint dans l'antiquité. Homère ne nous montre d'esclaves que dans les palais des rois *. Les tribus grecques, non conquises, semblent avoir peu pratiqué l'esclavage. « Leurs filles et leurs garçons, dit Hérodote en parlant des Athéniens, allaient puiser de l'eau aux neuf fontaines, car, alors, ils n'avaient pas de serviteurs, ni eux, ni les autres Grecs2. >» A la guerre, le captif épargné pouvait payer rançon et devenait même un ami « l'hôte conquis par la lance (ôopùÇsvov) 3. » Mais la conquête, surtout les conquêtes doriennes, créèrent des populations d'esclaves : citons les Ilotes de Sparte, les Périœciens de Crète (habitants de la banlieue), les Pénestes thessaliens. Toute cette foule était au-dessous du droit, considérée, notamment à Sparte, comme un bétail. Les Spartiates décimaient les Ilotes par simple mesure de précaution; leurs jeunes gens s'exerçaient sur eux à l'homicide guerrier. De mœurs plus humaines, les Athéniens traitaient leurs esclaves avec une bonté relative, qui scandalisa Xénophon. Mais moralement, à Athènes comme ailleurs, l'esclave était « une propriété vivante », suivant le mot de Platon ; « un outil vivant », comme dit Aristote 4.