Élévations sur les mystèresm
d'alors. Pour un chevalier, une union spirituelle avec une noble et vertueuse dame était de rigueur. De là naquit toute une littérature, pleine de divagations amoureuses : « L'amour, dit le troubadour Raimbaud, améliore les meilleurs et peut donner de la valeur aux plus mauvais 4. » Dans la morale du Moyen-âge, celle de l'aristocratie, l'amour quintessencié était le grand mobile ; il y jouait un rôle analogue à celui du patriotisme dans l'éthique des anciens. Mais les fabliaux, les légendes, les romans, les chroniqueurs, nous disent fort crûment où en était pratiquement la moralité sexuelle durant les siècles de chevalerie. Enfin, l'effrayante rapidité avec laquelle la syphilis se propagea en Europe, est plus éloquente encore sur ce point que la littérature : c'est un certificat de mauvaise vie et mœurs.
L'institution de la chevalerie eut cependant de bons côtés ; elle excitait au courage, au sacrifice, à l'héroïsme ; elle a sûrement contribué à atténuer la grossièreté des mœurs ; mais c'était une morale de caste.
Les torts que le chevalier jurait de redresser étaient ceux des nobles : « Soutenir le bon droit des plus faibles, disait le serment du chevalier, comme veuves, orphelins et des damoiselles en bonne querelle en s'exposant pour eux selon que la nécessité requerrait, pourvu que ce ne fut contre leur honneur propre ou contre leur roi ou prince naturel8. »