PRÉFACE VII
les liens qui garrottaient l'esprit de recherche se détendent : mais la pensée en garde l'empreinte ; si longtemps elle est restée courbée, comment se redresserait-elle en un moment ? On ne songe pas encore à répudier hardi-, ment toute la théologie ; on entreprend de la rendre rationnelle. Pour cela, on en élague telle branche, puis telle autre. Ainsi mutilé, l'arbre théologique semble moins absurde, mais il n'est plus vivant : la théologie mue ; elle devient la métaphysique. Le gain est médiocre. Pas plus que sa vénérable mère, la métaphysique ne relève de la science ; elle continue à décréter l'immobilité mentale et elle y accoutume en proclamant de soi-disant vérités intuitives, inattaquables et immuables.
Or, l'état théologique ou métaphysique de l'esprit a été le lot des nombreuses générations, qui nous ont devancés dans la vie ; hier encore, il était le nôtre. Mais les modal ités psychiques des centres nerveux se transmettent héréditairement dans une large mesure. Notre pensée naît donc, comme enchaînée ; le si long dressage subi par les ancêtres a imprimé en nous sa marque ; de là, dans la plupart des cerveaux, une certaine rétivité au progrès, surtout un penchant à croire sans examen ce que le genre humain a, des siècles durant, considéré comme des vérités indéniables.
Mais, parmi ces soi-disant vérités, intuitives ou révélées, il en est qui forment la trame de la morale pra-