VIII PREFACE
tique ; et cette morale pratique, nos ancêtres l'avaient décrétée immobile, comme Tétait leur état social. Le vieux monde s'est écroulé ; il s'écroulera bien davantage encore. Tout est remis en question, mais le pli philosophique est pris et, aujourd'hui encore, on nous enseigne qu'il existe dans « l'âme » de tout être humain, à quelque pays et à quelque race qu'il appartienne, des idées morales, innées, nécessaires, qui doivent régler la conduite de la vie. Pourtant l'observation nous démontre qn'aucune idée ne saurait être innée, mais qu'il y a des penchants héréditaires, dont on peut scruter la genèse.
Tant que les sciences naturelles ont été mineures, ces assertions si téméraires ont pu trouver un grand crédit ; car on avait bien soin de les déclarer supérieures et extérieures à l'expérience. Mais depuis, une armée de savants s'est mise à l'œuvre et, sans même y songer, elle a ruiné toute la métaphysique de l'éthique ancienne. De patientes et nombreuses observations nous ont rendu familière la psychologie de l'animal, de l'enfant, du sauvage, de l'aliéné, du criminel. La doctrine des idées morales innées s'évanouit devant cette enquête.
L'origine, la genèse des penchants moraux et immoraux ont été scrutées. D'autre part, l'ethnographie et Thistoire nous apprennent que les sociétés humaines se développent en passant par une série d'étapes graduées