‹ L'évolution de la morale; leçons professées pendant l'hiver de 1885-1886Chapitre 49 sur 375 · De Rochas, Nouvelle Calédonie, p · texte numérisé non relu

De Rochas, Nouvelle Calédonie, p

mestique. Un chef prévoyant, par exemple, tuait et salait de temps en temps un de ses sujets, afin d'avoir, tous les jours, un plat de viande 4. Un autre chef, resté légendaire, le grand Bouarate, se régalait souvent avec sa famille de la chair d'un de ses sujets inférieurs. L'opinion publique néo-calédonienne ne condamnait en rien ces princières façons d'agir ; Bouarate a même laissé derrière lui un éclatant renom: « Grand chef, Bouarate ! Beau seigneur, Bouarate ! » disaient avec emphase les sujets non encore dévorés *. L'amour paternel lui-même se taisait devant tant de gloire. Un père néo-calédonien racontait tranquillement que son enfant avait été mangé par son prince, qui, disait-il, était un grand chef 3.

En résumé, à Fiji et à la Nouvelle-Calédonie, l'étranger, Thomme d'une autre tribu, était considéré comme un gibier, tandis que les femmes, les enfants, les inférieurs tenaient souvent lieu d'animaux de [boucherie.

A la Terre de Feu, la femme est, comme en Australie et bien ailleurs, un aliment de réserve. Fitzroy en vit sacrifier une, une vieille, dans un jour de disette. On Tétouffa en lui maintenant pendant un certain temps la tête dans la fumée d'un feu de bois vert. La réponse, qui fut faite à ce sujet au voyageur anglais, est tout a fait typique ; elle met hors de doute la parfaite innocence, l'absence de scrupule avec lesquelles se commettent, en pays primitif, ces actes pour nous horribles. « Pourquoi, disait Fitzroy, ne sacrifiez-vous pas plutôt vos chiens? —Le chien prend Yiappo, c'est-à-dire la loutre », répondaient tranquillement les indigènes*.

Ces mœurs ne sont pas spéciales à telle ou telle race, à telle ou telle contrée ; on les retrouve, presque identiques,

1. Bourgarel. Race de VOcéanie. in Mém. de la Soc. d'Anthrop., t. IL

Page 1