PRÉFACE IX
et que l'éthique varie comme la forme sociale, se moulant nécessairement sur les besoins.
Enfin et par-dessus tout notre manière d'envisager le monde a totalement changé. L'allure des esprits n'est plus la même. Nous savons aujourd'hui, et nous nous étonnons de ne l'avoir pas vu plus tôt, que tout change incessamment dans l'univers, que tout évolue en mieux ou en pire, que la doctrine de l'immobilité n'est qu'un rêve de métaphysicien. Nos ancêtres haïssaient le changement ; nous y aspirons.
De plus, notre esprit, dégagé des vieilles chaînes, s'accoutume à la liberté. Pourvu que Ton se plie à la discipline scientifique, nous trouvons très bien que l'on aborde tous les sujets jadis réservés. Toutes les matières morales, psychologiques, etc., exclusivement revendiquées jadis par la métaphysique, la science s'en empare, leur applique sa méthode et les vivifie.
C'est ainsi qu'une éthique nouvelle est en voie de formation. Une critique pénétrante a pesé les prescriptions morales, formulées par le passé; elle leur a demandé leurs titres et a ruiné toutes celles qui n'avaient pas pour base l'utilité sociale bien entendue.
C'est ce nouvel esprit qui a inspiré les pages suivantes.
Elles n'ont d'ailleurs d'autre but que de retracer l'histoire de l'évolution morale, depuis l'origine des sociétés jusqu'à nos jours. Je me suis efforcé de montrer