IbU., t. VIII, p
Taïtiens dressaient leurs enfants à la danse et au chant, les Néo-Zélandais enseignaient aux leurs comment on doit décemment se conduire dans un banquet d'anthropophages1.
D'ordinaire cependant on ne mangeait guère, du moins en <(rand, que l'ennemi vaincu, mais le plus souvent on le dépeçait sur le champ de bataille môme, et sans prendre la peine de le tuer ou d'attendre qu'il fût mort. On commençait par ouvrir le ventre de la victime, puis on la débitait et on en distribuait les morceaux, que les convives avaient le droit d'emporter chez eux2. Comme à la Nouvelle-Calédonie, le désir de manger de la chair humaine était une cause fréquente de guerre.
Ces festins n'étaient, pour les cadavres du commun, soumis à aucune règle ; mais il n'en était pas de même pour ceux des chefs.
Dans toute rencontre, le principal objectif des belligérants était de tuer le chef ennemi, et, quand ce dernier tombait, même au milieu des siens, il suffisait aux adversaires de crier : « A nous l'homme ! » pour que, de par le droit des gens, le corps dut leur être immédiatement livré. Le même droit des gens allait bien plus loin : il prescrivait de livrer aussi la femme et les enfants du mort, qui devaient partager le sort du chef de la famille. Tous étaient d'ordinaire tués et mangés. Quand au chef, sa tête, préparée avec soin, servait de trophée, et souvent était restituée lors de la cessation des hostilités3. Le corps des chefs était aussi mangé, mais cérémonieusement, seulement par les arihis, les nobles, et sous la direction des prêtres. Les Néo-Zélandais, plus intelligents que les Australiens, mêlaient déjà leurs spéculations mythologiques au cannibalisme. Les prêtres dégusta Moercnhout, Voyage aux îles du grand Océan, t. II, p. 169. 'L Voyage de l'Astrolabe, p. 22, 24, 101 . 3. Ibid.. p. 215, 303, 305, 313.
î)2 l'évolution de la morale
taient solennellement quelques petits morceaux du cadavre du chef, en offraient des parcelles aux dieux et en même temps demandaient à ces dieux quelle serait l'issue définitive de la guerre 4.
Le chef du parti vainqueur mangeait d'abord l'œil gauche de son rival. C'était une des prérogatives de son rang et elle était considérable : en effet, dans la croyance des Polynésiens, l'œil gauche d'un chef devait, après sa mort, devenir une étoile. Or, en mangeant l'œil de l'ennemi, le chef augmentait d'autant le futur éclat du sien et, dans cette vie. doublait son être2.
Mais, pour être le plus général, le cannibalisme guerrier n'était pas le seul en usage à la Nouvelle-Zélande. On mangeait aussi des esclaves, généralement des jeunes gens dos deux sexes nourris à cet effet, comme à Viti 3. Ces faits de cannibalisme domestique se produisaient d'ordinaire, à l'occasion de quelque fête, pour faire une politesse h des proches, à des amis. Parfois on choisissait une jeune fille, l'esclave préférée, celle à qui l'on avait coutume de donner un petit nom d'amitié. C'était une attention délicate à l'adresse de l'hôte (Pérah, etc., par Beau de Saint-Pol Lias, p. 226). Parfois aussi, le maître mangeait son esclave simplement pour le punir d'un vol ou de quelque autre délit4.
Dans la conscience des Néo-Zélandais. ces actes ne soulevaient ni répugnance ni rémords; ils leur semblaient absoment simples. « Pourquoi ne pas manger des hommes ? disaient-ils à Marsden. Les grands poissons mangent les petits, quelquefois ceux de leur propre espèce. A leur tour, ies petits poissons mangent des animalcules. Les oiseaux