‹ L'évolution de la morale; leçons professées pendant l'hiver de 1885-1886Chapitre 58 sur 375 · Cook, Hist. univ. des voyages, t. X, p · texte numérisé non relu

Cook, Hist. univ. des voyages, t. X, p

avec un petit morceau de fruit à pain, qu'il mangeait ensuite. C'est une idée très analogue à ce que les catholiques appellent « transsubstantiation ». En fait, les Taïtiens n'étaient plus anthropophages, mais leurs divinités Tétaient restées, et, après une otfrande de ce genre, on pouvait tout leur demander '.

L'évolution mentale subie par les Polynésiens relativement à l'anthropophagie est des plus instructives. Elle vaut la peine de nous y arrêter. D'abord on pratique le cannibalisme primitif, bestial, sans scrupule ; on s'entre-dévore, comme le disaient les Néo-Zélandais, exactement à la manière des poissons. Puis l'anthropophagie se restreint. En dehors de l'état de guerre, elle devient une prérogative des chefs. Enfin elle se perpétue seulement, sous une forme symbolique, clans les sacrifices religieux.

Le progrès est incontestable et on peut le suivre pas à pas; mais, ce que l'on ne réussit pas toujours à faire dans les études de ce genre, on saisit ici les raisons de l'amélioration des mœurs, on en comprend le mécanisme psychique. Tout d'abord, l'on constate que le cannibalisme persiste surtout là où les nécessités de l'existence y poussent sans cesse : dans les petites îles, où l'aliment est rare, à la Nouvelle-Zélande, où il n'y a d'autre mammifère sérieux que le chien et où la flore est avare de fruits féculents. Là, l'anthropophagie est presque nécessaire, comme elle le redevient pour nous, après certains naufrages ; aussi les deux sexes s'y abandonnent avec ardeur et nul ne songe à y renoncer.

Dans les autres grands archipels, où s'entre-manger n'est pas absolument nécessaire, la chair humaine est sévèrement interdite aux femmes et souvent aux gens du peuple, en temps de paix.

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