‹ L'évolution de la morale; leçons professées pendant l'hiver de 1885-1886Chapitre 71 sur 375 · III. — ABANDON. — MEURTRE DES VIEILLARDS · texte numérisé non relu

III. — ABANDON. — MEURTRE DES VIEILLARDS

En pays primitif, on est toujours prêt à tuer l'ennemi et exposé à être tué par lui. Cette existence de bête fauve est peu propre au développement des sentiments humanitaires ; aussi, même au sein des petits groupes ethniques, les mœurs sont atroces, et Ton est sans pitié pour les bouches inutiles. Presque partout, à ce moment de l'évolution morale, le sort des vieillards, des malades, des infirmes, est tragique. Les circonstances atténuantes sont : la fréquente rareté de» subsistances, les difficultés et les dangers de la lutte pour vivre.

A. la Nouvelle-Calédonie, quiconque cesse de manger pendant trois jours est au moins relégué et abandonné dans un

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lieu écarté ; mais souvent il est mis à mort par ses parents *. Les vieillards sont traités de même. Parfois on ne se contente pas de les laisser mourir dans l'abandon ; on abrège pour eux l'attente de la mort en les enterrant sans toujours prendre la peine de les tuer auparavant. Dressés de longue main à cette morale, qu'ils ont jadis pratiquée eux-mêmes, les patients se résignent tranquillement à leur sort. Certains demandent spontanément qu'on ait la complaisance de les tuer, et alors on les voit marcher tranquillement vers leur fosse où on les couche après les avoir assommés d'un coup de casse-tête 2.

Des mœurs analogues régnaient à Viti, mais là elles étaient sanctifiées et sanctionnées par la religion. Dans l'opinion des Vitiens, qui croyaient fermement à une existence après la mort, on arrivait dans le Viti d'outre-tombe exactement dans l'état où l'on était en quittant le Viti terrestre. De quelle importance n'était-il donc pas de ne pas s'oublier sur la terre, de ne pas attendre la caducité ? Pour les enfants, c'était un pieux devoir de ne pas laisser les vieux parents traîner une trop longue existence. Ce devoir, ils le remplissaient scrupuleusement, en avertissant au besoin leurs auteurs et en fixant, de concert avec eux, le moment de leur départ pour Tau delà. Au jour dit, l'on convoquait parents et amis à un festin funéraire. Puis on conduisait cérémonieusement le vieillard vers sa tombe, sur le bord de laquelle, après un tendre adieu, les fils l'étranglaient avec sollicitude. Un missionnaire anglais, le révérend Hunt, assista un jour à une inhumation de ce genre. Il s'agissait d'une vieille femme, qui marcha allègrement jusqu'au lieu de l'exécution : « En arrivant auprès de la fosse, la mère s'assit ; tous alors,

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