Rink, Talei and Traditioru of the Esk
n'ayant pas de propriétaire el tout homme possédant plus de trois kayaks doit en prêter un à quelque parent ou compagnon. — Toute pièce de bois trouvée sur le rivage appartient à celui qui Fa découverte, mais à la condition qu'il soit assez fort pour la traîner tout seul hors de la limite du flux. — De tout phoque pris à une station d'hiver, de petites parts, coupées de manière à contenir à la fois de la chair et du gras, sont distribuées entre tous les associés, afin que personne ne manque ni d'aliments substantiels ni d'huile pour sa lampe. » D'après Ross, les Esquimaux avaient sur la moralité du vol une conception pour nous singulière : selon eux, le Tol cessait d'être une action blâmable, quand le propriétaire ne s'apercevait pas de la disparition de l'objet dérobé *, c'està-dire quand on ne lui avait pris que son superflu.
En revanche, dans le sein de la communauté, personne
n'a le droit d'être oisif et de consommer du phoque sans en
chasser. Pour ne rien donner, mais aussi ne rien recevoir, il
faut sortir de Tassociation et du district où elle vit et qu'elle
revendique. L'individu peut alors, à ses risques et périls, se
donner le luxe de la propriété privée.
Le droit de propriété privée, que nous sommes habitués à considérer comme caractéristique des races et des sociétés supérieures, est, parune exception singulière, en vigueur chez les Polynésiens et même en Mélanésie. Pourtant, dans ces contrées, la date de son institution ne doit pas remonter bien loin dans le passé. En efl'et, les Tasmaniens en étaient toujours au communisme primitif- et, en Polynésie, il subsistait encore un certain nombre de coutumes, que, seule, la communauté des biens avait pu engendrer.
A la Nouvelle-Zélande, des petits groupes possédaient en
1. HUi, univ. des voyages^ t. XL, p. 111. 1 Bonwick, Daily Life, etc., p. 83.
commun leurs grands filcls de pêche et leurs belles étoffes ^ D'autres petites sociétés continuaient à pratiquer le communisme absolu, même celui des femmes*.
Aux lies Hawaï, on était si prodigue, si généreux pour ses amis, si empressé à satisfaire tous leurs désirs, qu'on était généralement pauvre ^ A Tîle King*s Mill, près Samoa, quand un insulaire avait été, à la pêche, plus heureux que ses voisins, ceux-ci, dès qu'il revenait au rivage, entouraient son canot et y prenaient ce que bon leur semblait, à charge de revanche^. Aux iles Marquises, jamais un indigène en course ne se munissait de provisions inutiles; il avait toujours le droit de pénétrer dans une case quelconque, de plonger la main dans le baquet à popoï (purée de fruits de l'arbre à pain) et de se retirer aussitôt rassasié, sans remercier, car il avait simplement usé d'un droit*.
U semble bien que, par toute la terre, l'humanité ait débuté par le régime de la communauté des biens, fort naturel d'ailleurs, quand on n'a ni troupeaux ni agriculture, et alors que l'individu, étant fort mal armé pour la lutte, a fréquemment besoin d'assistance. Au point de vue de l'origine de la moralité, il n'est sûrement point téméraire d'attribuer à cette phase communiste, dont la durée a dû être fort longue, une part dans la formation de certains instincts altruistes, qui plus tard ont résisté à l'égoïste influence de la propriété individuelle.
Avec l'institution de celte dernière, un nouveau délit, le vol, apparaît et, par compensation, une vertu nouvelle, la probité, commence à se former. Les procédés de ce nouveau dressage moral furent des plus simples.
1. Cook, Troisième voyage {Hist. univ. des voyages, t. Vf, p. iîH).