‹ L'évolution de la morale; leçons professés pendant l'hiver de 1885-1886Chapitre 107 sur 330 · Mariner, Tonga hlands, t. II, p · texte numérisé non relu

Mariner, Tonga hlands, t. II, p

seurs subissent un dommage strictement égal à celui qu'ils avaient commis : vie pour vie, blessure pour blessure^ propriété pour propriété *.

En outre, un autre sentiment, né d'une autre crainte, s'est formé et même enraciné dans la conscience. Le plus fort ayant tous les droits, on a pris de bonne heure fhabitade d'obéir au maitre en tout et pour tout. Nous avons vu un Néo-Calédonien trouver naturel que son enfant eût été mangé par son chef : il en tirait presque vanité. En Aus- Iralie les faibles étaient absolument à la merci des forts, et les tentatives des victimes pour se soustraire à cette oppression étaient souvent punies de mort. En Polynésie, les chefs ne se souciaient en rien de la justice, mais punissaient avec une extrême sévérité toute oiTense faite soit à eux-mêmes, soit i leurs favoris.

En résumé, si l'on veut formuler les prescriptions morales,

auxquelles obéit sans réflexion l'homme primitif, celles du

moins qui sont communes à toutes les races encore très peu

développées, on est loin d'arriver à un décalogue.

A vrai dire, il n'y a que deux grands commandements :

Premier commandement : Obéir au maître en tout et pour

tout;

Deuxième commandement : Respecter plus ou moins la propriété d'autrui, en y comprenant la propriété féminine icause des représailles.

Un troisième commandement^ mais moins rigoureux, plu- Wlnne règle prudente, c'est de ne tuer qu'à bon escient et, inand cela ne risque pas de coûter trop cher.

Pourtant, si grossière qu'elle soit, cette éthique est impor- ^nie; elle sera le point de départ d'une moralité plus délicate, car elle oblige déjà Thomme à se maîtriser dans

^- ^ownal de Manden, in Voyage de TAstroIabe, p. 336.

une certaine mesure, à prévoir, parmi les conséquences de ses actes, celles qui pourraient lui être dommageables. 11 en résulte môme dans le cerveau humain, un sentiment du devoir, grossier sans doute mais déjà puissant. En outre la pénalité sauvage, qui en est la sanction, exerce une véritable sélection, en supprimant les natures indisciplinables.

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