Ross Cox, Colombia River, t. U
t. ibid.
dérivatif que cet être, si absolument dépourvu de protection et sur lequel on pouvait tout se permettre. En outre, dans les services religieux ou funéraires, l'esclave élait souvent préféré à la femme non esclave.
Il fiiut se garder d'ailleurs de prêter à Tesclave en pays sauvage nos sentiments de civilisés. Dans les contrées où Tesclavage est en harmonie avec les mœurs générales, les individus qui en portent le poids le considèrent souvent comme un malheur, jamais comme une iniquité. lies pauvres sauneys cafres dont j'ai parlé c ne songeaient pas même, dit Moflut, que la conduite de leurs tyrans fût coupable : ils se disaient simplement que leur sort était d'être traités de cette manière, que c'était là un événement malheureux, comme lorsqu'un lion tue un homme ^ » L'idée que la société pourrait être autrement organisée ne vient ni aux maîtres ni aux esclaves, et si les rôles étaient inten^ertis, l'esclave aurait exactement la brutalité du maître qu'il subit. Mais, mieux que toutes les considérations, une petite excursion dans les pays où règne encore Tesclavage, nous fera comprendre Tétat mental qui rend possible Tesclavage. — Les diverses formes, par lesquelles a successivement passé l'esclavage, se retrouvent, aujourd'hui encore, à la surface de notre globe : c'est d'abord par la guerre ayant pour but principal de capturer des prisonniers destinés à de futui*s festins que s'alimente la population servile. Schweinfurth nous montre les Monbouttous du Haut-Nil, déjà pasteurs et agriculteurs Tependant, habitant même un pays d'une extrême fertilité et pourtant guerroyant sans cesse pour se procurer des captifs, qu'ils chassent ensuite devant eux, comme des troupeaux réservés à de sauvages régals*.
i. Moflat, Vingl'trois anSy etc., 244.
«. The lUart of Africa, L H, p. 93.
Quand on fut un peu plus avisé, on fit de l'esclave un animal domestique» pouvant fournir une certaine somme de travail et ayant dès lors une valeur industrielle, qui sauvegardait sa vie. Sur les esclaves, le maître avait toujours tous les droits; il ne s'en était pas dessaisi, mais son intérêt bridait sa férocité. Alors, pour se donner le luxe d'un plat d'esclave il fallut être non seulement puissant et riche, mais encore prodigue; il fallait regorger de bétail humain. Ainsi le vulgaire des Noutka-Colombiens entretenait des esclaves uniquement pour les faire travailler. Pourtant, dit Meares, un de leurs chefs, ce Macouina, dont j'ai parlé dans ma première leçon, faisait à chaque lune tuer un esclave, pour le faire manger dans un repas de cour, dans un festin offert à des chefs d'un rang inférieur. La victime était désignée d'une curieuse façon. Tout d'abord l'amphitryon et ses invités chantaient leur chanson de guerre et dansaient autour d'un feu dont la flamme était alimentée avec de l'huile. Puis, dans une sorte de colin-maillard, le chef, les yeux bandés, poursuivait, dans la hutte même, un certain nombre de ses esclaves. Celui d'entre eux qui était saisi était immédiatement égorgé, dépecé, et les morceaux tout fumants en étaient servis aux convives*. De pareils faits nous montrent clairement comment est né, comment a évolué l'esclavage. Mais celte période primitive a dû être d'assez courte durée, pour deux raisons : la valeur utilitaire de l'tsclave d'abord, l'action humanisante de la vie en commun, ensuite.
C'est en Afrique surtout que s'ciale encor^ans toute sa gloire la servitude sauvage et c'est là qu'il la faut étudier, 'ouies les populations noires de l'Afrique sont esclavagistes, * 'a seule réserve des Hottentots. Pourtant, chez lesCafres, ^' n'existe encore qu'une caste servile, nourrie, mais aussi
'• Meares, Hist, nat. des voyages, t. XUl, p. 369.
mal que possible par les riches ^ Dans tout le reste du continent noir, surtout dans TAfrique moyenne, on peut dire que Tesclavage forme le fond même de la vie sociale. Au dire de Mungo-Parky chez les Mandingues, les trois quarts de la population sont esclaves^ A Kano, dit Clappeiton, il y avait à peu près trente esclaves pour un homme libre. A Boussa» selon Richard et J. Lander, c'est aux quatre cinquièmes de la population qu'il faudrait évaluer la propoiHion des esclaves^. Cette énorme multitude d'esclaves provient de deux causes, d'abord de la multiplication naturelle des captifs primitivement conservés, puis de l'assenîssement par droit de conquête de districts entiei*s. En outre, dans le sein même des tribus, ou des petits Etats, la criminalité est une abondante pépinière d'esclaves. On vend comme esclaves les sorciers, les adultères, les voleurs. Les débiteurs insolvables sont aussi saisis au sens propre du mot par leurs créanciers et vendus comme esclaves. Enfin le droit primitif du père de famille persiste toujours; les enfants sont souvent considérés et traités comme une marchandise. L'esclave de toute provenance est une valeur d'échange et Tobjet d'un important commerce; il joue même le rôle d'unité monétaire : tout s'évalue ou peut s'évaluer en esclaves*.
Mais la diversité d'origine a conduit à créer des catégories serviles. H y a tout d'abord l'esclave par droit de naissance. Celui-là fait en quelque sorte partie de la famille et son sort est relalivenient doux, plus doux au dire de Burlon que celui des classes serviles, attachées à la glèbe, au Malabar**. Cet esclave-serviteur peut être vendu, mais la morale du pay^?'